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Citation du jour :


«  C'est une façon d'exister que de résister. » 

 

Danièle Mitterrand.

Vendredi 12 septembre 2008 5 12 /09 /Sep /2008 00:01


Rentrée littéraire 2008


Quelque part en Afghanistan, un homme gît sur une modeste couche, dans une modeste chambre, les yeux ouverts mais sans conscience : pas encore mort mais plus tout à fait vivant.
Auprès de lui, sa femme veille.
Auteur d’eux la guerre gronde, sonore et invisible.
Et la femme prie, soigne, caresse et tempête.
Car elle lui en veut, à son homme, de ne plus pouvoir la protéger sans pour autant la libérer.
Elle lui en veut, car il a toujours préféré la guerre à sa famille.
Elle lui en veut pour avoir été si peu présent en dix ans de mariage.
Elle lui en veut pour tout ce qu’elle a eu à subir, en temps que femme, de la part des hommes : leur égoïsme, leur lâcheté, leur mépris et leur violence.
Alors, face à ce corps inerte qui ne lui répond plus, elle déverse pour la première fois sa colère, ses frustrations et ses secrets de femme.
Elle se libère par la parole.
« Cette voix qui émerge de ma gorge, c’est la voix enfouie depuis des milliers d’années. »
Et elle transforme son homme en syngué sabour, cette pierre magique à laquelle on peut confier ses chagrins, ses malheurs et ses souffrances, jusqu’à ce qu’elle éclate…

C’est un livre magnifique et dur.
Dès les premières lignes, j’ai été séduite par la poésie et le rythme des phrases.
C’est une mélopée qui raconte le quotidien d’une femme dans l’un de ces pays où les femmes n’ont aucun droit, dans l’un de ces pays où la violence est banale et la guerre un décor que l’on remarque presque plus, de même que l’on ne fait plus attention à la guêpe qui se fait piéger par l’araignée. Le langage de cette femme est souvent rude, voire cru, comme sa vie est rude. C’est un monde sans romantisme et sans espoir, mais non sans poésie. Dès les premières lignes, on est saisi par l’émotion du texte, par cette voix de femme, par ce monde qui s’effondre autour d’elle dans la plus parfaite indifférence.
C’est un texte bouleversant et c’est mon premier coup de cœur de cette rentrée littéraire.

Atiq Rahimi est un poète afghan né à Kaboul, qui vit désormais en France et écrit en français.

P.O.L., 2008. – 155 p.

Par Papillon - Publié dans : Littérature francophone - Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
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