Citation du jour :
« C'est une façon d'exister que de résister. »
Danièle Mitterrand.
« C'est une façon d'exister que de résister. »
Danièle Mitterrand.
Il y a quelques jours, j'évoquais dans un billet trois grands écrivains qui m'ont marquée, mais qui sont peu médiatisés. Mon amie Sylvie m'a alors dit: "Je n'en connaîs aucun ! " Qu'à cela ne tienne ! J'ai décidé de faire un peu de recyclage, en republiant des billets concernant ces trois auteurs.
Je commence aujourd'hui avec Kôbô Abe, écrivain japonais (1924-1993). La Femme des sables, publié en 1964, est considéré comme son roman le plus marquant. Sa publication valut à Kôbô Abe de nombreux prix littéraires, mais aussi l'exclusion du Parti Communiste dont il était membre depuis 1945.
Un homme, collectionneur d’insectes, arrive dans un village isolé près de la mer, un village tellement envahi par le sable que la plupart des maisons sont au fond d’un trou qui se remplit inexorablement de sable. L’homme accepte l’hospitalité dans l’une de ces maisons. Au cours de la nuit, il va découvrir l’étrange mode de vie des habitants du village. Et quand, le matin venu, il s’apprête à repartir, il découvre que l’échelle qui lui a permis de descendre au fond du trou a disparu. L’homme est prisonnier. Sa seule obsession désormais va être : comment sortir de ce piège ?
C’est une histoire très étrange, peut-être l’histoire la plus étrange que j’ai jamais lue. Il y a peu de personnages, peu d’action, un décor minimaliste et pourtant dès les premières pages s’installe un suspense psychologique qui nous tient en haleine jusqu’à la fin du livre. Toute l’intrigue du roman repose sur cette question : l’homme va-t-il réussir à s’enfuir ? Comment ? L’histoire est vécue au travers des yeux du « prisonnier » et le lecteur assiste aux divers sentiments qui l’envahissent au fur et à mesure que le temps passe : colère, révolte, impuissance, frustration, attente. Et l’homme fait preuve de beaucoup d’ingéniosité pour sortir de son trou. Il essaie successivement la force, la ruse, la violence, l’adresse… Et, finalement, il découvre que la liberté n’est pas où il croyait.
Mais le personnage principal de l’histoire, c’est le sable : anatomie du sable, physiologie du sable, psychanalyse du sable. Jamais on n’aura aussi bien parlé de cet élément minéral qui devient vivant sous la plume de Kôbô Abé. Tantôt le sable est décrit comme le meilleur ami de l’homme, et tantôt comme son pire ennemi. Mais le sable reste un élément magique et plein de mystères. Comme le temps qui passe.
On peut voir une multitude d’interprétations dans cette histoire de la lutte d’un homme contre un élément. On peut y voir une métaphore de la condition humaine. On peut y lire une interrogation sur le sens de la vie : contre quoi nous battons-nous jour après jour et pourquoi ? On peut y découvrir un négatif de notre société de consommation : un lieu où le bonheur n’est plus lié à ce que l’on possède ou à ce que l’on fait, mais pourquoi on le fait. On peut y voir une cure analytique où un homme malade de sa névrose va vers sa guérison, tout en la refusant. Et c’est ce qui fait la beauté et l’intérêt de ce texte de se prêter à toutes les interprétations, et nous montrer que la vraie liberté n’est souvent pas là où nous la fantasmons.
En conclusion : une histoire et une plume qui m’ont profondément marquée.
Un extrait :
« Il s’était, dans sa tête, représenté et construit, d’avance, un processus géométrique simple : la réalité s’affirmait rebelle, et, sur quelque point qui lui échappait, en terrible désaccord avec les prévisions de son esprit. »
Traduit du japonais par Georges Bonneau
Le livre de poche - 1990 - 313 pages.
(Billet publié pour la première fois sur ce blog le 26 Juin 2006.)
