Bello, Reinhardt et moi /2

Publié le par Papillon

[Suite de mes aventures de lectrice dans les univers littéraires d'Antoine Bello et Eric Reinhardt]

« Créer, c’est vivre. » Éric Reinhardt1

Éric Reinhardt explique qu'il ne peut écrire que « sur ce qu'il connait »2 et puise beaucoup dans son vécu personnel et familial pour concevoir ses romans, Antoine Bello déclare au contraire : « Je parle toujours de faits que je ne connais pas, on est plus plausible quand on invente.»3 et fait donc galoper son imagination dans tous les sens. Alors que Reinhardt pratique une écriture de l’intime et n’en finit plus de fouiller les méandres de sa mémoire et de son inconscient, Bello n’aime rien tant que de jouer au démiurge et de créer des mondes, voire de recréer le monde. Il serait pourtant dommage de les réduire, l’un à un maître de l’autofiction et l’autre à un génial raconteur d’histoires. Tous les deux sont bien plus que cela et déploient dans leurs romans une réelle et très intéressante vision du monde.

 

 

Reinhardt pratique une écriture centrifuge qui va de lui au monde. Par le biais de son histoire personnelle, il est capable de faire une analyse mordante de la société française. Dans Cendrillon, il conçoit un roman-monde où il est autant question d’économie que de sexe, de violence que de création littéraire. Il est issu de la classe moyenne et son projet littéraire est de montrer l’effet délétère de la société contemporaine sur l’individu, une société à la fois normative et oppressive, et notamment dans le milieu du travail. Il met en scène, finalement, des gens comme moi : des cadres moyens, qui se font en quelque sorte rouler par le système en adhérant aux valeurs d’une entreprise qui les exploitent pour mieux s’enrichir, et les broient. Comme David Kolski, dans Le système Victoria, qui sue sang et eau pour diriger la construction d’une tour et réaliser les objectifs démentiels fixés par sa Direction, objectifs qu’il ne remet jamais en question.

 

Bello, lui, n’est pas issu de la classe moyenne, ne vit pas en France et a été longtemps un dirigeant d’entreprise. D’emblée, il se place, en tant qu’écrivain, sur un autre plan. C’est moins l’état de la société que celui du monde qui l’intéresse, il a une vision plus globale, à la fois géographiquement et sociologiquement. Quand il s’intéresse au monde du travail, c’est pour y montrer les jeux de pouvoir dans les instances dirigeantes. Et il a, évidemment, une tout autre vision de l’entreprise, dont il montre davantage la stratégie que le fonctionnement. Dans la trilogie des Falsificateurs, il en crée une de toutes pièces, le Consortium de Falsification du Réel, qui a son instance dirigeante, le Comex, ses grandes directions, son Plan, son siège social et ses milliers d’employés. La vision de l’entreprise que Bello déploie est très idéaliste : il en fait un outil de transformation du monde (et on ne peut pas lui donner tort, quand on voit à quel point des entreprises comme Apple ou Google ont, en effet, profondément changé le monde). Dans cette trilogie, et à travers le CFR, il réunit en quelque sorte ses deux métiers d’écrivain et d’entrepreneur et crée un univers : un roman qui est à la fois un roman-monde, un roman-encyclopédie et un roman-bibliothèque, où il fait un état des lieux du monde, revisite l’histoire, la géographie, les sciences, les arts, et joue sur presque tous les genres romanesques : aventure, espionnage, initiation, politique, historique. Un roman total, en somme, version « bellosienne » de la Bibliothèque de Babel de Borges.

 

Par le biais du CFR, Bello montre le côté positif de l’entreprise, quand Reinhardt en dévoile le côté obscur. Tous les deux abordent également dans leurs romans la question économique, une question qui est aujourd’hui au centre de nos vies, et qui devrait a priori, les opposer.

 

 

Reinhardt se déclare, en effet, homme de gauche, alors que Bello se définit comme un libéral.

