Fille noire, fille blanche - Joyce Carol Oates

Publié le par Papillon


Rentrée littéraire 2009

1974, les Etats-Unis entrent dans les années post-Vietnam, Nixon est contraint à la démission et Genna Meade entre à l’université. Le prestigieux Schuyler College n’est pas une découverte pour elle, puisqu’il a été fondé par son arrière-grand-père. Genna est en effet issue d’une famille de quakers aussi riches que peu matérialistes qui ont toujours investi leur fortune dans des œuvres caritatives : lutte contre l’esclavage, défense des droits des femmes, intégration et éducation. Son père, Maximilian Meade (surnommé Mad Max par ses détracteurs) est un avocat de la gauche radicale. Il a manifesté contre la guerre du Vietnam, défendu les objecteurs de conscience, lutté pour les droits civiques des Noirs. Aussi quand Genna découvre que sa camarade de chambre est une jeune boursière noire, elle décide d’en faire sa cause personnelle : elle va tout faire pour devenir amie avec Minette Swift, la protéger, l’aider à s’intégrer.

Mais rien ne va se passer comme prévu. Minette se révèle prétentieuse, arrogante et égocentrique. Elle rejette tous les gestes d’amitié de Genna, qu’elle traite au mieux avec indifférence, au pire avec dédain. Alors Genna en rajoute, en fait des tonnes, et quand Minette commence à se plaindre de harcèlement racial, elle se sent doublement coupable. En deux mois, Minette a réussi à se faire détester de toutes ses camarades. Est-elle victime de racisme, objet de bizutage ou paranoïaque ?

A travers Genna, Joyce Carol Oates dénonce une certaine bonne conscience qui se voue à une grande cause pour des raisons hypocrites. Genna vacille sous le poids de la culpabilité : culpabilité des Blancs vis-à-vis des Noirs, des riches face aux pauvres, des bons élèves à côté des médiocres, des dominants face aux opprimés, et c’est beaucoup pour une jeune fille de dix-huit ans qui se sent terriblement seule. Alors que Minette a une famille très présente, chaleureuse, soudée, Genna est à moitié abandonnée par la sienne : un père toujours absent qu’elle n’a pas vu depuis des mois et une mère ancienne hippie qui s’est mal remise de ses folles années « sex, drugs and rock’n roll » et vire à l’hystérie. Ce sont ces années-là que fustige Joyce Carol Oates, en même temps qu’un radicalisme politique, prêt à tout pour faire triompher ses convictions, quel que soit le prix à payer, certain d’avoir raison et refusant de se remettre en question.

« Minette se fermerait comme une huître si Max la questionnait avec trop d’insistance. De la même façon qu’avec mes amies de lycée, il s’efforcerait de faire parler Minette de son vécu de « Noire américaine », de victime exploitée et colonisée de l’impérialisme caucasien/américain. Et cela déplairait à Minette, bien entendu. Car Minette était suprêmement elle-même.
Max serait déçu par Minette. Avec d’autres, il avait défendu les Black Panthers, Angela Davis. Minette frémissait de mépris au nom de ces « communistes ». Je ne voulais pas que mon père apprenne que Minette Swift n’avait que dédain pour le jazz et affirmait ne jamais avoir entendu chanter Billie Holliday. »

Un roman très fort et suprêmement dérangeant qui, à travers les tensions raciales aux Etats-Unis, nous renvoie en pleine face le regard que nous portons sur la différence.

Un grand merci à Amanda pour le prêt !

D'autres avis : VirginieLily - Val - Leiloona - Hecate - Lounima - Amanda - Midola - In Cold Blog -



Traduit de l’américain par Claude Seban
Philippe Rey, 2009. – 380 p.

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Emeraude 10/12/2009 17:57


je n'ai (encore) jamais lu cette auteure... pourtant chaque billet que je lis est un billet positif !!


Papillon 13/12/2009 12:18


C'est une auteure qui m'a fait "peur" pendant longtemps : de gros pavés, un style un peu obscur, mais en fait elle est assez facile à lire et j'aime beaucoup les thèmes qu'elle aborde dans ses
romans.


chiffonnette 07/12/2009 09:01


Un roman intriguant... Mais Oates m'était tombée des mains (enfin, un roman de Oatas, je ne suis pas assez cruelle pour faire tomber les écrivains quand même) alors j'hésite!


Papillon 07/12/2009 21:09


J'ai eu quelquefopis des hésitations avec son style, mais pas dans ce roman-ci : il est vraiment abordable, même si la construction est très fine et révèle pas mal de surprises.


cocola 05/12/2009 09:59


Une grande auteure oui, je n'ai pas lu celui-ci, mais j'aimerais bien le trouver justement pour le challenge 100 ans de littérature américaine !


Papillon 05/12/2009 18:58


C'est vrai que JCO colle parfaitement avec le challenge !


aurelie 04/12/2009 20:39



Dans ma pile de lecture... et j'en profite pour vous parlez de Rouge-déclic, une nouvelle revue littéraire.

http://www.revue-rouge-declic.fr/

Un appel à texte pour le prochain numéro : The party.

Si vous le désirez je peux vous en dire plus par mail en vous adressant le communiqué de presse, l'article du matricule des anges, le fly d'appel à textes, le sommaire.

Merci pour l'attention,

Bonne route !

Aurélie



Papillon 04/12/2009 21:38


Merci pour l'info, Aurélie.


choco 04/12/2009 14:42


Décidemment, Amanda est ta fournisseuse officielle :) Je t'envie... !
Ce titre là fait aussi partie de ceux que je veux lire absolumment !
Pour ma part, pas encore commencé le boyden envoyé... mais ça sera le prochain !


Papillon 04/12/2009 21:36


Ah oui, Amanda est formidable


Mango 04/12/2009 12:39


Très très envie de le lire mais j'ai déjà acheté son Journal et il faut bien que je le lise aussi! Trop, trop de tentations dans ce monde de blogs! :)


Papillon 04/12/2009 21:36


Ah ! Son journal me tente bien aussi


Bouh 03/12/2009 17:36


Hop ajouté au challenge. C'est un bouquin que je veux absolument lire, mais j'en ai déjà beaucoup, alors j'attendrai un peu


Papillon 04/12/2009 21:35


Oui, il faut lire Joyce Carol Oates, c'est un auteur formidable !


Mariel 03/12/2009 15:41


J'étais déjà séduite par ce livre, je le suis encore plus! (si c'est possible)...


Papillon 04/12/2009 21:35


J'espère que tu l'aimeras !


Leiloona 03/12/2009 10:05


Oui, cette dimension critique est aussi là ! C'est un roman complexe qui peut être abordé sous plusieurs angles. Je l'ai aimé pour cette raison, entre autres.


Papillon 04/12/2009 21:35


Tout comme moi, j'ai aimé les différents niveaux de lecture.


Restling 02/12/2009 22:24


J'ai beaucoup aimé ce roman aussi ! Quelle belle plume que celle de Joyce Carol Oates !


Papillon 04/12/2009 21:34


Et elle sait perfaitement surprendre son lecteur, en plus !