Ville noire ville blanche - Richard Price

Publié le par Papillon


Dempsy, dans la grande banlieue de New York est une ville sinistrée qui abrite un ghetto noir, la cité Amstrong, lieu de tous les dangers et de toutes les frustrations : drogue, violence, alcoolisme. Un soir d’été caniculaire, une jeune femme blessée et hébétée se présente aux urgences médicales. Elle raconte qu’elle vient de se faire agressée en traversant la cité. On lui a volé sa voiture dans laquelle dormait son petit garçon de quatre ans. L’affaire provoque aussitôt un déferlement médiatique et policier dans la cité : interrogatoires musclés, arrestations arbitraires. Côté blanc, la disparition de cet enfant devient un enjeu communautaire ; côté noir, elle est le symbole de l’injustice raciale.


L’histoire nous est racontée tour à tour par deux points de vue différents. D’un côté, Lorenzo Council, le flic noir. Né à Amstrong, il y a toujours vécu et partage le quotidien et les soucis de ses habitants. Comme eux, il a connu la drogue et l’alcoolisme, comme eux, il a des problèmes de couple, comme eux, il a un fils en prison. Et en plus il est asthmatique, ce qui le rend fragile et terriblement humain. Surnommé Big Daddy par les gens de la cité, il est à la fois assistante sociale, éducateur de rues et conseiller conjugal, faisant régner la loi avec un délicat mélange de caresses et de bâton. Son seul objectif dans cette affaire : éviter que la cité ne s’embrase. De l’autre côté, Jess Haus, la journaliste blanche, à l’affût du scoop, de l’Affaire qui la propulsera à le une de son journal. Elle pressent très vite le potentiel de cette histoire de disparition d’enfant dans une cité sensible. A la fois manipulatrice et manipulée, elle est prête à tous les mensonges, tous les deals foireux pour coller aux basques de la victime et être la première informée de ce qui se passe. Mais elle aura bien du mal à garder son objectivité dans cette histoire. Car face à Brenda Martin, la jeune maman brisée de douleur, se pose une question : cette femme dit-elle la vérité ?


Ce thriller très noir est le prétexte pour Richard Price à mettre en scène les conflits raciaux aux Etats-Unis et à mettre en évidence le fossé qui s’est creusé entre la communauté noire et la communauté blanche. D’une plume sèche et nerveuse, il nous entraîne dans la touffeur moite de cette cité au bord de l’implosion. C’est le genre de gros roman qui tient en haleine jusqu’à la dernière ligne et nous laisse hébété face à ce monde bicolore et à ce constat forcément décevant : tout le monde a plus ou moins tort dans cette histoire, autant ceux qui pensent que les Noirs sont tous coupables que ceux qui sont convaincus qu’ils sont tous victimes.



Traduit de l’américain par Jacques Martinache.
10/18, 2009. — 620 p.

Publié dans Polars & Co

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Kathel 21/08/2014 08:39


Je l'ai noté depuis des lustres (vraiment !) et pas encore lu, merci de cette piqûre de rappel !

Papillon 23/08/2014 12:31



Un ruperbe roman, pas facile mais très fort et très juste.



Karine:) 18/10/2009 14:41


Si ce n'est pas très cliché, je vais noter mais pour plus tard... pour le moment, j'ai besoin de léger, je crois! (Ca doit être pour ça que je lis Richard III!!)


Papillon 18/10/2009 21:48


Richard III : très léger en effet !!!!!!!!!


Alex-Mot-a-Mots 17/10/2009 08:43


Chic, un livre qui tient en haleine jusqu'au bout...


Papillon 18/10/2009 21:47


C'est surtout un suspense psychologique et c'est très prenant !


In Cold Blog 15/10/2009 14:14


Très très tentant... Tu es impitoyable !


La Nymphette 14/10/2009 22:00


J'aime bien ta conclusion, pourtant cela ne m'incite pas à lire ce roman, vraiment les enquètes, à part La nostalgie de l'ange (très très "arrangée,
l'enquète ;-)) je ne peux m'y résoudre, cela ne fonctionne pas!


cocola 14/10/2009 21:34


C'est marrant, la conclusion de ton billet me fait penser au film Collision, très très bon, je ne sais pas si tu l'as vu...


amanda 14/10/2009 13:26


c'est simple : je veux le lire :)


Papillon 14/10/2009 20:12


Tu as raison !


kathel 14/10/2009 11:03


Noté depuis longtemps, j'ai toujours hésité à lire ce livre... en raison de son nombre de pages et de crainte que le style soit trop ardu. Ton avis me pousse à le remettre en avant !


Papillon 14/10/2009 20:12


Le style est très limpide au contraire. Ca se lit vraiment bien ! Mais c'est dense à tous les niveaux et je l'ai dégusté à patites doses