 

Éric Reinhardt : « Je suis un homme de gauche, mais je suis pragmatique : je sais bien que l’on ne va pas renverser le capitalisme.»4

 

Antoine Bello : « L’économique régit et façonne le monde, Dan. Il constitue à la fois le fondement des rapports sociaux et la clé du progrès de l’espèce humaine. Sans échanges, toi et moi nous balancerions encore aux branches, comme des chimpanzés. Les opposants au capitalisme oublient un peu vite qu’ils lui doivent leur cerveau »5

 

Et pourtant tous les deux s’appliquent surtout à montrer dans leurs romans les dérives du capitalisme, sans jamais faire preuve de manichéisme ni de prosélytisme. Dans Cendrillon, Reinhardt nous explique ce qu'est un hedge fund et nous montre la logique imbécile de la course au profit et l’ivresse de la spéculation qui mènent à la catastrophe financière. Dans Elisabeth ou l'équité, sa première pièce de théâtre, il met en scène un conflit social dans une entreprise internationale, et une négociation qui ressemble à une partie de poker à quatre : l'actionnaire américain, le patron, la DRH et le délégué syndical. On voit tour à tour tous les points de vue et l’on constate que personne n'est coupable ou innocent, chacun a simplement sa propre logique, et aussi des motivations personnelles plus ou moins avouées. Bello ne dit pas autre chose dans Roman  américain. Il y montre aussi les dérives du système à travers le marché du life settlement. Lui aussi donne les points de vue de tous les intervenants et montre que chacun a sa propre logique. Il précise d’ailleurs que « dans le capitalisme, chacun trouve éminemment vertueux et justifié ce qu’il fait, et par contre est très prompt à dénoncer ce que font ses voisins »6. Reinhardt va juste un peu plus loin, car il montre dans Le système Victoria combien la mondialisation et l’ultralibéralisme ont un effet destructeur sur le monde du travail, et donc sur l’individu. Mais là encore il ne se pose pas en juge : la fin tragique du roman laisse espérer que l’ultralibéralisme finira étouffé par sa propre avidité, mais ce ne sera pas sans la complicité de tous ceux qui se sont laissés berner par ses fausses promesses. Finalement, Bello défend le système capitaliste tout en en montrant les limites, et Reinhardt en critique les effets néfastes sans le remettre en cause.

 

 

Un autre élément essentiel qui rapproche ces deux écrivains très idéalistes, et qui me touche particulièrement, c’est leur quête existentielle, qui peut parfois se faire extrêmement douloureuse, et prend dans leurs œuvres respectives des formes assez différentes.

 

Toute l’œuvre de Reinhardt est marquée par l’angoissante question de la réussite sociale et de l’affirmation de soi en tant qu’être unique et singulier. « Comment trouver sa place et s’accomplir sans se trahir ? Comment concilier ses attentes, ses idéaux, avec les impératifs de la société ? Quel prix est-on prêt à payer pour se construire une situation confortable ? »7 Tous ses personnages luttent durement pour s’accomplir, contre soi (Demi-sommeil), contre la famille (Le moral des ménages), contre la société qui normalise (Existence, Cendrillon), contre le conjoint qui étouffe (L’amour et les forêts). C'est d'autant plus dur de devenir soi que l'on est frappé par ce qu'il appelle le déterminisme social (et où je vois, aussi, beaucoup de déterminisme psychologique). Mais il croit aux vertus cathartiques de l'écriture. Dans Demi-sommeil, on voit Bruno tenter sans succès d’exorciser son histoire d'amour avec Judith en l'écrivant, même chose dans L'amour et les forêts avec Bénédicte Ombredanne. Ce processus, Reinhardt se l'applique à lui-même dans Cendrillon par le biais de son personnage « Éric Reinhardt ». Ce personnage est le seul personnage de toute son œuvre qui ne finisse pas broyé par la réalité. Par le biais de cette catharsis, Reinhardt réconcilie ses doubles, et s'invente en écrivain, tout en revendiquant le droit d'être un homme complexe, aux multiples facettes. Cette construction de soi, il la met en scène métaphoriquement dans Le système Victoria par le biais de la tour dont David supervise le chantier, une tour de conception très originale mais à l'équilibre délicat.

