L'homme qui aimait les chiens - Leonardo Padura

Publié le par Papillon

 

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Quel était le point commun entre le russe Lev Davidovitch Trotski, l’espagnol Ramon Mercader del Rio et le cubain Ivan Cardenas Maturell ? Ils aimaient tous les trois les chiens. Mais l’évènement qui devait les réunir fut l’assassinat de Trotski par Mercader en 1940, un fait historique raconté quarante ans plus tard à Ivan, qui va essayer de comprendre comment un idéaliste comme Ramon a pu devenir le bras armé de Staline dans sa vengeance contre son meilleur ennemi politique.

 

L’histoire commence en 1929 quand Trotski, que Staline a chassé du pouvoir et exilé en Sibérie, est expulsé d’Union soviétique. Seule la Turquie accepte d’accueillir celui que le monde entier considère comme un dangereux révolutionnaire. Pour les Trotski c’est le début d’un long et fastidieux exil qui va les conduire successivement en France, en Norvège, et finalement au Mexique où ils débarquent en 1937 à l’invitation du peintre Diego Rivera.

 

Pendant ce temps en Espagne une grande bourgeoise se révolte contre son mari et une vie aussi futile qu’ennuyeuse en s’engageant dans la lutte communiste. Elle va y entraîner ses quatre enfants. Non seulement Ramon Mercader adhère au PC espagnol comme sa mère mais quand la guerre civile éclate il s’engage au côté des républicains. C’est l’époque où les soviétiques aident leurs camarades espagnols et un officier russe repère vite le jeune homme et lui propose une mission très particulière.

 

Leonardo Padura qui vit à Cuba, un des derniers pays communistes, est bien placé pour nous expliquer que l’utopie communiste est bien loin d’avoir tenu toutes ses promesses. Dans ce roman, il se met en scène sous les traits d’un écrivain raté (comment créer une œuvre originale dans un pays où tout est sous contrôle ?) et désabusé qui n’a connu que l’échec. Et avec le récit de l’assassinat de Trotski, il revient sur la période la plus noire de l’empire soviétique : celle des grandes purges et de la terreur staliniennes. Il nous montre comment pendant plus de dix ans, Staline a utilisé l’exilé Trotski à la fois comme épouvantail et comme bouc émissaire pour accéder au pouvoir suprême. Tout opposant, tout rival potentiel, tout individu dangereux ou trop zélé fut systématiquement éliminé pour crime de trotskysme. Staline parvenu au sommet du pouvoir, Trotski était condamné à mort. Avec Ramon Mercader (dont on sait en fait peu de chose), le pouvoir soviétique avait trouvé le militant idéal, manipulé à coup de mensonges d’état, pour exécuter une besogne peu glorieuse, mais revendiquée comme acte révolutionnaire.

 

Ce roman foisonnant et très bien documenté, qui se lit comme un thriller, montre à la fois combien il est facile de manipuler un idéaliste, et comment la plus grande utopie du XXe siècle fut confisquée au profit d’hommes avides de pouvoir.

 

« Il ne l’avouerait jamais en public, mais depuis plusieurs années, Lev Davidovitch s’était mis à déplorer les moments où il n’avait pas pu résister à la fascination de la force que lui conférait le pouvoir, indépendamment des buts poursuivis. […] Par son appartenance à l’appareil du pouvoir, il avait lui aussi, contribué à assassiner la démocratie qu’il réclamait aujourd’hui depuis l’Opposition. »

 

Un constat assez amer, finalement.

 

 

Traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis et Elena Zavas.
Métailié, 2011. – 671 p.

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Wade 29/09/2011 01:32


Un très bon livre , un régal!je l ai pas encore fini mais j adore!


Papillon 29/09/2011 21:29



Et on apprend plein de choses passionnantes.



keisha 04/08/2011 05:46



Pour moi, l'un des meilleurs livres lus cette année (et j'en lis...)



Papillon 05/08/2011 22:06



Je suis assez d'accord... (mais je n'ai pas beaucoup lu cette année en fait !)



kathel 31/07/2011 18:07



Si je ne craignais pas un peu les pavés en ce moment, il pourrait me plaire, mais j'hésite encore...



Papillon 01/08/2011 21:18



J'ai profité des vacances pour emporter des pavés, en fait



Hélène 31/07/2011 15:08



Je l'ai commencé mais j'alterne avec d'autres si bien qu eje n'avance pas beaucoup... Preuve que je ne suis sans doute pas aussi enthousiaste que cela ...



Papillon 01/08/2011 21:17



Moi, je l'ai lu d'une traite ! mais je reconnais qu'il y a beaucoup de détails et la triple narration n'arrange rien, mais quand tout est en place, c'est un vrai thriller !



Le Papou 29/07/2011 15:05



Ça parait super bon ou alors tu en parles super bien.


Le Papou


 


 



Papillon 30/07/2011 20:12



c'est vraiment très bon, ça m'a passionnée !



choupynette 29/07/2011 10:28



je l'ai  noté bien sûr. Mais je viens de retomber dans les Harry Potter (je finis tout juste le 3), et j'avais décidé de profiter des vacances pour lire quelques gros pavés... donc Léonardo,
ce sera pour plus tard!



Papillon 30/07/2011 20:15



Ah ! les pavés des vacances ! oui, il faut en profiter. Amuse-toi bien avec harry !



Richard 29/07/2011 01:18



Un superbe roman !


J'ai adoré !



Papillon 30/07/2011 20:12



Tout comme moi.