Possession - Antonia Susan Byatt

Publié le par Papillon

 

« J’ai rêvé chaque nuit de votre visage et marché chaque jour dans les rues au rythme de vos lettres qui chantaient dans mon esprit silencieux. Je vous ai appelée ma Muse, et en effet vous l’êtes, ou pourriez bien être – une messagère venue d’un lieu suprême de la pensée où la poésie essentielle chante sans s’interrompre jamais. Je pourrais vous appeler, avec une vérité encore plus grande – Mon Amour – voilà, c’est dit – car je vous aime indubitablement, et de toutes les manières possibles à un homme, et avec la plus extrême fureur. »

 

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Quel chercheur en littérature n’a pas rêvé de mettre la main sur un manuscrit inédit ? C’est exactement ce qui arrive au terne et sérieux Roland Mitchell, quand il tombe par hasard sur une lettre d’un obscur poète victorien, Randolph Henry Ash. Roland a fait sa thèse sur Ash et depuis, ne réussissant pas à obtenir un poste d’enseignant, il vivote en poursuivant ses recherches à temps partiel sous l’égide du Pr Blackadder, spécialiste anglais de Randolph Henry Ash. Alors qu’il compulse en bibliothèque un vieux bouquin ayant appartenu à son poète favori, Roland découvre deux brouillons de lettres, adressées à une femme et pleines de fougue et d’enthousiasme, ton très inhabituel au poète, dont la vie privée semble avoir été un modèle de tranquillité et de bienséance. Sur une impulsion, Roland dérobe les lettres et décide de mener son enquête pour en savoir plus. Il ne lui faut pas longtemps pour découvrir que Randolph Henry Ash avait rencontré en 1858 chez un ami commun une poétesse, Christabel LaMotte, passionnée comme lui par la mythologie (mythes celtiques pour elle, nordiques pour lui). Roland décide de rencontrer Maud Bailey, la spécialiste britannique de l’œuvre de LaMotte. Il parvient à la convaincre de poursuivre les recherches ensemble. Et voilà les deux chercheurs plongés dans de vieux papiers, pour en faire jaillir une passion vieille de plus de cent ans…

 

Quel merveilleux roman que celui-ci, si poétique et si passionné, qui parvient à nous rendre la relation de Randolph Henry Ash et Christabel LaMotte par le biais de leurs lettres, de leurs poèmes, des extraits de journaux intimes ou de biographie, et on découvre au fil des pages comment une amitié intellectuelle entre deux poètes qui se comprenaient et s’admiraient a peu à peu tourné en une magnifique histoire d’amour entre deux êtres qui se sont reconnus comme des âmes sœurs. C’est à une véritable enquête littéraire que se livrent Roland et Maud, sur les traces de leurs deux poètes. Mais une indiscrétion révèle que les deux chercheurs sont sur la piste de manuscrits inédits, susceptibles de remettre en cause l’analyse des œuvres d’Ash et LaMotte. Le petit monde de la critique s’agite et le Pr Cropper, spécialiste américain d’Ash et doté d’un budget illimité, débarque, prêt à tout pour mettre la main sur un texte inconnu. Une course-poursuite s’engage, pendant que Roland et Maud, ces deux déçus de l'amour, se séduisent mutuellement dans une histoire qui est une antithèse de celle qu’ils essaient de mettre à jour. Ils sont d’autant plus émouvants dans leur obsession qu’ils ne sont motivés ni par la gloire, ni par l’argent, mais juste par l’impérieux désir de connaître la totalité de l’histoire.

 

C’est un superbe roman, brillant et érudit, qui nous plonge dans un bain de poésie romantique et de passion interdite, et qui réussit à mêler un roman victorien très littéraire et riche en rebondissements, à une aventure moderne de quête qui tient à la fois de David Lodge (pour l’humour) et d’Enyd Blyton (pour la chasse au trésor).

 

 

Lu dans le cadre du Mois anglais.

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Traduit de l’anglais par Jean-Louis Chevalier.

Le Livre de Poche Biblio, 1993. – 668 p.


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Commenter cet article

Praline 06/07/2014 11:36


Pour ma part, je me suis terriblement ennuyée dans ce roman que je me suis forcé à finir. Je crois que c'est le style que j'ai trouvé pesant.

Papillon 06/07/2014 18:59



Toutes les poésies qui composent le texte m'ont un peu surprise au début, mais je m'y suis faite très vite et je me suis complètement immergée dans cette double histoire.



Shelbylee 30/06/2014 21:26


J'ai envie de le lire depuis que j'ai vu le film (même s'il a ses défauts). Je sais qu'il ne fait pas l'unanimité et qu'il faut s'accrocher, mais vu ce que tu écris il y a une grande chance qu'il
me plaise. 

Papillon 01/07/2014 22:18



Il faut s'accrocher parce qu'il y a beaucoup de poèmes dans le style victorien, mais ça vaut vraiment le coup ! C'est très littéraire, avec plein de références à la littérature anglaise en
général, pour moi, c'est un délice !



Un journal pas très intime 30/06/2014 17:19


Je suis tombée pas hasard sur votre site, et je ne peux que l'adorer. Bon courage. :) 


http://www.unjournalpastresintime.blogspot.com/

Papillon 30/06/2014 19:25



Merci, revenez quand vous voulez.



Grominou 30/06/2014 09:21


Je l'ai commencé en VO il y a quelques années et je n'ai pas accroché du tout!  Abandon après une centaine de page, les personnages me semblant fades, l'intrigue sans intérêt.
 Peut-être que ce n'était tout simplement pas le bon moment...

Papillon 30/06/2014 19:24



Voir mon commentaire précédent. oui, il faut un état d'esprit spécial et en VO ce doit être très difficile, je n'aurais pas osé !



Valérie 29/06/2014 19:36


J'ai lu un roman de cetteauteur, enfin c'est un bien grand mot car je n'ai pas réussi à le finir. 

Papillon 30/06/2014 19:23



En fait c'était ma deuxième tentative... La première fois j'ai abandonné aussi. C'est une lecture exigeante mais qui vaut vraiment le coup !



Margotte 29/06/2014 09:27


Ce roman a vraiment tout pour me plaire ! je note de suite ! Une belle participation au mois anglais. Bon dimanche

Papillon 30/06/2014 19:23



Si tu aimes la littérature anglaise, tu vas adorer !



keisha 29/06/2014 08:14


Merci de nous donner les prénoms de l'auteur.


Je l'ai lu celui ci il y a , euh, près de 20 ans. Bon souvenir. 

Papillon 30/06/2014 19:22



En fait ça faisait très longtemps qu'il était dans ma PAL (il est tout jauni !) mais il attendait son heure : un régal !