 

Chez Bello la question de soi ne se pose pas du tout dans les mêmes termes : « J’ai su très jeune que j’avais des dons exceptionnels, pour les maths, les lettres, la création et que je pourrais faire à peu près tout ce que je voulais.»8 Très inspiré par la parabole des talents9, il se demande donc : que doit-on faire des talents qui nous sont échus, et à qui doit-on des comptes ? Beaucoup de ses personnages rêvent d’un "destin singulier. Ils sont à la recherche de l’extraordinaire."10 Des personnages tellement à la recherche de l’extraordinaire qu’ils finissent par se perdre, comme dans Les funambules (livre de jeunesse), ou n’arrivent jamais à être heureux, à se satisfaire de ce qu’ils ont déjà obtenu, comme le héros de Mateo (roman de la maturité), incapable de savourer le succès alors que le moindre échec le fait terriblement souffrir. Dans la trilogie des Falsificateurs, toute la quête de Sliv sur la « finalité du CFR » est bien sûr une métaphore de la recherche du sens de la vie. Et parvenu à la quarantaine, Sliv fait cette découverte que nous faisons tous un jour ou l’autre : la vie n’a pas d’autre sens que celui que nous lui donnons. Dans Les Producteurs, troisième et dernier épisode, Bello réussit à croiser la question du talent avec le projet très idéaliste qui parcourt toute la trilogie : transformer le monde, mais discrètement, brique par brique et en jouant sur le long terme. Dans ce roman, Sliv et Lena conjuguent leurs talents pour les mettre au service de l’humanité et bâtir un scénario qui doit le rendre le monde meilleur. Il appartient donc, nous dit Bello, aux êtres doués de grands talents de changer le monde.

 

Et c’est assez amusant de constater, finalement, que c’est l’homme de droite (Bello) qui se préoccupe de bonheur universel, alors que l’homme de gauche (Reinhardt) s’intéresse davantage au bonheur individuel. Reinhardt élabore dans Cendrillon tout un système11 qui lui permet d’atteindre l’épiphanie, sa quête essentielle (« Je recherchais la grâce, l'extase, la plénitude, la fulgurance »12), un système qui repose sur le culte du présent et des sensations, et s’organise autour de ses obsessions personnelles, « L’automne. Cendrillon. La salle de bal. Le soulier. L’espace. Le temps. Le présent. L’extase. Le théâtre. La femme. La reine. L’instant. La grâce. La danse. La magie. »13, des obsessions qui ne sont plus matière à culpabilité ou à détestation comme dans Déposition14, mais au contraire support à l’affirmation de sa singularité.

 

Toute l'œuvre de Bello porte sur le rapport entre la fiction et le réel, toute celle de Reinhardt sur la place de l'individu dans la société. Reinhardt se construit par l'écriture. Bello construit un monde par l'écriture. Chez Reinhardt, la littérature dissèque le monde, chez Bello elle le réinvente.

 

 

« Un livre qu'on aime, c'est avant tout un livre dont on aime l'auteur, qu'on a envie de retrouver, avec lequel on a envie de passer ses journées. » Michel Houellebecq15

 

Et, en effet, j'aime passer du temps en compagnie de ces deux romanciers, parce que j'aime leurs univers, leurs voix, les histoires qu'ils me racontent et les personnages qu'ils mettent en scène. Tous les deux m’émeuvent par ce que je devine d’eux à travers leurs livres. Et ils me touchent aussi pour une raison très narcissique : je me reconnais dans leurs livres. 

 

Je partage avec Éric Reinhardt un certain nombre d'éléments très personnels : le milieu social, l'image de la mère (Le Moral des ménages), l'hypersensibilité au monde, le doute, les complexes, la conscience politique de gauche, le goût pour les arts (Cendrillon), l'expérience du désenchantement (Demi-sommeil), la quête de l'épiphanie. J'ai vraiment l'impression en le lisant d'avoir trouvé mon double littéraire.

