Carl de Souza - La maison qui marchait vers le large

Publié le par Papillon

Jusqu’à présent, l’île Maurice évoquait pour moi des plages de sable blanc, une mer turquoise, des palmiers et des champs de canne à sucre. Mais ce roman mauricien a balayé tous ces clichés exotiques en me faisant découvrir une toute autre réalité de la vie dans cette île de l’Océan Indien qui fut tour à tour colonisée par les hollandais, les français, et les anglais pour finalement obtenir son indépendance en 1968.

L’action se déroule à La Motte, quartier populaire de la ville de Port-Louis, coincé entre montagne et mer, où cohabitent chinois, indiens et musulmans, dans un dédale de vieilles ruelles. La seule maison bourgeoise du quartier appartient à M. Daronville, un vieillard détestable et acariâtre. Suite à des revers de fortune, M. Daronville a été contraint de louer le rez-de-chaussée de sa maison à une famille de musulmans. Le propriétaire déteste et méprise son locataire. Pourtant, Haffenjee est un brave homme qui ne vit que pour sa famille : sa femme, Bibi Feroza, dont la santé est fragile, et son fils, Omar, sur lequel reposent tous les rêves de promotion sociale de la famille. Après un violent orage, des pluies torrentielles ravagent le quartier de La Motte, et au matin les habitants effarés découvrent les dégâts : murs lézardés, plafonds effondrés, et la maison de M. Daronville qui glisse doucement vers la mer… Pour Haffenjee, c’est le début d’une période difficile.

Un très joli roman qui commence comme une comédie et se termine en tragédie. M. Daronville, qui refuse de quitter sa maison, représente le dernier vestige d’un passé colonial qui refuse de mourir. Haffenjee, qui rêve de l’acheter, cette maison, représente une nouvelle génération qui rêve d’ascension sociale. Les deux hommes finiront par faire affaire, mais à quel prix… Autour d'eux, une collection de personnages secondaires qui donnent vie au quartier et nous en révèle les habitudes : Zermaine, la gentille femme de ménage de M. Daronville, sa copine Poupette, la veuve Malvoisin qui prend en main l'évacuation du quartier... Et le texte est truffé d’expressions créoles qui sont un peu difficiles à comprendre au début, mais auxquelles on s’habitue assez vite et qui contribuent à créer une atmosphère.

Il y a quelque chose de profondément pessimiste dans cette histoire, qui est pourtant racontée avec une légèreté qui donne à penser que le sentiment dominant des mauriciens est le fatalisme.

Le serpent à plumes / collection Motifs, 2005. – 331 p.

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