La ménagerie de verre - Tennessee Williams

Publié le par Papillon


"Le temps est la plus grande distance d'un point à un autre"

Ce n'est qu'en 2011 que nous célébrerons le centième anniversaire de la naissance de Tennessee Williams, mais il semble que beaucoup de metteurs en scène ont anticipé l'événement car le dramaturge américain est à l'affiche de plusieurs théâtres parisiens. En attendant le grand moment que sera certainement Un tramway nommé Désir avec Isabelle Huppert en début d'année prochaine au Théâtre de l'Odéon, je me suis lancée dans l'aventure de traverser le périphérique pour aller voir La Ménagerie de verre au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers.

Ce texte de 1944, à la trame très autobiographique, fut d'abord un scénario. Le cinéma le refusa, Tennessee Williams en fit une pièce et y gagna son premier succès de dramaturge, à l'age de trente-deux ans. L'auteur y met en scène sa famille sous les traits de la famille Wingfield : Amanda, la mère, Tom, le fils et Laura, la fille. Et c'est Tom, double de l'auteur, qui nous raconte l'histoire :

" Oui, je vais vous surprendre, j’ai des tours dans mon sac. Mais je suis l’inverse d’un prestidigitateur de music-hall. Lui vous présente une illusion qui a l’apparence de la vérité. Moi, je vous présente la vérité sous le masque plaisant de l’illusion. Pour commencer, je retourne le sablier du temps. Je remonte au charme rétro des années trente. "

Nous sommes à Saint-Louis et c'est la dépression aux Etats-Unis, des années d'autant plus difficiles pour la famille Wingfield que le père les a abandonnés depuis des années, une famille dominée par la figure de la mère possessive et étouffante. Amanda vit dans le regret da sa brillante jeunesse au temps où les soupirants riches et beaux se bousculaient à sa porte. Mais Amanda a fait un mauvais choix : "J'ai épousé un employé de la compagnie du téléphone qui s'est pris de passion pour les longues distances". Amanda a dû élever ses enfants seule et elle ne veut pas qu'ils connaissent les même désillusions qu'elle.

"Tu es le seul jeune homme que je connaisse qui refuse de voir que le futur devient le présent, le présent devient le passé et le passé n'est que regrets poignants." (Je cite de mémoire).

C'est Tom qui fait vivre la famille en travaillant dans un entrepôt, un travail qui l'ennuie. Il rêve de partir, sur des bateaux, à travers le monde, vivre des aventures… En attendant, il écrit des poèmes et passe ses soirées au cinéma. Quant à Laura, elle souffre d'une légère infirmité qui la rend maladivement timide. C'est une jeune fille solitaire et fragile qui rêve en écoutant de vieux disques et en jouant avec sa collection de petits animaux de verre, sa "ménagerie de verre". Alors Amanda décide qu'il faut lui trouver un mari et harcèle Tom jusqu'à ce qu'il invite un de ses copains à dîner.

On trouve déjà dans cette pièce tous les thèmes chers à Tennessee Williams : le Sud des Etats-Unis, la solitude, la frustration, les désirs et les rêves inassouvis, la vie ratée, les déshérités en proie aux difficultés de la vie. Trois personnages en quête d'idéal qui tournent en rond somme des poissons dans un bocal, chacun enfermé dans ses rêves ou ses regrets, pour fuir la dure réalité qui s'offre à eux.

La mise en scène extrêmement dépouillée mêle cinéma et théâtre : sur un écran en fond de scène se projettent les rêves de Tom et les grandes sentences de sa mère. Cette mère qui pourrait être insupportable est en fait très touchante, flirtant avec l'hystérie sans jamais y tomber, nous offrant des moments de grâce et de drôlerie. De même Laura n'est pas la "pauvre infirme" mais une sorte de papillon qui traverse la scène et la vie en voletant. A aucun moment la pièce ne tombe dans le sinistre ou le tragique, le rire et la poésie affleurent sans cesse sous le drame qui se joue.

Un spectacle qui m' a offert deux heures de bonheur intégral.

Mise en scène de Jacques Nichet, traduction de Jean-Michel Desprats,
Avec Michaël Abiteboul, Stéphane Facco, Agathe Molière et Luce Mouchel.
Au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers (93) jusqu'au 6 décembre 2009, puis en tournée.



Publié dans Théâtre - Opéra

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LN 08/12/2009 00:35


J'ai eu la chance de voir il y a quelques années cette pièce au théâtre avec Romane Bohringer et je dois dire que cela m'a laissée sans voix! Depuis je suis une grande fan de cet auteur :-) J'ai
adoré aussi le film "Cat on a hot tin roof" avec Paul Newman et Elizabeth Taylor. A voir absolument!


Papillon 08/12/2009 21:55


Je me souviens très bien de ce film : quelle tension !!!! Tout comme dans "Soudain l'été dernier".


Karine:) 06/12/2009 23:20


J'aime beaucoup cette pièce mais je n'ai jamais eu la chance de la voir sur scène.  Je te trouve bien chanceuse, du coup!


Papillon 07/12/2009 21:05


C'est l'avantage de vivre à Paris : on est vraiment gâté question spectacles.


erzébeth 05/12/2009 22:10


Je ne connais pas cette pièce-là, mais je note la pièce avec Isabelle Huppert, elle fait partie des actrices qui méritent sans doute d'être vues sur scène... et cette pièce-là de Williams était une
sacrée pièce !


Papillon 06/12/2009 19:21


Pour la pièce avec Isabelle Huppert, je te conseille de prendre ta place très en avance parce que je suis prête à parier que ça va être très vite complet !


In Cold Blog 05/12/2009 11:35


Je me demandais : avec des textes de cette trempe-là, est-il possible pour un metteur en scène de rater une pièce de Tennessee Williams ?
Si le théâtre anticipe la célébration du 100e anniversaire de la naissance de T. Williams, peut-être peut-on espérer que les éditeurs y mettent aussi du leur et nous sortent enfin une intégrale de
ses oeuvres, par exemple ?


Papillon 05/12/2009 19:02


J'ai cru comprendre que Gallimard allait lui consacrer un volume de la Pléiade, dans la nouvelle traduction de Jean-Michel Desprats, je suppose que le volime sortira en 2011.


Mango 05/12/2009 08:04


Je l'ai vu quand j'étais au lycée et je l'avais beaucoup aimée, cette pièce,  mais je ne me souvenais plus du tout de l'histoire. Je suis bien contente que tu me l'aies rappelée.


Papillon 05/12/2009 18:58


La salle était d'ailleurs pleine de lycéens (avec leurs profs) !