 

Antoine Bello, au contraire, serait plutôt mon antithèse sociale. Mais je me retrouve dans ses personnages de grands solitaires, de Sliv et Lena (Les falsificateurs) à Dan (Roman américain) ou Mateo (Mateo), dans le jeu de doubles qui hante toute son œuvre de façon plus ou moins cryptique, dans son besoin de tout intellectualiser, et surtout dans son désir un peu fou de vouloir rendre le monde meilleur.

 

Ce que je leur dois : la plume de Reinhardt me bouleverse, l'imagination de Bello me subjugue. Ils ont, chacun à sa manière, éclairé mon passé, mon présent, et même mon avenir, puisqu’ils ont, chacun à sa manière, modifié mon regard sur le monde. Reinhardt, par son culte du présent et sa quête de l'enchantement, me rappelle que l'émerveillement est toujours au coin de la rue, même dans le monde difficile qu'il décrit dans ses romans. Bello, lui, m'incite à ne jamais cesser de remettre en question ce que je vois et ce que j'entends. D'une certaine manière, c'est le plus subversif des deux. Sa théorie de l'empathie a complètement bouleversé mon rapport à autrui. Reinhardt me dit : Regarde, Bello me conseille : Réfléchis. Les deux proclament : Expérimente. Avec Reinhardt je m'émerveille, avec Bello je m'interroge.

 

Dans les romans de Reinhardt, je retrouve ma personnalité intime, ce qu'il y a de plus sensible et de plus passionné en moi ; et dans ceux de Bello ma personnalité sociale, ce qu'il y a de plus raisonnable et de plus cérébral en moi. J'espère un jour arriver à réconcilier mes deux personnes...

 

Mais ce que je leur dois vraiment, c'est ce message : "Cultive ta singularité, refuse le conformisme", qui est pour moi le trait majeur de leurs œuvres respectives, et un message que j'aurais bien aimé que l'on m'envoie quand j'avais dix-sept ans (mais ils étaient tous les deux bien jeunes, quand j'avais dix-sept ans).

 

" J’ai de plus en plus tendance à considérer que notre vie est notre œuvre ultime et que tous nos efforts devraient tendre à la rendre aussi singulière que possible. Parce que je pouvais être entrepreneur et écrivain - une combinaison plutôt rare - il fallait que je sois les deux, non pour entrer au Panthéon du business ni à celui de la littérature, mais pour trouver ma place dans l’univers." Antoine Bello16

 

"S'élaborer, se transcender, s'affranchir de l'ordinaire, se libérer des automatismes, refuser de se laisser glisser avec les autres sur la pente unanime, se forger différent, contrariant, contrer l'ordre, fusiller la syntaxe, dynamiter la clientèle, édicter des protocoles confidentiels et s'y soumettre dans le plus grand secret, mettre au point des réflexes antagonistes, identitaires, contredire, détourner, se rendre opaque, devenir incapturable, s'isoler de ses contemporains et accéder à un espace absolu libéré du hasard, de la docilité, de la douleur servile, des consensus démocratiques, devenir soi-même une étoile, une abstraction, une notion pure." Éric Reinhardt17

 

Et je laisse le dernier mot à Antoine Bello :

 

« Rien ne résiste à la littérature. »18

 

 

