Bello, Reinhardt et moi /1

Publié le par Papillon

La lectrice que je suis préfère la littérature étrangère et notamment anglo-saxonne à la littérature française. Je me suis souvent prise de passion pour des auteurs américains (de John Fante à Philip Roth, en passant par Paul Auster) dont j'ai lu tous les livres, ou presque, mais rarement pour des romanciers français. Or il se trouve que je suis tombée, à quelques mois d'intervalle, totalement en amour pour l’œuvre de deux écrivains français : Éric Reinhardt et Antoine Bello, deux écrivains contemporains, a priori totalement différents.

 

 Antoine Bello                      Éric Reinhardt

 

Qu'est-ce qui fait que l'on aime ou pas un roman, qu'on le dévore (car il y a parfois quelque chose qui tient du cannibalisme dans cette aventure qu'est la lecture d'un livre), qu'est-ce qui fait qu'on aime un auteur, qu'on sente en lui un ami potentiel, qu'on entende dans ses textes une voix, qu'on vive une forme de communion avec un romancier ? Ce sont des questions qui m'interpellent depuis très longtemps. Il y a bien sûr le talent de l'artiste : inventer une belle histoire et savoir la raconter, mais parfois il y a un peu plus que cela. Il y a des lectures qui sont comme des rencontres.

 

"Que chaque rencontre soit comme un rêve qu'on aurait fait, on se réveille de ce rêve et on repart dans notre vie. Et le rêve n'a aucune autre incidence sur notre vie réelle que le souvenir qu'on en conserve, et qui nous enrichit de quelque chose de plus, de très précieux, qu'on ne perdrait pour rien au monde." Eric Reinhardt1

 

Et donc si j'ai décidé de disséquer un peu (beaucoup) mon admiration pour ces deux auteurs, c'est autant pour eux, pour leur rendre hommage, que pour moi, dans une tentative d'élucidation personnelle. On pourrait penser qu'après douze ans de psychanalyse j'ai un peu fait le tour de la question, mais on n'en finit jamais de faire le tour du tour de la question (ou alors, c'est qu'on est mort).

 

« Parfois monter un escalier est la seule façon de savoir où il mène. » Antoine Bello2

 

Antoine Bello dit qu’il écrit pour "se comprendre"3 et Éric Reinhardt "pour savoir qui il est"4. Moi, je lis pour savoir qui je suis (et comprendre le monde), comme dans le célèbre adage : "Dis-moi ce que tu lis et je te dirai qui tu es."

 

Bien que les connaissant tous deux de réputation depuis des années, je n’ai réellement découvert ces deux romanciers que grâce à leurs plus récents ouvrages: Éric Reinhardt en octobre 2014, avec L'amour et les forêts, Antoine Bello en avril 2015 avec Les producteurs, mais ils écrivent tous les deux depuis plus de vingt ans, et si on jette un œil sur leurs biographies et leurs bibliographies, on y trouve quelques parallèles intéressants.

 

Ils sont de la même génération : Reinhardt est né en 1965 et Bello en 1970. Ils ont tous les deux fait des études commerciales, assumées pour Bello (HEC, 1991), beaucoup moins pour Reinhardt qui raconte dans Cendrillon qu'il aurait préféré étudier la littérature ou la philosophie. Ils sont tous les deux passés par le monde de l'entreprise, Bello en créant la sienne, en France puis aux USA, Reinhardt en tant qu'éditeur d'art pendant des années. Donc, pendant que l'un se consacrait à la gestion de son entreprise (entièrement dédiée au texte et à l'écrit5), l'autre se passionnait pour la création contemporaine (théâtre, danse, architecture, arts plastiques).

