En même temps, toute la terre et tout le ciel - Ruth Ozeki

Publié le par Papillon

 

« Passé passé, passé de l’autre côté,

Entièrement passé de l’autre côté, enfin éveillé… »

 

ozeki


Lors d'une promenade sur une plage de son île de Colombie Britannique, Ruth trouve un sac plastique contenant un cahier, quelques lettres et une vieille montre. Le cahier se révèle être le journal d'une jeune japonaise. Ces débris seraient-ils arrivés avec les déchets du tsunami ? Mystère. Ruth entreprend la lecture du cahier tout en essayant de découvrir sa provenance.

 

L'auteur, Naoko, est une jeune adolescente dont la vie est rien moins que gaie. Elle a grandi en Californie où son père avait un bon job dans la Silicon Valley. L'éclatement de la bulle internet en 2001 l'a privé de son emploi et obligé à retourner au Japon. N'ayant pu retrouver de travail, il est tombé dans la dépression et ne pense qu'au suicide. La famille, habituée à vivre dans le confort, végète maintenant dans un appartement minable. Quant à Naoko, elle n'arrive pas à s'habituer à la vie japonaise et est méchamment harcelée par ses camarades de classe. Heureusement, elle va faire la connaissance de son arrière grand-mère Jiko, nonne zen de 104 ans, qui va lui apprendre comment la pratique de la méditation zazen peut lui donner des "supapawa" (superpouvoirs).

 

Mon plus grand reproche à l'égard de ce roman est la platitude du style. Passe encore quand c'est Naoko qui s'exprime, elle écrit comme elle parle, et elle parle à son journal comme à l'ami qu'elle n'a pas. Mais quand on revient du côté de Ruth, ça devient pesant. Il y a, aussi, un déséquilibre entre les deux versants de l'histoire : beaucoup d'évènements et d'émotions diverses du côté japonais ; une vie monotone, rythmée par les aléas météorologiques du côté canadien. Il y a pourtant un contrepoint intéressant entre ces deux personnages : l'une américaine, d'origine japonaise, l'autre japonaise amoureuse de la culture américaine ; l'une écrivain en panne, l'autre écrivant pour survivre dans un cahier dissimulé sous la couverture du roman de Proust A la recherche du temps perdu ; l'une très concernée par les problèmes écologiques et l'avenir de la planète, l'autre entièrement tournée vers elle-même et le passé de sa famille. Un carnet et un corbeau les relient, et j'ai beaucoup aimé le procédé subtil utilisé par l'auteur pour réunir les deux versants de l'histoire.

 

Le roman est par ailleurs passionnant dans ce qu'il révèle de la culture japonaise depuis les traditions les plus anciennes comme le zen et le culte des samouraïs, jusqu'à la modernité la plus agressive du quartier Akihabara Electric Town. On y découvre l'obsession japonaise de la réussite qui met une pression terrible sur les enfants, on y apprend quelques charmantes subtilités linguistiques, on y entrevoit l'importance du suicide comme élément culturel au Japon.

 

Un roman très riche, donc, beaucoup plus profond qu'il n'y paraît et qui mérite bien que l'on oublie ses quelques défauts.


 

Traduit de l'américain par Sarah Tardy.

Belfond, 2013. - 604 p.

 

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Theoma 19/01/2014 12:59


un avis plus modéré mais malgré tes encouragements, qqch me retient...

Papillon 20/01/2014 20:19



C'est pourtant un roman très riche, auquel je ne cesse de penser. Si tu commences les premières pages, je suis sûre que tu ne pourras plus le lâcher !



cathulu 15/01/2014 19:02


oui, des difficultés pour trouver une citation mais l'histoire est diablement prenante !:)

Papillon 15/01/2014 20:04



Parfaitement résumé ! Et je me suis vraiment attachée à cette gamine, et puis il y a le mélange des genres (carnet, lettres), le mélange des langues, l'oncle kamikaze, plein, plein de trucs dans
ce roman !



Kathel 15/01/2014 09:19


Je l'ai repéré depuis sa sortie, et j'attendrai tranquillement de le trouver en bibli...
HS Bravo pour ton "tour du monde" j'admire cette constance !

Papillon 15/01/2014 20:02



Très bon roman, je suissûre que tu vas aimer.


(et pour la marche, je me surprends moi-même ! mais je suis motivée parce que pars bientôt pour une grande rando et je veux être en forme...)



keisha 15/01/2014 08:42


Coïncidence, je l'ai terminé dimanche soir, et en suis à la moitié du billet. Un bon gros roman vraiment intéressant! Je n'ai ressenti que le style parfois "jeune" de Nao, mais au début
seulement.Pour Ruth, oui, rien de très saillant sur l'écriture.

Papillon 15/01/2014 20:00



J'ai hâte de lire ton billet !