Le retour - Harold Pinter

Publié le par Papillon

 

retour1.jpgSi j'ai eu envie de voir cette pièce, c'est parce qu'elle se joue au Théâtre de l'Odéon, dont je suis une fidèle (malgré le départ d'Olivier Py, remplacé par Luc Bondy), mais surtout parce que le texte a été traduit par Philippe Djian. Comme quoi, le traducteur prime parfois sur l'auteur...

 

Quelque part à Londres dans les années 50 ou 60, le salon négligé d'une maison de banlieue : des chaussettes sèchent sur un radiateur, des cadavres de bouteilles traînent dans tous les coins et les cendriers débordent de mégots. C'est là que vit Max, un ancien boucher, avec ses deux fils adultes et son frère célibataire. Les rapports qu'entretiennent ces quatre hommes sont empreints de tension, de violence contenue (ou pas), de domination. Dans cette maison sans femme, mais où plane l'ombre de la mère morte, personne ne se comprend, semble-t-il, personne ne s'entend, chacun étant perdu dans ses propres obsessions : Max ressasse le passé sans fin, Sam se donne l'illusion d'être le meilleur chauffeur de la ville, Joey rêve de devenir boxeur et Lenny, faussement fragile, flotte dans l'ambiguité. Dans ce foyer complètement désaccordé débarque, de nuit et à l'improviste, Teddy, le fils aîné, parti des années plus tôt étudier aux Etats-Unis où il est devenu professeur d'université. Fier de sa réussite, il veut présenter sa jeune épouse à sa famille. La jolie et très sexy Ruth va, bien sûr, mettre le feu à cette bande de mâle bien peu virils...

 

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Cette pièce est incroyablement surprenante ! Dans la première partie, je me suis copieusement ennuyée, et ce n'est qu'à la fin que j'ai compris pourquoi l'auteur et le metteur en scène s'étaient donné la main pour me mettre dans un tel état : pour que le spectateur vive l'ennui oppressanr qui règne dans cette maison sans femme. Car c'est une pièce sur le pouvoir des femmes. Dès que la femme paraît, tout change : le ménage se fait, les hommes arborent chemises et cravates, et la famille semble retrouver sa cohésion. Il y a une très belle scène où, après le déjeuner du dimanche, tout le monde entonne en choeur "In the summertime" dans la cuisine. Comme le dit Max "ma femme était la colone vertébrale de cette maison." Ruth va reprendre le rôle, mais dans un registre totalement différent, car elle cristallise tous les désirs de ces hommes frustrés. Et elle va très finement prendre le pouvoir dans cette maisonnée, où elle voit un moyen très valorisant de sortir de sa vie finalement très ennuyeuse de mère de famille nombreuse. Il n'y a dans cette histoire ni romantisme ni amour, mais juste un désir brut dont une femme se joue. Ce n'est pas une pièce confortable à regarder (et si on rit beaucoup, c'est d'un rire grinçant), car le sort promis à Ruth peut paraître bien glauque, mais c'est quand même la Femme le grand vainqueur de cette histoire. 

 


Texte de Harold Pinter, traduit de l'anglais par Philippe Djian.

Mise en scène de Luc Bondy, avec Bruno Ganz, Louis Garrel, Pascal Greggory, Jérôme Kircher, Micha Lescot et Emmanuelle Seigner.

Odéon - Théâtre de l'Europe, jusqu'au 23 décembre 2012.


Publié dans Théâtre - Opéra

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Violette 08/11/2012 21:55


il me semblait avoir lu cette pièce mais en parcourant ton résumé... en fait, non! Mais j'en ai bien envie!

Papillon 10/11/2012 17:25



La traduction de Djian est disponible aux éditions Gallimard.



kathel 03/11/2012 09:01


Je me demande si je ne l'ai pas déjà vue... dans une autre mise en scène bien sûr, à moins que ce ne soit une autre pièce d'Harold Pinter... 

Papillon 03/11/2012 21:34



C'était ma première rencontre avec Pinter, et c'est drôlement fort comme théâtre !



S. 03/11/2012 08:49


Mais arrêêêêête ! Tu me donnes envies d'aller partout !

Papillon 03/11/2012 21:33



C'est un peu le but, en fait