 

Antoine Bello : « Avec le recul, je ne comparerais pas la création d’entreprise à la création littéraire. (…) Mais l’entrepreneur est un démiurge à sa façon : avant lui, il n’y avait rien ; après, il y a quelque chose. Il n’est jamais content, cherche constamment à s’améliorer, à acquérir des compétences nouvelles. C’est, selon moi, une des rares figures héroïques qui nous restent. »6

 

Éric Reinhardt : « Ça m’a beaucoup enrichi, pendant des années, de faire ce travail d’éditeur de livres d’art, parce que ça m’a mis en relation avec des artistes passionnants, d’autres disciplines, et ça, c’est quelque chose qui est très important pour moi. Je me nourris beaucoup des autres arts. »7

 

Sur le plan littéraire, ils ont des carrières très parallèles : ils ont tous les deux publié leur premier roman en 1998, ils ont tous les deux trouvé la notoriété en 2007, Reinhardt avec Cendrillon, Bello avec Les Falsificateurs, premier volet de la trilogie du CFR. Ils ont tous les deux reçu le Prix Télérama/France Culture : Bello en 2009 pour Les Éclaireurs, Reinhardt en 2015 pour L'amour et les forêts. A ce jour, Bello est l'auteur de sept romans et un recueil de nouvelles, Reinhardt de six romans et une pièce de théâtre. Et, petit détail qui me réjouit totalement : ils ont tous les deux publié une nouvelle dans le recueil collectif Onze, édité en 1999 à l'initiative des Inrocks : Déposition de Reinhardt, et L'actualité de Bello (recueil épuisé depuis longtemps, mais sur lequel j'ai quand même réussi à mettre la main grâce à la fantabuleuse Erzie que je remercie). J'ai donc la chance d'avoir dans le même bouquin les deux écrivains qui me fascinent le plus en ce moment, et comme par hasard, les deux nouvelles en question sont extrêmement révélatrices de leurs univers respectifs, à la fois contradictoires et complémentaires.

 

Leurs bibliographies principales (les liens mènent vers mes billets)

Antoine BelloLes Funambules, nouvelles (1996) - Éloge de la pièce manquante (1998) - Les Falsificateurs, CFR/1 (2007) - Les Éclaireurs, CFR/2 (2009) - Enquête sur la disparition d'Émilie Brunet (2010) - Matéo (2013) - Roman américain (2014) - Les Producteurs, CFR/3 (2015)

 

Éric ReinhardtDemi-sommeil (1998)- Le Moral des ménages (2002) - Existence (2004) - Cendrillon (2007) - Le Système Victoria (2011) - Élisabeth ou l'équité, théâtre (2013) - L'amour et les forêts (2014).

 

 

Au premier abord, tout oppose ces deux écrivains qui incarnent deux versants totalement différents de la littérature : Bello et Reinhardt, c'est un peu le jour et la nuit, la glace et le feu, le public et l'intime, la droite et la gauche, le monde et la France, l'endroit et l'envers, l'imagination contre l'introspection.

 

"Voilà pour les grandes lignes ; la réalité est évidemment un peu plus complexe" Antoine Bello8

 

Ils ont en fait beaucoup de points communs : l’intelligence, l'idéalisme, l'empathie, un certain humanisme et beaucoup d'humour. Malgré leurs styles très différents, ils provoquent tous deux le même vertige sur le lecteur. Ils font tous les deux un état des lieux du monde dans leurs romans, quoique sous des angles fort différents. Leurs visions du monde, dénuées de tout manichéisme, ne diffèrent pas tant que ça. Loin d'être divergentes, elles sont complémentaires. Et, au final, par des véhicules et des chemins différents, ils arrivent quasiment au même point.

 

L'un (Reinhardt) est un grand styliste de la langue et manie une plume très flamboyante, très inspirée de la poésie symboliste du XIXe siècle (il est fou de Mallarmé). L'autre (Bello), dont on dit qu'il adore les chiffres9 et qui revendique une admiration pour Fictions de Borges10, privilégie l'efficacité et le pragmatisme, et préfère la virtuosité de la construction narrative à la virtuosité stylistique.

