Ce qu'il advint du sauvage blanc - François Garde

Publié le par Papillon

 

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Dans les années 1830, Narcisse Pelletier est matelot sur la goëlette Saint-Paul. Lors d'un mouillage sur une côte déserte d'Australie pour faire provision d'eau, Narcisse s'éloigne de ses camarades, explore, s'égare. Quand il revient au rivage, c'est pour voir la voile du bateau voguant vers l'horizon : ses camarades l'ont abandonné, sans eau, sans nourriture et sans arme. D'abord désespéré, Narcisse reprend courage en imaginant que le capitaine a dû lever l'ancre précipitamment pour échapper au grain qui menace. Certainement, le navire reviendra le chercher dans quelques heures. Mais le lendemain, personne et le jour d'après non plus. Narcisse qui n'a trouvé que quelques coquillages pour se nourrir, meurt de faim, de soif et de solitude, quand une vieille femme indigène le sauve d'une mort certaine en lui offrant sa gourde d'eau, puis en le nourrissant d'un lézard grillé et de quelques racines.

 

Dix-huit ans plus tard, un autre navire accoste sur cette même côte australienne et y découvre celui que les hommes d'équipage vont surnommer "le sauvage blanc" : un homme blanc vivant parmi les indigènes, allant nu comme eux, tatoué sur tout le corps comme eux, et ne parlant que leur langue. Il se laisse embarquer par les matelots qui le conduisent jusqu'à Sydney où le gouverneur va essayer de découvrir d'où il vient. Octave de Vallombrun, riche aventurier, membre de la Société de Géographie  et qui rêve de faire une grande découverte, va prendre sous son aile celui qu'il identifie comme un citoyen français et dont il espère qu'il va tout lui révéler de la vie des sauvages d'Australie.

 

C'est d'une histoire vraie que s'inspire cet incroyable roman. Comment un jeune homme de dix-huit ans peut-il en arriver à oublier totalement sa langue natale et jusqu'à ses souvenirs d'enfance ? C'est ce que l'auteur essaie de comprendre en nous racontant alternativement les deux versants de l'histoire. D'un côté, nous découvrons comment le tout jeune Narcisse se dépouille peu à peu de tous les attributs de la civilisation : ses habits, sa pudeur, ses bonnes manières. Il est recueilli par une tribu de quarante personnes qui le tolèrent sans lui témoigner ni compassion, ni agressivité, pas même la moindre curiosité. Isolé par le language et les coutumes, Narcisse sombre dans le désespoir, songeant tour à tour au suicide et à la fuite, avant de comprendre et d'accepter que sa survie dépend de son intégration dans cette tribu de nomades qui vivent de chasse et de pêche. Dix-huit ans plus trard, Narcisse fait le chemin à l'envers. Sous la tutelle bienveillante d'Octave, il retrouve peu à peu sa langue natale, remet des vêtements et mange avec des couverts. Octave va retrouver, et lui rendre, son identité, sa famille, et le ramener chez lui.

 

Mais chez lui, où est-ce désormais ? A aucun moment Octave ne parviendra à lui faire parler de sa vie "d"avant" : "Parler, c'est mourir". Pour l'auteur, si Narcisse a réussi à survivre en milieu hostile, c'est en s'efforçant d'oublier le passé, refouler pour survivre, accepter cette nouvelle vie qui va devenir sa vie tout comme cette tribu d'aborigènes va devenir sa seule famille. Raison pour laquelle il va rester muet sur cette vie quand il sera rendu à la civilisation.

 

Dans ce formidable roman, écrit d'une plume toujours aussi élégante, l'auteur met en évidence la difficulté voire l'impossibilité de faire coexister deux vies si dissemblables, deux familles, deux cultures. Seul le silence permet à Narcisse de gardre la cohésion de son être intime.


Folio, 2013. - 384 p.


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Pïtch 01/11/2013 20:40


Il me tente bien ce livre.


Ton avis donne envie de le lire. Je le rajoute sur ma liste de livre a lire prochainement.

Papillon 03/11/2013 11:48



Il est très bon et il vient de sortir en poche



BMR 12/09/2013 13:44


Les abimes d’incommunicabilité réciproques entre les personnages et leurs cultures et l'alternance des chapitres et des points de vue, finissent par dégager un étrange sentiment de malaise et de
frustration.


Le bouquin avait été plutôt critiqué par la communauté scientifique qui n'avait pas voulu faire la différence entre un bon roman et une mauvaise étude anthropologique.

Papillon 12/09/2013 19:54



Je ne crois pas qu'il ait voulu faire une étude anthropologique et d'ailleurs son aventurier et pseudo-savant est finalement assez agaçant, on a l'impression que l'auteur se moque un peu de ces
scientifiques du XIXe siècle. Je trouve qu'il a parfaitement bien exploité un fait historique réel en en tirant une réflexion intéressante sur la culture opposée à la nature.



clara 12/09/2013 08:03


J'ai bien envie de lire son nouveau roman !

Papillon 12/09/2013 19:50



Il est excellent aussi, j'aime vriament beaucoup cet auteur.



keisha 12/09/2013 07:49


Hé bien, tu l'as vite lu, le premier de François Garde! Pas mal, n'est ce pas? Il y a aussi toute la partie en France, vraiment intéressante.

Papillon 12/09/2013 19:50



J'adore sa plume et l'idée des deux récits qui se croisent est excellente. le retour en France est glaçant, je trouve avec l'exhibition devant les scientifiques, brrr...