Un jeune indien, Ram Mohammad Thomas, vient de vivre une aventure incroyable : il a gagné le jeu « Qui veut devenir milliardaire
». Il se retrouve illico en prison, accusé de tricherie par le producteur du jeu. Comment un jeune serveur, orphelin et inculte aurait-il pu connaître les réponses aux questions de culture générale
de ce jeu ? Alors Ram entreprend de raconter sa vie à sa jeune avocate pour lui expliquer comment toutes les épreuves qu’il a vécu lui ont donné les réponses aux questions.
Un convoi d’hommes se dirige vers une vallée isolée du Japon. Ils ont pour mission de
commencer les travaux de terrassement nécessaires à la construction d’un barrage. C’est une vallée sombre et étroite, noyée de brouillard et où court un torrent. Sur le flanc de cette vallée, ils
découvrent un village perdu: quelques hautes maisons de bois aux toits couverts d’une épaisse mousse verte. Il est évident que ce village vit à l’écart de la civilisation depuis des années. Et les
villageois vont se tenir à l’écart des ouvriers. Chaque communauté observe l’autre avec méfiance et curiosité.
« Notre pays, voyez-vous, au temps de sa splendeur, quand il était la plus riche nation du monde, ressemblait à un zoo. Un zoo propre, bien tenu et ordonné. Chacun
y était à sa place et heureux. Les orfèvres ici, les bouviers là, ailleurs les propriétaires terriens L’homme dénommé Halwai fabriquait des sucreries. L’homme appelé bouvier gardait les vaches.
L’intouchable nettoyait les excréments. Les grands propriétaires terriens traitaient leurs serfs avec bienveillance. Les femmes se couvraient la tête avec un voile et baissaient les yeux
lorsqu’elles adressaient la parole à des étrangers.
Pour cette lecture de rentrée, le blogoclub avait choisi Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil de Haruki Murakami, roman que j’ai déjà lu et que j’ai donc remplacé par Kafka sur le rivage, du même auteur.
Le jour de ses quinze ans, Kafka décide de quitter la maison familiale.
Par sa fugue, il espère échapper à une prédiction paternelle angoissante. Il fuit à l’autre bout du pays, espérant retrouver une mère qui l’a abandonné des années plus tôt. Il va atterrir dans
une étrange bibliothèque. Au même moment, Nakata, un vieil homme un peu attardé prend aussi la route sans trop savoir où il va. Ces deux chemins vont se rejoindre après bien des aventures.
Ce roman, extrêmement riche, revisite le mythe d’Œdipe tout en s’inspirant de vieilles légendes japonaises. Nakata est un double de Kafka, personnage onirique capable de parler aux chats ou de faire pleuvoir des maquereaux. Nakata suit un chemin parallèle à celui de Kafka, comme un bon génie qui doit résoudre les énigmes et aplanir les difficultés. Pour atteindre leur but, chacun d’eux va recevoir de l’aide d’amis improvisés : camionneur un peu rustre pour Nakata, bibliothécaire androgyne pour Kafka. Kafka habite le domaine du réel où les livres sont ses meilleurs amis, tandis que Nakata, qui ne sait plus lire, investit le monde des rêves.
C’est un merveilleux roman, qui fonctionne sur le mode de la métaphore, ce qui fait que le lecteur ne s’étonne jamais de rien et s’émerveille à chacune des inventions de l’auteur. Son rythme très lent permet en plus au lecteur d’apprivoiser complètement cette atmosphère très particulière.
Pour moi, ce roman est un contrepoint total à La ballade de l'impossible. On y voyait des adolescents piégés dans un cercle de mal-être, d’incommunicabilité et de solitude. Ici, le héros est encore un adolescent, mais il avance. Il ne sait pas trop où il va, son chemin ne sera pas toujours facile, et il devra résoudre des énigmes, mais il est en route vers l’âge adulte.
C’est un roman initiatique autant pour le héros que pour le lecteur.
L’avis de Gachucha
- YueYin - Gambadou -
Karine - Essel - Clochette - Domiwind - Florinette -
Toutes les critiques du blogoclub sont chez Sylire
et chez Lisa.
Traduit du japonais par Corinne Atlan.
10/18, 2007. – 636 p.
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