 

Reinhardt est un grand sensible qui privilégie l'univers des sensations (et donc des arts), Bello est un cérébral qui privilégie la réflexion et l'intellect (et donc les jeux de l'esprit). L'un a un imaginaire foisonnant et peuple ses romans de signes et de symboles11, l'autre possède une imagination qui semble sans limite.

 

Autant la plume de Reinhardt est bavarde, analytique, introspective, autant celle de Bello est factuelle et précise. Chez Reinhardt on est dans l'intériorité, la psychologie, les souvenirs, c'est une écriture du ressenti et du réfléchi. Bello ne s'intéresse pas à l'intériorité de ses personnages, ni à leur psychologie. Il pratique une écriture de l'action et de la parole, sans doute un héritage d'Ubiqus5.

 

Et pourtant, tous les deux créent chez le lecteur le même sentiment de vertige. Chez Reinhardt, le vertige est sensoriel, chez Bello, il est intellectuel. L’un parle au corps, l’autre à la tête. Chez Reinhardt le vertige est provoqué par toutes les sensations que sa plume très introspective fait naître chez lecteur, ainsi que par l'usage très particulier qu'il fait de la typographie. Chez Bello le vertige est provoqué par des constructions intellectuelles très sophistiquées, des mises en abyme, des trompe-l’œil, des jeux de miroir, des énigmes et le mélange affolant du vrai et du faux.

 

Tous deux établissent un contrat de lecture implicite avec le lecteur : Bello lui propose de faire fonctionner ses « petites cellules grises » et Reinhardt cherche à lui faire vivre une expérience sensorielle.

 

Antoine Bello : « Je pense que le lecteur doit bosser. Quand on est lecteur, il faut travailler un peu, c’est plus drôle. Si on met de soi, c’est plus intéressant. On s’engage, on vit une expérience plus forte. Je me rends compte que la place dévolue au lecteur est de plus en plus importante dans ce que j’écris. »12

 

Éric Reinhardt : « Je voudrais que mes livres soient comme des sortilèges, que leur pouvoir relève de la magie, de l’envoûtement, de la possession (…). Ce qui suppose du lecteur qu’il accepte de se soumettre à l’épreuve du texte (…). Etre réceptif à tout prix : voilà le principal. »13

 

Et c'est sans doute cet effet de vertige qui rend la lecture de leurs livres si addictive, ce sont des univers qui agissent comme des vortex, aspirant le lecteur.

 

 

Par ailleurs, tous les deux se renouvèlent beaucoup d’un roman à l’autre, et jouent énormément sur la forme romanesque.

 

Pour Reinhardt, c’est même la forme qui doit faire sens. « C’est par la forme qu’on dit les choses les plus puissantes ! »14. Dans Demi-sommeil, il mélange deux temporalités pour faire vivre au lecteur le malaise existentiel de son héros, Le Moral des ménages n’est qu’un long monologue rageur où il règle des comptes, dans Existence il joue constamment sur différents niveaux de conscience et se glisse dans le texte sous les déguisements les plus divers pour rendre fou son héros, dans Cendrillon, il croise quatre voix narratives pour mettre en scène sa propre complexité, dans Le Système Victoria, il conçoit un roman entièrement métaphorique où l’avidité du capitalisme moderne s’incarne dans une passion sexuelle, et dans L’amour et les forêts il donne à voir le roman et la genèse du roman, tout en multipliant les points de vue pour donner l’image la plus complète possible de son héroïne.

 

Bello, lui, aime les romans composites (le roman puzzle : Eloge de la pièce manquante, le roman à deux voix : Roman américain), les romans qui détournent les codes (le faux polar : Enquête sur la disparition d’Emilie Brunet), les romans qui multiplient les histoires dans l’histoire (la trilogie des Falsificateurs). Il aime concevoir des romans qui mélangent tous les formats : articles de journaux, journaux intimes, compte-rendus de réunions, courriers, etc. Cette complexité n’est jamais gratuite. Sous ce qui peut apparaître comme des exercices de style, se cache généralement une énigme à l’adresse du lecteur. Bello fait le pari d’un lecteur intelligent qui doit écrire son propre livre. Ses romans comportent souvent plusieurs niveaux de lecture, le plus caché étant généralement le plus signifiant.