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    1. Eric Reinhardt. Entretien avec Christine Rousseau. La création à l’œuvre, 6 fév. 2012. Archives sonores de la BPI
    2. Idem
    3. « C’est lui tout caché », Libération, 12 fév.2007
    4. Entretien d’Éric Reinhardt pour la radio espagnole, juin 2015
    5. Roman américain, Folio, epub, p. 78
    6. Entretien Antoine Bello sur France Culture, 10 juin 2014
    7. Cendrillon, Le livre de poche, p. 397
    8. Mail A. Bello, 28 juin 2015
    9. Évangile selon saint Matthieu, chapitre 25, 14-30
    10. « Beau joueur », Chronic’art, oct.2010
    11. Le système Éric Reinhardt, Françoise Cahen, Mémoire de Master, Paris III, 2014
    12. Cendrillon, Le livre de poche, p.398
    13. Cendrillon, Le livre de poche, p.585
    14. « Déposition », in : Onze, Grasset/ Les inrocks, 1999, p. 135-165
    15. Soumission, Grasset, p. 14
    16. Mail A. Bello, 29 juin 2015
    17. Cendrillon, Le livre de poche, p.344
    18. Les producteurs, Gallimard, epub, p. 416

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Petite Balabolka 14/08/2016 16:57

Sur les conseils de Delphine Olympe, je suis allée vous lire et je découvre ce magnifique billet avec une analyse non seulement intelligente mais aussi très émouvante. Bravo !

Papillon 14/08/2016 19:48

Merci à vous ! (et à Delphine-Olympe !)

Yueyin 29/08/2015 09:00

Tres beau billet, qui donne envie de lire les deux (j'ai comnencé hein) et porte a reflechir sur ce qui nous plait tant dans la lecture d'un auteur :-) merci papillon :-)

Theoma 26/08/2015 09:29

Et ben là, je me dis que je suis vraiment une quiche intégrale pour ne jamais avoir lu ces deux auteurs. Bon ben... je sais ce qu'il me reste à faire :)

Papillon 30/08/2015 20:37

Je les ai lus assez récemment aussi, tu sais :-) Mais il n'est jamais trop tard !

sous les galets 25/08/2015 07:19

C'est brillant et très très émouvant ce dernier billet Papillon. J

e suis impressionnée, je n'ose même pas imaginer le temps que ça t'a demandé. c'est une magnifique déclaration d'amour aux écrivains que tu fais, et tu vois ça n'appelle pas vraiment le débat (parce que bien sûr, j'aurais plein de choses à dire mais non ), c'est très beau de voir tout ce qu'ils t'ont apportés tous les deux. je crois que tu peux dire que tu es une lectrice comblée, ce qui est déjà parcourir une partie du chemin vers le bonheur. Bravo. Je sais que Bello te lira, j'espère que Reinhardt aussi. Finalement, c'est aussi un portrait de toi que tu fais, et il y a quelque chose d'assez bouleversant là dedans pour nous, tes amis blogueurs.
Belle journée.

Papillon 25/08/2015 21:13

Oui, j'y ai passé beaucoup de temps, mais tu n'imagines pas le plaisir que ce fut ! Et encore je n'ai pas tout dit, j'ai choisi quelques angles qui m'intéressaient plus particulièrement. C'est vrai que c'est une déclaration d'amour, mais j'arrive à un âge où je me rends compte combien il est important de dire aux gens qu'on aime qu'on les aime. Bello l'a lu et a aimé, Reinhardt je n'en sais rien, mais ce n'est pas si important, ce billet je l'ai aussi écrit pour moi. C'est très égoïste, un lecteur, finalement ;-)

Aifelle 19/08/2015 13:46

Après tes deux billets brillantissimes, je me dis que si je me décide à les lire un jour, je n'oserai même plus en parler ;-)

Papillon 20/08/2015 12:14

Bah, on a toujours des choses à dire sur un livre qu'on a aimé, ne serait-ce que d'expliquer pourquoi on l'a aimé :-)

Eva 18/08/2015 23:02

Je suis bluffée par ton analyse, tout semble couler de source, ce qui montre bien que c'est écrit avec dextérité et intelligence! Bravo pour ces deux billets, que j'ai trouvé passionnants!
Je n'ai lu que le dernier Reinhardt, il faut que je découvre le reste de son oeuvre, mais pour le moment Bello (j'ai lu la trilogie et Eloge...) me parle beaucoup plus.

