S'émerveiller - Belinda Cannone

Publié le par Papillon

"Vivre, enfin, pleinement, comme dans une étreinte."
 

Belinda Cannone est écrivaine et universitaire. Assise à son bureau, elle admire de sa fenêtre le chêne qui trône au centre de son champ. Deux merles chantent. Et elle se sent émerveillée. "Parfois le silence règne, nous sommes paisibles et concentrés, la lumière est belle et notre regard vigilant : alors l’émerveillement nous saisit." Elle décide de disséquer ce sentiment précieux autant qu'éphémère : qu'est-ce donc que l'émerveillement ? Elle prend appui d'une part sur ses travaux antérieurs sur le désir, d'autre part sur son vécu personnel analysant ses propres émerveillements pour tenter de définir ce concept, tout en convoquant régulièrement les grands textes de la littérature. 
 
"Ayant depuis longtemps entrepris de réfléchir au désir de vivre - cela se réfléchit-il ? me demanderez-vous, et je vous dirai oui, les livres le peuvent, comme un miroir enchanté - il m'a semblé que déployer ce sentiment fugitif et profond, l'émerveillement, accompagnerait cette trajectoire intime que je ne dissocie jamais de la stendhalienne "chasse au bonheur".
 
L'émerveillement est un phénomène d'autant plus inappréciable qu'il est rare et ne peut être ni programmé ni calculé. Il survient à l'improviste à la condition que l'on ait l'esprit préparé. L'émerveillement n'est pas l'éblouissement que l'on peut ressentir devant une œuvre artistique, il résulte moins de ce qui est vu que de celui qui regarde. Il exige que notre esprit soit ouvert au monde (raison pour laquelle il se refuse souvent aux êtres malheureux ou dépressifs, concentrés sur leurs tourments), il ne peut se vivre qu'au présent et dans la lenteur. "S'émerveiller résulte d'une procédure alchimique dont le principe se trouve dans le regardeur et qui permet de révéler une dimension secrète des choses." Pour Belinda Cannone, il survient plus facilement dans la nature que dans la ville, mais il peut naître autant de l'infime que du gigantesque. Quand il est vraiment fort, elle le qualifie de "sentiment océanique", cette impression de fusion avec le monde. Évidemment  notre capacité d'émerveillement dépend des circonstances : amoureux, on s'émerveille de tout ; contrarié, on ne s'émerveille plus de rien... Mais on peut entraîner son esprit à l'émerveillement [comme le savent tous ceux qui pratiquent la méditation depuis un certain temps], en cultivant la capacité à vivre dans l'intensité du moment présent. 
 
Un très joli essai, très personnel, en forme de promenade autant bucolique que littéraire, poétique et philosophique, qui nous rappelle que le bonheur est à la fois à portée de mains et un travail de chaque instant. Un essai que j'ai eu envie de lire parce qu'il me semble que nous perdons aujourd'hui, dans ce monde de plus en plus futile et qui va de plus en plus vite, notre capacité à flâner, à bayer aux corneilles et à apprécier la simple palpitation de la vie.
 
"Mais on peut aussi considérer, comme Spinoza, que construire la joie est notre principal travail, que l'émerveillement est une attitude philosophiquement désirable, et donc oeuvrer pour s'en rendre capable. "
 
Stock, 2017. - 191 p.
 

Publié dans Essais - Documents, France

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Lili 22/06/2017 15:14

L'émerveillement dépend essentiellement de celui qui regarde, cela est tellement vrai ! Voilà un sujet rarement évoqué, en dehors de quelques ouvrages de ravis de la crèche, et qui me parle ! Je note donc !

Amaryllis58 10/06/2017 09:05

Bonjour,
C'est une auteure que j'avais lue il y a quelques années. Le sujet me plaît beaucoup. Je le note.

Papillon 11/06/2017 21:17

J'espère que tu aimeras.

keisha 09/06/2017 08:21

Comme Aifelle, je lis beaucoup de non fiction, l'âge? ^_^ Je note celui ci, présent à la bibli!

Papillon 09/06/2017 19:59

mais non ce n'est pas l'âge, mais la curiosité ;-)

Aifelle 09/06/2017 06:16

Le genre de réflexion qui peut m'intéresser (je me rends compte que je lis maintenant autant de non-fiction que de fiction, l'âge peut-être ...)

Papillon 09/06/2017 19:57

Je ne sa&is pas si c'est l'âge, mais moi aussi j'en lis de plus en plus. Je trouve que ça donne un contrepoint intéressant à la fiction.