 

Tous les deux surprennent sans cesse le lecteur et le tiennent en haleine en jouant constamment sur tous les registres de la langue : lyrique, érotique, rageur, ironique pour Reinhardt ; journalistique, universitaire, factuel ou satyrique pour Bello.

 

Je me rends compte, en écrivant ces lignes, que ce que j’aime chez eux c’est précisément la connivence qu’ils établissent d’emblée avec le lecteur ; une connivence qui me donne, à moi lectrice, le sentiment d’être unique et singulière, et de m’embarquer en leur compagnie pour un voyage qui sera également unique et singulier. Et je retrouve chez ces deux écrivains beaucoup de ce que j’aime tellement dans la littérature américaine (même si ça devient un peu un poncif ce genre de comparaison) : une énergie, une densité,  un sens de la narration que l'on trouve assez peu dans la littérature française. Ce qui ne les empêche ni l’un ni l’autre de faire une littérature quasi expérimentale en remettant sans cesse en question la forme romanesque. Ils sont capables, en somme, de combiner une efficacité à l’américaine à une modernité à la française, pour affirmer leur singularité.

 

« Je ne sais absolument pas comment on écrit un roman. Chacun de mes romans est la solution trouvée à cette incapacité à écrire un roman selon des règles. » Éric Reinhardt15

 

« Est romancier, selon moi, celui qui possède à la fois une sensibilité originale – un prisme unique à travers lequel il regarde le monde – et la capacité à faire partager cette expérience singulière à travers les mots. » Antoine Bello16

 

Suite : Bello, Reinhardt et moi /2

 

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    1. Le système Victoria, Folio, p.268
    2. Les falsificateurs, Folio, p. 588
    3. Mail A. Bello, 2 juil.2015
    4. Rencontre « Tête de lecture », Théâtre de la Loge, Paris, 22 fév.2015
    5. Ubiqus, dont A. Bello fut Président jusqu’en 2007 a pour spécialité de « rédiger des compte rendus écrits pour les organisateurs de réunions » (Source : antoinebello.com
    6. Mail A. Bello, 28 juin 2015
    7. Entretien d’Éric Reinhardt pour la radio espagnole, juin 2015
    8. Éloge de la pièce manquante, Folio, p. 22
    9. « C’est lui tout caché », Libération, 12 fév.2007 
    10. « Exercice d’admiration : Jorge Luis Borges », Le magazine littéraire, Mai 2009
    11. Le système Éric Reinhardt, Françoise Cahen, Mémoire de Master, Paris III, 2014
    12. « Beau joueur », Chronic’art, oct.2010
    13. Cendrillon, Le livre de poche, p.411-412
    14. Cendrillon, Le livre de poche, p.550
    15. Eric Reinhardt. Entretien avec Christine Rousseau. La création à l’œuvre, 6 fév. 2012. Archives sonores de la BPI.
    16. Roman Américain, Gallimard, epub, p. 110

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sous les galets 25/08/2015 07:09

Wahou mais quel billet Papillon!!!
Je suis très impressionnée vraiment, quel boulot. Je ne connais pas du tout Reinhardt, mais je vais corriger cela, même si je n'aime pas spécialement le personnage qu'il est, mais à la limite c'est tout à fait accessoire.
POur Bello, je suis assez d'accord avec toi, même si je trouve qu'il y a une certaine facilité à toujours terminer par "tout n'est que littérature" (je viens de finir Emilie Brunet, et le lire après les Producteurs n'a pas joué en sa faveur, j'ai eu le sentiment de vivre 2 fois la même pirouette).

