Viva – Patrick Deville

Publié le par Papillon

 

Rentrée littéraire 2014

 

« Je ne suis pas moi, mais le vent qui souffle à travers moi. »  Malcolm Lowry

 

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En 1937, Trotsky, banni d’Union soviétique par son rival Staline et qui erre depuis dix ans d’exil en exil, débarque au Mexique à l’invitation du peintre Diego Rivera et de sa femme Frida Kahlo. La même année l’écrivain Malcolm Lowry est également au Mexique pour y écrire son grand roman, encore en friche, mais qui deviendra Au-dessous du volcan. Ces deux hommes ne sont ne se sont jamais rencontrés, ni même croisés, et ont eu des vies bien différentes, pourtant Patrick Deville a choisi de les réunir dans ce roman, car il voit en ces deux hommes des frères de combat et de destinée.

 

« Chez ces deux là, c’est approcher le mystère des la vie des saints, chercher ce qui les pousse vers les éternels combats perdus d’avance, l’absolu de la Révolution ou l’absolu de la Littérature, où jamais ils ne trouveront la paix, l’apaisement du labeur accompli. »

 

Le Mexique des années trente, qui vient de faire sa révolution, est le lieu d’un intense bouillonnement  culturel et politique, qui attire de nombreux intellectuels. La route de Trotsky, comme celle de Lowry, va croiser de nombreux personnages plus ou moins célèbres, et Patrick Deville a choisi de suivre les fils de toutes ces destinées qui, à un moment ou à un autre, se croisent à Tampico, Mexico ou Cuernavaca.

 

J’aime beaucoup la plume de Patrick Deville, dont j’avais beaucoup apprécié Peste et choléra, et j’aime l’écrivain voyageur qui traque ses héros sur les lieux de leurs exploits et dont la présence discrète surgit de temps en temps au coin des pages. Patrick Deville est également très cultivé : il connait par cœur son histoire et sa géographie mondiales. Il fait défiler le globe sous nos yeux, de la Sibérie au Mexique, de Berlin à Buenos Aires, et de l’Espagne au Nicaragua, quitte à nous filer un peu le tournis. Tout comme il nous promène allègrement d’une époque à l’autre, du futur au passé, et retour. Il a visiblement un don pour dénicher les coïncidences de temps et de lieu, discerner des mouvements, mettre au jour des similitudes de trajectoires. Il tisse donc patiemment et obsessionnellement une vaste toile qui couvre le monde et sur laquelle se croisent des révolutionnaires, des peintres, des photographes, des écrivains, des aventuriers, réunis de façon plus ou moins temporaire, pour des combats souvent perdus d’avance et dont beaucoup finiront broyés par l’histoire.

 

« Ceux qui sont en haut croient apercevoir à l’horizon les aubes radieuses des révolutions politiques et poétiques, déjà redescendent dans l’obscurité. »

 

Patrick Deville tente de faire une gigantesque photographie en 3D du bouillonnement politico-culturel dont furent témoins les trente ou quarante premières années du XXe siècle. Sauf que c’est trop. Trop de personnages en trop peu de pages, dont certains n’ont pas vraiment marqué l’histoire et ne nous disent donc rien. Ce n’est plus un roman, c’est un bottin mondain, une compilation de mini-biographies de quelques pages. On y croise, au milieu de beaucoup d’autres André Breton, Graham Greene, Antonin Artaud, Tina Modotti, Victor Serge, Pancho Villa et Emiliano Zapata,… et on perd un peu de vue les deux héros d’origine, Trotsky et Lowry. On apprend quand même au passage quelques détails historiques qui ne sont pas dénués d’intérêt, mais au final on s’ennuie quand même beaucoup.

 

Une lecture en demi-teinte, donc, pour un roman sans fiction que j’aurais vraiment voulu apprécier davantage, mais qui m’a laissée un peu frustrée quant à ces deux personnalités formidables que sont Trotsky et Lowry.

 

« Ils savent bien qu’ils finiront dans les chaînes scellées à la roche et continueront ainsi à nous montrer, éternellement, qu’ils ont tenté l’impossible et que l’impossible peut être tenté. Ce qu’ils nous crient et que nous feignons souvent de ne pas entendre : c’est qu’à l’impossible chacun de nous est tenu. »

 

 

Un Jérôme [D’une berge à l’autre] emballé, un autre [Mes mille et une nuits à lire] déçu.

 

 

Sur le thème des dernières années de Trotsky :

 - L’homme sui aimait les chiens de Leonardo Padura,

 - Un autre monde de Barbara Kingsolver.

 


Seuil, coll. Fictions & Cie, 2014. 208 p.


Commenter cet article

jerome 06/10/2014 12:32


Clairement, j'ai été emballé. Il y a un coté fourre-tout et sans doute un peu superficiel mais je me suis laissé prendre au jeu et emporté par les mots. Et puis le fait d'avoir découvert Lowry et
"Au-dessous du volcan" juste avant a incontestablement donné une dimenson supplémentaire à ma lecture.

Papillon 06/10/2014 19:53



Je t'assure que j'aurais voulu l'aimer ce roman. il avait tout pour me plaiçre. S'il s'était concentré sur Trotsky et Lowry je pense que j'aurais mieux adhéré mais là il y a trop de tout. Le
point positif c'est qu'il m'a vraiment donné envie de lire Au-dessous du volcan qu'il considère comme un chef d'oeuvre et comme ça vient après ta propre lecture je pense que je vais retenter le
coup avec Malcolm !



clara 06/10/2014 11:11


Je n'ai pas encore lu cet auteur ... visiblement, ce titre est à oublier.

Papillon 06/10/2014 19:50



Peste et choléra était vraiment bien, en revanche, si tu veux découvrir cet auteur.



Aifelle 06/10/2014 08:09


J'en ai assez de ces livres qui parlent de personnes connues, je vais attendre que les écrivains reviennent à de la fiction pure.

Papillon 06/10/2014 19:49



Et en plus ils mettent tous "roman" sur la couverture, alors que de la fiction il n'y en a pas beaucoup là-dedans ! Je vais retourner à mes chers romanciers étrangers !



Delphine-Olympe 05/10/2014 22:14


Un peu ce que je craignais, en fait...




Un peu ce que je craignais, en fait...

Papillon 06/10/2014 19:48



J'avais tellement aimé Peste et choléra que j'espérais que ce serait dans la même veine, mais celui-ci part vraiment dans tous les sens. 



Kathel 05/10/2014 15:49


Peste et choléra m'avait réjoui par son ton et son érudition, mais là, je ne le sens pas trop... a priori, j'aurais été intéressée, mais je vais me fier à ton avis, et lire plutôt L'homme qui
aimait les chiens qui devrait répondre davantage à mes attentes.

Papillon 06/10/2014 19:46



Tu as raison, L'homme qui aimait les chiens est nettement au-dessus si on s'intéresse à Trotsky et à son assassinat. 



Leiloona 05/10/2014 15:38


Le lecture de ton billet confirme ma tiédeur à lire ce roman, mais en même temps je suis déçue, avec certaines personnes que tu cites ce roman aurait pu être exaltant ... 

Papillon 06/10/2014 19:45



Il avait tout pour me plaire, l'époque, les personnages, le style... Mais l'auteur a voulu trop en mettre : c'est indigeste !