La Grande Magie - Eduardo de Filippo

Publié le par Papillon


Eduardo de Filippo est le plus grand dramaturge italien du XXe siècle, après Pirandello, mais il est beaucoup moins connu. La Comédie Française a donc eu une excellente idée de le faire entrer au répertoire avec La Grande magie, une pièce écrite en 1948.


L'action démarre dans une station balnéaire où l'on s'ennuie. On s'observe, on jase, on potine, à propos du couple Di Spelta, par exemple : elle très jolie, et lui (Denis Podalydès) très jaloux. Le soir, tous les résidents de l'hôtel se retrouvent pour un spectacle de prestidigitation, spectacle laborieux d'un illusionniste de troisième zone. Au cours du spectacle, Otto Marvuglia (Hervé Pierre) fait disparaître Marta Di Spelta. La coquine en profite pour se sauver avec son amant. Otto parvient à convaincre Calogero Di Spelta que sa femme est désormais dans une petite boite. Comment est-ce possible ? Question de confiance… Si Calogero doute et ouvre la boite il perdra sa femme à jamais, s'il a confiance elle lui reviendra. Pour ne pas passer pour le mari cocu aux yeux de l'assemblée, Calogero accepte l'illusion. A partir de là, Otto va le persuader que tout est illusion : la faim, la soif et le temps qui passe. Le monde de Calogero bascule…

Eduardo de Filippo a imaginé une farce sur le thème de l'illusion : où finit la réalité et où commence l'illusion, et jusqu'à quel point sommes nous prêts à nous bercer d'illusions pour ne pas voir une réalité qui nous dérange ? On pense à Shakespeare quand Otto explique à Calogero que le monde entier est un jeu dont nous ne connaissons pas les règles, mais Eduardo de Filippo va beaucoup plus loin que Shakespeare, car il montre que c'est par l'illusion que l'être humain atteint sa vérité : le jeu mène au je. Calogero se voit enfin tel qu'il est, un homme jaloux et possessif qui gardait se femme cloîtrée pour éviter qu'elle ne lui échappe, une femme qu'il avait perdue depuis bien longtemps pour ne pas avoir su lui dire qu'il aimait. Mais Calogero, prisonnier de son monde illusoire, ne peut plus voir la réalité et la farce finit tragiquement.

Dan Jemmet, metteur en scène anglais spécialiste de Shakespeare, a réalisé une mise en scène sobre qui joue sur la mise en abyme de l'illusion théâtrale en plaçant un théâtre sur la scène. Les comédiens, entre deux scènes, s'assoient tout autour pour figurer les spectateurs. Denis Podalydès est (comme toujours) extraordinaire, méconnaissable dans la première partie, il donne sa pleine mesure dans la seconde.

Un spectacle drôle et intelligent.

Farce en trois actes de Eduardo de Filippo,
Texte français de Huguette Hatem,
Mise en scène de Dan Jemmett.
A la Comédie Française jusqu’au 17 Janvier 2010.

Publié dans Théâtre - Opéra

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Aifelle 24/11/2009 06:46


J'ai peu de chance d'aller au théâtre à Paris, dommage, il y a vraiment d'excellents spectacles.


Papillon 24/11/2009 21:12


Il ya beaucoup de pièces qui se jouent en matinée, ça peut être pratique...