En revanche, sur l'idéalisme, je me pose encore la question de savoir s'il est feint ou sincère...Je crois que je me situe entre Attila et toi sur cette question.
Merci de ce splendide billet (que je pense que relirai une nouvelle fois après ma découverte de R), je me prendrai un Reinhardt dès que je retourne à la librairie....

Papillon 25/08/2015 21:05

Pour Reinhardt, il faut vraiment faire abstraction du personnage qu'il joue (je l'ai rencontré deux fois et il est assez simple dans la vraie vie; en fait). Je suis vraiment curieuse de savoir si tu vas aimer. Je suis une des rares à aimer à la fois Bello et Reinhardt...

En ce qui concerne Bello, il y a une réelle dualité chez lui entre son côté pragmatique et son côté idéaliste, c'est comme une pièce à deux faces : tu peux décider de regarder une face ou l'autre. Attila préfère voir du pragmatisme et du cynisme, moi je veux voir de l'idéalisme.La vérité est sans doute entre les deux, même si je considère que Les Producteurs est un vrai tournant dans son oeuvre parce qu'il réunit pour la premire fois l'idéalisme (les Chupacs) et le pragmatisme (comment la découverte est mise en scène) .
J'ai également lu Emilie Brunet juste après Les Producteurs et je n'y vois pas du tout le même chose que toi. Dans Les producteurs, on peut éventuellement considérer que la fin est une pirouette. Je considère qu'Emilie est presque un manifeste littéraire où il affirme que la fiction est supérieure à la réalité. Son credo n'est pas "tout est littérature" mais : "tout est fiction".

Delphine-Olympe 21/08/2015 07:49

Belle tentative d'approfondir tes lectures, d'essayer de comprendre pourquoi ces deux auteurs te touchent autant. Je trouve que c'est vraiment une question essentielle, tant il est vrai que quand un texte te touche, c'est une expérience d'une telle intensité qu'il me semble important d'essayer de comprendre ce qui se passe en soi.
Je comprends très bien ta démarche. Pour ma part, c'est une démarche que j'ai faite et qui m'a vraiment structurée. Passionnée de littérature française du XIXe siècle, je suis entrée en fac de lettres avec l'idée de faire une thèse sur un auteur de cette période... ce que j'ai fait. De la maîtrise à ma soutenance de thèse, j'ai littéralement vécu avec lui, lisant toutes ses oeuvres, lisant des ouvrages sur lui et sur l'histoire. Je n'ai jamais tant appris qu'à cette époque et cela a été une des plus belles périodes de ma vie.
Aujourd'hui, grâce au blog, je retrouve une part de cette expérience. Et lorsque je découvre des commentaires aussi riches que les tiens, avec des questions sur la littérature et sur le lien qu'un lecteur entretient avec, cela m'enchante littéralement. Ce sont des échanges d'une grande richesse... et je me dis que j'ai raison de passer du temps sur la logo... au détriment de la lecture de livres ;-)
Un grand merci à toi, donc !

Papillon 25/08/2015 21:14

Je confesse que je ne l'ai jamais lu :-( mais je vais réparer cette erreur à la première occasion !

Delphine-Olympe 25/08/2015 09:05

Je l'ai faite sur Jules Vallès. Je suis tombée sous son charme dès les premières lignes de L'enfant et et j'ai trouvé passionnant son engagement politique et la manière dont il a tenté de faire son écriture un outil de transformation de la société. Une extraordinaire énergie et une inventivité dans le style. Et ses articles sont magnifiques !
Je te recommande tout particulièrement cet auteur ;-)

Papillon 24/08/2015 19:59

Merci Delphine, ça me fait drôlement plaisir ce que tu me dis là ! J'aimerais bien savoir sur quel auteur tu as fait ta thèse... Et oui, je comprends ce besoin, ce plaisir qu'il y a à passer des heures avec un auteur que l'on aime. Ecrire ce billet, c'était un peu ça pour moi : mettre à plat tout ce que ces deux romanciers m'ont apporté dans ma vie personnelle.

