Festival America (suite)

Publié le par Papillon

 

festival americaDimanche matin, me revoici à Vincennes sous un soleil hésitant et dans un vent glacial, pour un premier rendez-vous avec un débat sur les "Voix indiennes" avec Joseph Boyden, Richard van Camp et Louise Erdrich. Grosse déception : Louise Erdrich n'est pas là, retenue par des soucis familiaux. A sa place, une charmante vieille dame coiffée de tresses traditionnelles qui n'est pas écrivain mais milite depuis toujours pour la reconnaissance de la culture et de l'art indiens. Le débat est animé d'une main de maître par Francis Geffard, qui n'est autre que l'éditeur de Joseph Boyden et le créateur de ce festival. La discussion tourne autour de "que signifie être indien aujourd'hui en Amérique ? " (Amérique au sens large, bien sûr, puisque les deux auteurs présents sont canadiens.) Ils sont tous d'accord sur la réponse : c'est vivre dans un pays moderne et être un américain comme les autres, tout en ayant en soi l'écho d'une culture et d'une histoire beaucoup plus anciennes. Joseph Boyden explique qu'il est issu d'une famille très nombreuse de onze enfants, et que c'est en cherchant sa place dans cette famille qu'il s'est mis en quête de ses racines indiennes. Richard van Camp raconte qu'il fut un grand lecteur dans son adolescence (il cite notamment Stephen King et Pat Conroy) et qu'un jour il a réalisé qu'aucun roman ne parlait de lui, de sa culture et de son peuple. Alors il s'est mis à écrire. Et son grand plaisir aujourd'hui est de faire partager sa culture et les histoires qu'il a héritées de ses grands-parents. Gerry, la vieille dame, explique que ses filles sont artistes et qu'elles ont assimilé les traditions anciennes et ont su les adapter pour faire de l'art moderne. Joseph Boyden comme Richard van Camp évoquent la responsabilité de l'écrivain qui est de donner une voix à ceux qui n'en ont pas et de raconter une histoire qui fut parfois douloureuse mais qu'il est important de transmettre. Ce débat absolument passionnant se termine par un mini-concert  des Northern Singers, un groupe de chanteurs indiens qui éxécutent des chants traditionnels accompagnés au tambourin. C'est magique et envoutant.

 

Après un délicieux déjeuner arrosé de thé, en compagnie de Delphine et du Bookomaton, qui fut l'occasion de papotages, potinages et couinements divers, j'assiste à une autre débat sur un thème bien différent mais tout aussi intéressant : "Les villes ont-elles une âme ? ", en présence de Richard Price (New York), Richard Lange (Los Angeles) et Amanda Boyden (New Orleans). Pour Richard Price, auteur de Frères de sang, l'âme d'une ville, c'est l'âme de ceux qui l'habitent. Les villes n'ont pas d'âmes mais elles ont des fantômes. Pour Richard Lange, auteur de Dead boys, si "LA avait une âme, elle l'a vendue depuis longtemps, ou l'a échangé contre un second rôle dans un film de série B", quant à son essence, elle est "latino". Et pour Amanda Boyden, auteur de En attendant Babylone, ce qui compte ce sont les personnages qui, eux, ont une âme, et comme New Orleans est un personnage à part entière de son roman, elle a forcément une âme. Tous sont d'accord pour dire que s'ils écrivent des livres, c'est avant tout pour parler des gens et de leur façon d'appréhender le monde. Ricahrd Price écrit des romans noirs, mais pour lui le meurtre est un prétexte. Ce qui l'intéresse c'est l'enquête qui permet de donner la parole à tout le monde et de faire un roman choral. Même sentiment chez Amanda Boyden dont le roman raconte les vies des habitants d'une même rue et qui a essayé de donner à chacun une voix particulière. Quant à Richard Lange, il écrit des nouvelles qui sont autant d'histoires, les destins qui ceux qui s'aperçoivent un jour que leurs rêves ne se réaliseront pas. Les deux Richard expliquent travailler de la même façon : ils marchent dans leur ville, regardent, écoutent, se remplissent de mots et de bribes d'histoires, et un jour ils écrivent une histoire. J'en ai retenu que ce sont davantage les gens que la ville qui sont sources d'inspiration, mais que les gens sont façonnées par la ville où ils vivent.

 

Avant de quitter le festival, impossible de ne pas faire un tour sous le chapiteau de la "très grande librairie" pour acheter quelques livres et les faire dédicacer :

- Les délaissés de Richard van Camp,

- Le Samaritain de Richard Price.

