Jean-Philippe Blondel - Juke-box

Publié le par Papillon

Voilà, c'est fait : j'ai lu mon premier roman de Jean-Philippe Blondel.

Juke-box est basé sur un principe à la fois simple et charmant : un narrateur raconte sa vie, en courts chapitres dont chacun est illustré par une chanson. Mais il y a presque deux romans dans ce livre-là… Au début un très jeune narrateur et une petite voix scandent des souvenirs d'enfance : les vacances à la mer, le dimanche chez la grand-mère, la première surboume et les premiers cours d'anglais… Et l'auteur doit être à peu près de la même génération que moi car je connais toutes ces chansons par cœur et nous avons quasiment les mêmes références : les photos en noir et blanc et les 45 tours en vinyle, les écoles non mixtes et les R16, le papier peint orange et Jack Kerouac. Le jeune narrateur a quelque chose de touchant, quelque chose du Petit Nicolas de Sempé et Goscinny, mélange de naïveté, d'innocence et d'inquiétude latente. Et ce narrateur c'est un peu moi : moi aussi j'ai passé le 2e triton, eu une correspondante et une mobylette 103 Peugeot. Ce Juke-box, c'est ma boite à souvenirs : comment ne pas l'aimer, sourire et soupirer ?

Et puis, changement de ton, de la légèreté on passe à la gravité et du récit d'enfance on entre dans un vrai roman avec des sentiments violents, des pleurs, des drames et des départs. A travers le texte je sens la pulsation d'un cœur qui bat et qui lutte et qui souffre. Que je l'aime ce jeune homme qui cherche sa place dans le monde, comme il me ressemble ! D'ailleurs c'est toujours un peu soi que l'on cherche dans les livres des autres… Bizarre, d'ailleurs : Falaises d'Olivier Adam et son jeune homme malheureux m'avait prodigieusement énervée (trop surjoué), alors que le Yoann du Juke-box, me touche, m'émeut et me fait pleurer. Certes il en faut peu pour me faire pleurer en ce moment, surtout dans le registre des souvenirs…
Vous avez raison, Monsieur Blondel : notre vie est scandée par des chansons. Et par des romans, aussi. Et je sais qu'un jour je dirai : "Juste après la mort de Papa, j'ai lu Juke-box de JP Blondel."
 
Robert Laffont, 2004. — 210 p.

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pom' 18/08/2006 16:55

j'ai adoré Accés direct à la plage et j'ai beaucoup  aimé un miniscule inventaire . je vais surement lire juke boxe avec beaucoup de plaisir.

Papillon 13/08/2006 15:27

Merci à vous d'avoir pris la peine de déposer un commentaire...Vous répondez à une question que je me suis posée au moment de la rupture de ton dans le texte, sur la part de vécu et de fiction de cette histoire...Si j'ai bien parlé de votre livre, c'est sans doute parce que j'y ai trouvé ce que je cherche en général dans la littérature (et ailleurs...) : de l'émotion.

jp blondel 13/08/2006 09:53

merci - merci infiniment..c'est je crois aussi la plus belle critique qui ait été faite sur ce roman ( avec celle d'un journaliste de l'Alsace)..je suis très vulnérable sur les critiques faites à ce roman, alors que je veux bien tout accepter sur les autres - simplement parce que Juke-Box n'est presque pas un roman - c'est ma vie, je ne l'ai jamais caché - et c'est pour ça qu'au début je ne voulais pas le publier - je ne voyais pas ce que les autres allaient y trouver - vous avez magnifiquement rendu la rupture entre les deux parties du livre ( qui en a troublé certains) , ou quand le générationnel devient le personnel et l'intime. Voilà, merci encore et dansez-y
jp

Papillon 11/08/2006 19:04

Justement, je voulais commencer par Accès direct à la plage, mais il n'était pas à ma bibliothèque ! Raison pour laquelle je me suis "rabattue" sur Juke-box. Mais il vient de sortir en poche, je crois, alors je vais me l'offrir !

feeviviane 11/08/2006 18:30

Ce n'est pas mon livre préféré de Jean-Philippe Blondel, Accès direct à la plage est bien meilleur si je puis me permettre...  1979 est entre les deux.

Cuné 10/08/2006 13:03

Ah ? Ca ne m'a pas frappé, comme comparaison, non. Dans Mulisch j'ai été happée de suite par l'histoire, avec Boulgakov, non, quoi que je le finirai sans doute un jour car effectivement, on se demande où on va finir par arriver :-DJe note les chroniques de Billancourt, merci.

Papillon 10/08/2006 12:10

Merci, Cuné. C'est sans doute le roman dont j'avais besoin en ce moment...
Pour Berberova, je ne trouve pas qu'elle soit si intellectuelle (rien à voir avec James, par exemple), mais elle écrit très bien. Et il y a beaucoup de non-dits : des sentiments très forts sont latents mais jamais exprimés. Toi qui aime les nouvelles, tu devrais essayer Les chroniques de Billancourt. Je crois que tu aimerais ces petites tranches de vie.
Pour Boulgakov : oui, ça se lit très bien et je m'amuse beaucoup, mais je ne sais pas du tout où il veut en venir. Bizarrement, ça me fait beaucoup penser à Mulisch...

Cuné 10/08/2006 07:46

Je crois que c'est la plus belle critique de ce roman que j'ai jamais lue. Je t'embrasse fort.--------------------------------------------------------------------------------------------Très hors sujet, je vois que tu te lances dans Boulgakov, j'en ai lu un tiers, ça se lit bien, mais je n'ai pas accroché. Tu cites également Nina Berberova, tu me connais un peu, tu crois que ça me plairait, ou c'est trop littéraire ou poétique pour moi ?