Daniel Barthélemy 19/08/2015 12:53

Votre article m'a donné l'envie de lire Eric Reinhardt. Le désir d'une lecture nouvelle est inépuisable ! Je viens ici vous en remercier par avance.
Je suis pour ma part un lecteur assidu d'Antoine Bello dont j'attends avec impatience le prochain roman. Pour apaiser cette attente, j'ai lu ce livre qu'il décrit comme l'un des inspirateurs du cycle des Falsificateurs, qui est "Atlas Shrudgged" (La grève) de Ayn Rand. J'ai été littéralement kidnappé par ce gargantuesque roman qui laisse autant épuisé qu'ébloui. Le connaissez-vous ?
Cordialement.

Papillon 20/08/2015 12:13

Je sais qu'Ayn Rand a en effet beaucoup inspiré Bello, mais je n'ai pas encore eu la curiosité de me procurer ce gros roman, assez peu connu, du reste.

Mior 18/08/2015 10:34

...mais pas du tout d' accord avec ta réponse à Coralie : " la littérature c'est surtout des histoires" . Les bons bouquins , ce sont (surtout) des histoires ( et c'est ainsi que les américains sont grands) , la littérature , c'est autre chose... Il peut y avoir une histoire , mais pas nécessairement, et c'est là que l'art de l'écriture est grand ; l'histoire, dans certains sommets de la littérature , tient en une phrase, guère plus...

Papillon 18/08/2015 19:43

Bon, je crois que je me suis mal exprimée ;-) J'adore Toussaint par exemple et tu peux en effet reduire ses 'histoires à une phrase. Mais la litterature ce n'est pas que ça : ce sont des histoires aussi, et une vision du monde. Ce que j'aime chez Reinhardt et Bello, c'est qu'ils ont des choses à dire sur le monde contemporain, Reinhardt le fait par l'introspection avec une très belle plume (à mon avis, mais ça aussi, ça se discute) et Bello le fait par l'imagination avec des constructions narratives hyper sophistiquées.

Mior 17/08/2015 22:34

...je suis contente que tu sois lue -et bien lue- au creux de l'été ;-) ( parce que tu le vaux bien !)
Je n'ai rien d'autre a ajouter, pour l' instant, ne connaissant pas les deux auteurs comme tu le sais, mais ton enthousiasme en rend la lecture difficile à ajourner encore longtemps ...

Papillon 18/08/2015 19:31

Je werais vraiment curieuse d'avoir ton avis sur l'un et sur l'autre...

luocine 17/08/2015 20:25

beau billet et très agréable à lire, j'apprécie beaucoup Bello et je n'ai pas du tout aimé "l'amour des forêts" , au point où je ne lirai sans doute plus de livre de cet auteur.

Papillon 18/08/2015 19:30

Merci ! Et tu confirmes que ceux qui aiment Bello n"aiment pas Reinhardt et vice versa. Sauf moi !!!

Kathel 17/08/2015 14:54

Bravo pour cet article ! Non seulement tu détailles bien ce qui te plaît chez ces deux auteurs, mais en plus tu es parfaitement claire et compréhensible, car j'avoue que l'analyse littéraire pure et dure me passe souvent bien haut au-dessus de la tête.
Je n'ai toujours pas lu ces auteurs, mais ma phase littérature étrangère persiste avec quelques exceptions...