Ces deux auteurs sont mes deux révélations de ce festival. Richard van Camp, dont je n'avais jamais entendu parler, m'a complètement séduite par son talent de raconteur d'histoires (par exemple, sur l'art d'attraper une aurore boréale) et sa passion à transmettre la culture de ses ancêtres. (C'est un charmeur fini, en plus, qui m'a fait une très jolie dédicace).

Quant à Richard Price, j'avais été époustouflée par Ville blanche, ville noire et j'ai adoré l'entendre parler de ses bouquins. Il a une tête de cocker triste et un humour pince-sans-rire absolument ravageur. Quand on lui parle de son oeuvre (qui est immense, il écrit depuis trente-cinq ans), il s'efface toujours derrière ses livres et fait preuve d'une grande modestie. 

Tous les deux représentent tout ce que j'aime dans la littérature : une littérature qui n'est pas centrée sur soi, mais ouverte sur le monde et ses difficultés, tournée vers les gens, leurs différences et leurs richesses, une littérature qui était parfaitement représentée dans ce festival.

 

 


Publié dans Ma vie de lectrice

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Claudine 09/11/2010 11:43



Vous nous donnez le regret de ne pas avoir été présent et j'aime beaucoup votre façon de raconter. Je vais revenir. très bonne journée. Claudine



Papillon 10/11/2010 14:19



C'était vraiment un moment qui m' a beaucoup plu et des rencontres très intéressantes.



juliette la jalouse 09/10/2010 14:31



je suis tellement jalouse que je ne peux même pas saluer la qualité de ton billet : je vais ruminer dans mon coin!



Papillon 10/10/2010 12:38



Patience : dans deux ans, ça recommence ! Et je suis sûre que ce sera aussi bien !



Brize 02/10/2010 13:49



Je n'étais malheureusement pas libre dimanche, mais grâce à toi je "rattrape" ces deux rencontres, qui prolongent celles auxquelles j'avais assisté la veille (et elles avaient l'air d'être encore
mieux !).



Papillon 03/10/2010 09:47



J'ai vraiment aimé ces 2 jours et toutes ces rencontres.



Manu 29/09/2010 20:11



J'aurais adoré y aller !


J'ai aussi "Le samaritain" dans ma PAL



Papillon 30/09/2010 22:04



Pour tout amoureux de New York, Richard Price est incontournable !



Ikebukuro 28/09/2010 18:29



Merci pour ce reportage très complet sur ces rencontres littéraires. J'aurai adoré y aller, aimant particulièrement la littérature anglo-saxonne, et tu as réussi à me donner un petit aperçu de ce
qui s'y est passé et des auteurs à découvrir.



Papillon 30/09/2010 22:01



Il y avait aussi beaucoup d'auteurs francophones et hispanophones mais comme toi je préfère la littérature anglo-saxonne, alors je me suis concentrée sur ceux_là !



Karine:) 28/09/2010 14:38



J'aurais tellement, tellement aimé y aller!  Mais bon, j'habite un peu loin et dans mon coin de pays francophone, ils ne viennent pas, ces auteurs!!



Karine:) 28/09/2010 14:36



J'aurais tellement, tellement aimé y aller!  Mais bon, j'habite un peu loin et dans mon coin de pays francophone, ils ne viennent pas, ces auteurs!!



Papillon 30/09/2010 21:59



Il y avait pourtant pas mal de canadiens (québécois ou autres). Il va falloir que tu crées ton propre festival !



In Cold Blog 27/09/2010 15:02



Décidément, Richard Van Camp jouit d'une grande popularité parmi les visiteurs(ses) du Festival. Comme toi, je n'en avais jamais entendu parler et tout ce qui a été dit de lui suite à sa
prestation a attisé ma curiosité.



Papillon 27/09/2010 23:12



C'est vraiment un personnage et un fabuleux raconteur d'histoires. C'est un séducteur, aussi, qui sait parfaitement capter son public. Malheureusement ses livres sont peu diffusés en France. Il
écrit beaucoup pour la jeunesse.



mango 27/09/2010 13:15



C'est très intéressant ce que tu racontes là. Je ne m'imaginais pas l'importance de ce rendez-vous!  Je serai plus attentive la prochaine fois! 



Papillon 27/09/2010 23:10



Je pense que c'est un évènement qui prend de plus en plus d'importance au fil des années et cette année il a été particulièrement médiatisé. C'est vraiment un festival à essayer !



Joelle 27/09/2010 09:56



J'ai souvent noté que les auteurs américains se prennent moins la tête que les auteurs français. Ils sont souvent bien plus connus mais restent sympas et abordables et en plus, ils savent très
bien parler de leurs livres ;) mdr !



Papillon 27/09/2010 23:09



Ils ont en effet moins la grosse tête et semblent ravis de rencontrer leurs lecteurs.