Papillon 20/08/2015 12:11

Merci, ça me fait plaisir, j'y ai passé beaucoup de temps. Tant mieux su je donne envie d'explorer un peu plus l'oeuvre de ces deux romanciers, ils le méritent, autant l'un que l'autre.

Françoise 18/08/2015 12:29

Ceci dit, je n'ai toujours pas envie de lire Bello, rien que le titre de ses livres (exception faite des funambules) et les noms de ses personnages me servent de repoussoir. La facon de surfer sur le theme du grand complot, dont sont si friands mes eleves, est aussi quelque-chose qui me rebute a priori. Mais j'ai peut-etre tort...

Papillon 20/08/2015 12:18

Et pourtant tout est falsifié, vous le savez bien : les discours politiques, médiatiques, historiques (même le discours de ma direction générale, qui est pipeauté de A à Z). J'ai beaucoup pensé à Bello le mois dernier quand je suis passée à Belfast et que j'ai mesuré à quel point on nous avait menti sur la réalité de la guerre en Irlande du Nord.

Françoise 20/08/2015 08:39

Mes eleves (ceux de bts, qui sont assez massivement complotistes) risqueraient alors de penser qu'ils ont bien raison de dire que le 11 septembre a ete monte de toutes pieces, ou que le policier devant charlie hebdo n'est pas mort parce qu'on ne voit pas de sang. Je leur apprends a analyser les choses, j'ai meme passe un trimestre sur le pouvoir trompeur des images., pour essayer de leur donner plus de sens critique de facon autonome.. Mais leur faire lire un livre qui les conforte dans leur idee que tout est falsifie, que tout est un vaste complot, non...

Papillon 18/08/2015 19:51

Je ne crois pas du tout qu'il ait voulu surfer sur la vague du complot, même si on le lui a reproché. Il n'a pas fait de moi une complotiste et les complotistes n'ont pas besoin de lui pour se raconter des histoires. Ce qu'il montre précisément c'est que la frontière entre vérité et mensonge est très mince et que nous sommes bien prompts à croire ce qui nous arrange ou ce qui nous conforte. C'est même pour ça que vous devriez le faire étudier à vos élèves, qui sont sans doute friands du thème du complot tout en se laissant manipuler par des discours publicitaires, médiatiques ou religieux.

Francoise 18/08/2015 11:48

Est-ce qu'un point commun entre les deux ne serait pas une certaine façon de représenter le monde ultra-libéral comme une gigantesque fiction trompeuse ? On raconte des histoires au père du Moral des ménages, qui se laisse embobiner par l'entreprise, le héros d'Existence se fait avoir, Victoria participe à cette grande tromperie en menant en bateau David et tous les syndicats, Pinkus et Dahl dans Cendrillon construisent de giga-mensonges financiers... Finalement, on pourrait trouver ce thème de la "falsification" dans presque tous les romans d'Eric Reinhardt. ;-)

Papillon 18/08/2015 19:45

Je ne l'aurais pas dit comme ça, mais c'est assez juste. Et Bello va plus loin, puisqu'il s'intéresse aussi aux discours politique, médiatique, historique, etc... Il nous montre vraiment que la falsification est partout.

Mior 18/08/2015 10:23

...celui ci m'a paru encore plus fluide et agréable à lire que le premier , bravo Papillon !

Papillon 18/08/2015 19:38

Merci Mior. Je les aime tellement tous les deux, que c'etait important pour moi de faire un tel billet, et finalement assez plaisant !

Valérie 18/08/2015 09:19

Eh ben , quel travail tu as fourni!
j'ai adoré Emilie Brunet mais j'ai vraiment du mal avec l'idéologie de l'auteur.

Papillon 18/08/2015 19:36

Tu peux préciser ce que tu veux dire par "idéologie", je ne suis pas sûre de comprendre. J'ai lu son oeuvre de A à Z, et très attentivement, et la seule "idéologie" que j'y vois, c'est un éloge de la fiction à tous les étages, un éloge qui comble la lectrice que je suis.