Sur la route... l'expo

Publié le par Papillon

 

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Ayant eu la bonne idée d'aller voir Sur la route dans un cinéma MK2, producteur du film, j'ai eu la surprise de me voir remettre un billet d'entrée gratuit pour l'exposition "Sur la route de Jack Kerouac : L'épopée, de l'écrit à l'écran", qui se tient en ce moment à Paris, et a pour principal objet de montrer le texte original du livre.

 

En 1951, après quatre ans de pérégrinations sur les routes américaines, Jack Kerouac se lance dans la rédaction du livre dont il a l'idée depuis 1947. Il le dactylographie sur une longue bande de papier qu'il a bricolée lui-même en collant bout à bout des dizaines de feuillets. Cette opération a un double but : lui permettre de taper son texte d'un seul jet sans avoir à s'interrompre pour remettre une feuille dans son Underwood, et symboliser le long ruban de la route. On lit partout qu'il l'écrivit en trois semaines, ce qui est vrai (grâce à des litres de café), mais qui fut possible parce qu'il avait accumulé des dizaines de carnets de notes pendant ses tribulations.

 

Le contenu du livre fut jugé si subversif que Kerouac eut le plus grand mal à le faire publier. Pour y parvenir, il dut modifier tous les noms et couper les scènes les plus brûlantes. Le roman est finalement publié en 1957. Allen Ginsberg déclare alors : «Le roman publié n'a rien à voir avec le livre échevelé que Kerouac a tapé en 1951. Un jour quand tout le monde sera mort, l'original sera publié en l'état dans toute sa folie.» Il avait raison : en 2007, la texte original est enfin publié sous le titre "Sur la route, le rouleau original".

 

L'exposition nous permet de voir les neuf premiers mètres de ce tapuscrit, un texte compact sans interligne et sans paragraphe, et s'attache à montrer les différences entre les deux éditions. Dans le texte d'origine, tous les personnages portent leur vrais noms. Et ça m’a amusée de constater que Kerouac s'est baptisé "Paradise", alors qu'il a attribué à son ami Neal le patronyme du meilleur ennemi de Sherlock Holmes, Moriarty.

 

« Parce que les seuls gens qui m'intéressent sont les fous furieux, les furieux de la vie, les furieux du verbe, qui veulent tout à la fois.»

 

Même la première phrase a changé : «J'ai rencontré rencontré Neal pas très longtemps après la mort de mon père...» est devenu : «J'ai connu Dean peu de temps après qu'on ait rompu ma femme et moi.» Et, bien sûr, dans la première version toutes les scénes érotiques ont été édulcorées et tout ce qui a trait à l'homosexualité a été gommé, notamment la relation entre Cassidy et Ginsberg.

 

Le reste de l'exposition concerne la genèse du livre et la genèse du film. On y découvre l'adolescence de Kerouac à Lewis, petite ville industrielle du Massachussetts, dans une famille d'origine québécoise, ses débuts précoces d'écrivain, son talent pour le football américain et ses influences littéraires, tant américaines (Thoreau, Walt Whitman, Thomas Wolfe), que françaises (Proust, Balzac, Céline, Baudelaire et, bien sûr, Rimbeau). Puis il y a la vie à New York,  la rencontre fondamentale avec Neal Cassidy et le départ sur les routes.

 

En ce qui concerne le film, partie qui m'a le moins intéressée, on voit surtout comment Walter Salles a silloné toute l'Amérique du Nord et du Sud pour trouver les paysages susceptibles de représenter l'Amérique des années cinquante. Une carte des Etats-Unis met en parallèle les itinéraires de Jack Kerouac et de Walter Salles.

 

Mon seul regret, dans cette expo, est que les carnets de Kerouac qu'on y voie ne sont que des copies, les originaux étant conservés à la New York.

 

Maintenant, il ne me reste plus qu'à relire le livre, dans sa version initiale et en VO.


 

Musée des Lettres et de Manuscrits,*

222, bd Saint-Germain, Paris 7.

Jusqu'au 19 aôut 2012.


Publié dans Expos

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Mascha 29/05/2012 19:53


Wow! Tu es chanceuse d'avoir pu voir cette exposition.


J'ai une amie qui a déjà vu le premier rouleau original, celui que Kerouac a écrit en français avant de changer d'idée et de réécire le tout en anglais dans le but de pouvoir être publié. Je
l'envie. ^^'

Papillon 29/05/2012 21:35



Il l'avait écrit en français ? Je ne savais pas. C'est toujours très émouvant de voir un manuscrit original.



kathel 29/05/2012 18:37


Tu veux relire le livre en VO ? c'est bien courageux, je trouve ! 

Papillon 29/05/2012 21:33



J'ai lu le début à l'expo et ça ne m'a pas paru insurmontable.



clara 29/05/2012 06:43


Dommage que Paris soit aussi loin de Brest...

Papillon 29/05/2012 21:33



Je suis bien d'accord ! Et si on déménageait Paris en Bretagne ? Hum, pas sûr que les bretons soient ravis