Qui suis-je ?

Citation du jour :


«  Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller.  » 

 

Jack Kerouac, Sur la route.

Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /Mars /2010 21:07

leroy.jpg Zola Jackson est une vieille femme, ancienne institutrice mise à la retraite contre son gré parce qu’elle « faisait peur aux enfants ». Elle vit seule avec sa chienne Lady dans un quartier délabré  de New Orleans. Nous sommes en 2005 et le cyclone Katrina est aux portes de la ville. Les uns après les autres, les habitants fuient. Zola refuse de les suivre. Pour aller où, d’abord ? Chez qui ? Elle n’a plus personne. Et puis, des tempêtes, des typhons, elle en a déjà vus, elle qui vit depuis toujours à New Orleans, « cette ville mal aimée des dieux. » Alors, elle barricade sa maison, fait des provisions d’eau, de nourriture et de bière. Elle est prête à tout et c’est le pire qui arrive : un vent déchaîné qui emporte tout, même les digues, puis l’eau qui monte, envahissant la maison, le rez-de-chaussée d’abord, l’étage ensuite. Dans cette atmosphère de fin du monde, Zola revoit sa vie. Et surtout celui qui fut l’amour de sa vie : son fils Caryl, disparu depuis dix ans. Un fils qu’elle avait élevé pour qu’il devienne Prix Nobel, au moins, ou à défaut président des Etats-Unis. Un fils si différent d’elle, métis alors qu’elle est noire comme le charbon, et dont elle a eu du mal à accepter l’homosexualité…

A travers le récit de la catastrophe que fut l’irruption du cyclone Katrina en Louisiane, Gilles Leroy trace le portrait d’une femme terriblement humaine. Zola est une femme têtue, pleine de préjugés, mais c’est une femme courageuse qui va se battre jusqu’au bout, comme elle s’est battue toute sa vie contre la pauvreté et l’inculture. Même si elle est parfois agaçante, Zola ne peut que forcer notre admiration et notre tendresse, parce qu’elle est une de ces héroïnes du quotidien.

Le roman, aussi bien écrit que construit, dessine en filigrane une ville en voie de perdition, une ville où règne racisme, violence et pauvreté, une ville qui fut littéralement abandonnée par le reste de l’Amérique, et notamment par les autorités, quand survint la catastrophe.

Un roman magnifique, émouvant et très humain.

Plein d'autres avis chez BOB

Mercure de France, 2010. – 140 p.
Par Papillon - Publié dans : Littérature francophone - Ecrire un commentaire - Voir les 17 commentaires
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