Papillon 17/08/2015 19:35

Ce n'est pas vraiment de l'analyse littéraire, mais j'ai vraiment eu envie d'aller un peu plus loin dans la lecture de leurs livres, histoire de rester encore un peu en leur compagnie alors que j'ai lu tous leurs livres. Et maintenant je vais retrourner à la littérature étrangère aussi !

keisha 17/08/2015 14:19

(à suivre?) wahou, quel billet, déjà.
STP inutile de m'envoyer en psychanalyse, certains passages de ton billet confirment ce que j'avais déjà analysé toute seule, et je vois pourquoi je préfère Bello à Reinhardt (faudrait déjà que j'en lise plus des 100 premières pages de l'amour et les forêts, remarque)(et sorry, l'humour, je n'avais pas trop trop vu chez lui)

Papillon 17/08/2015 19:33

C'est drôle, parce que Coralie qui adore Reinhardt n'a pas aimé Bello et toi qui adores Bello tu as calé sur Reinhardt !!! A croire qu'il n'y a que moi qui aime les deux ! L'amour et les forêts n'est pas le plus drôle de Reinhardt, cela dit (ni le plus gai). Cendrillon contient des passages qui sont à hurler de rire, mais je ne suis pas vraiment sûre que ce soit ton truc...

Coralie 17/08/2015 14:14

Alors je suis venue lire ce billet pour une question assez négative : je me demande comment c'est possible de mettre Bello au niveau de Reinhardt. J'y ai trouvé partiellement ta réponse avec leur positionnement par rapport au style. Je ne pourrai je pense pas relire Bello après les falsificateurs. Cette lecture était pour moi une vraie catastrophe. Je n'ai pas supporté l'écriture. Je reconnais un travail sur l'intrigue, mais pour moi c'est d'une qualité très très basse niveau écriture. Je n'ai cru à aucun personnage, même leur façon de s'exprimer me paraissait totalement improbable. Même l'intrigue en a pâti : tout m'a paru être du carton pâte. Alors que chez Reinhardt, tout me saute aux yeux, comme s'il me montrait des photos, ou qu'il téléchargeait en moi exactement les personnes dont il parlait. Du coup j'apprécie encore plus ton article :) qui me permet de comprendre un peu plus pourquoi tant de mes proches aiment Bello.

Papillon 17/08/2015 19:30

C'est drôle, parce que si j'avais un (petit !) défaut à reprocher à Reinhardt c'est précisément qu'il est trop démonstratif : il te fait le texte et l'explication de texte, parfois. Avec Bello, il faut que tu y mettes un peu de jus de cerveau. C'est vrai qu'il a un style assez factuel, mais on ne peut réduire la littérature au style. Même Reinhardt dans Cendrillon râle contre les critiques qui font une fixation sur le style. La littérature, c'est surtout des histoires. Et Bello a une imagination qui n'a aucun équivalent (à ma connaissance) dans toute la littérature française contemporaine. Et tu ne peux pas non plus le "réduire" aux Falsificateurs alors que chacun de ses romans est différent des autres. Bref, je t'encourage à un essayer un autre ;-)

Electra 17/08/2015 11:10

Superbe billet ! L'analyse est poussée et surtout tu arrives à faire passer leurs divergences et leurs points communs - ce qui te fait vibrer chez eux et te faire sentir vivante ! Un très bel hommage ! J'espère que leurs éditeurs vont lire ton billet :-)
Je suis jalouse car je suis incapable à ce jour d"écrire sur mon auteur préféré car j'ai trop peur de ne pas pouvoir lui rendre justice, on a tant écrit sur lui que j'aurais l'impression d'être une amateur !

En attendant, si Bello me fait moins envie, je pense que je vais partir à la rencontre de Reinhardt, le sensoriel ! Étant fan de la littérature américaine, je te fais confiance.
Sinon, j'ai découvert il y a peu deux auteurs français (comme toi je vais rarement vers eux) dont un dont je viens d'acheter tous les romans, et si le coup de foudre persiste, j'essaierais de lui rendre un hommage appuyé !

Papillon 17/08/2015 19:24

C'est qui, ton auteur préféré ? Moi j'ai un blocage, par exemple, sur Philip Roth, que je trouve tellement immense que tout ce que je pourrais dire ne pourrait être que banalités. C'est pour cette raison que j'utilise beaucoup le "je" dans ce genre de billet : mon humble avis de lectrice ;-)