Angosta - Hector Abad Faciolince

Publié le par Papillon


faciolinceUn pays réel : la Colombie ; une ville imaginaire : Angosta. Angosta a été construite dans une vallée étroite, traversée par un fleuve, le Trouble. Depuis plusieurs années, la ville d'Angosta vit sous le régime de l'Apartamiento, qui divise la cité en trois sektors établis sur des critères strictement économiques. Tout en bas, sur les bords du fleuve, la Terre Chaude, où s'entassent les pauvres dans des logements insalubres : tout en haut, la Terre Froide ou Paradis, où vit confortablement l'aristocratie de l'argent, les dons. Entre les deux, en Terre Tempérée, vivent ceux qui ne sont ni riches ni pauvres, les secondons. C'est là que vit Jacobo. "Chassé de chez lui par ses livres", il a transformé sa maison en librairie et s'est installé à l'hôtel La Comédie, ancien hôtel de luxe délabré qui réunit une population baroque de déclassés, de fauchés, de rêveurs et de poètes. En dehors des livres, Jacobo n'a qu'une passion : les femmes. Et le jour où il séduit la jeune amie d'un mafieux, les choses tournent mal...

Grâce à Hector Abad Faciolince j'ai appris un nouveau mot : dystopie ou contre-utopie. Si l'utopie est le rêve d'un idéal, la dystopie est la vision d'un cauchemar. Angosta est une ville dystopique.

"Excepté le climat, qui est parfait, tout est horrible à Angosta. Ce pourrait être le paradis, mais c'est devenu un enfer."

Dans un mélange de réalisme et d'humour, l'auteur nous montre une métaphore de ce qu'est la Colombie d'aujourd'hui (on y trouve des guerilleros, des paramilitaires et des mafieux), mais surtout une métaphore de ce que notre monde est en train de devenir, un monde où les riches se protègent en s'enfermant derrière des murs, un monde où la révolte porte le nom de terrorisme, un monde où la violence ne peut que croître puisque l'égoïsme des uns entraînent la colère et la frustration des autres, un monde qui se construit sur une logique d'exclusion.

"Quand la vie, la survie, entrent en jeu, il est naturel de se déplacer, de fuir, de chercher à s'installer n'importe où ailleurs, même dans un poulailler étroit et puant. Et l'attentat contre la liberté ne consiste pas seulement à t'interdire de sortir (comme le faisaient les dictateurs d'antan : Staline, Mao, Castro, Kim Il-sung), mais au fait qu'ils ne te laissent pas entrer, comme le font les puissances d'aujourd'hui, les dictateurs nationalistes d'aujourd'hui, hermétiquement enfermés dans leurs châteaux et forteresses, où ils jouissent, avec tout l'égoïsme dont ils sont capables, de leurs énormes richesses, sachant que les restes de leurs banquets suffiraient à beaucoup pour être heureux."

En arpentant les rues d'Angosta avec les héros de ce roman, on pense à la fois à la Palestine, au Mexique, aux afghans qui tentent désespérément de passer en Angleterre, on pense à toutes ces lois qui grignotent nos libertés sous prétexte de nous protéger, on pense à toutes ces images et à tous ces discours qui essaient d'attiser nos peurs. Malheureusement, ça fait beaucoup pour un seul roman dont le plus gros défaut, à mon avis, est de négliger l'aspect narratif au profit de l'aspect démonstratif. Et malgré quelques éclairs de génie (comme de nous présenter tous les personnages dans des notes de bas de pages), et malgré mon intérêt pour ces thématiques, ce roman s'est révélé assez ennuyeux.

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Traduction de l'espagnol (Colombie) par Anne Proenza.
Editions Jean-Claude Lattès, 2010. - 354 p.

 
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Emmanuel 01/06/2010 18:09



J'ai trouvé ce livre très bien, et pas ennuyeux pour un sou. Est-ce le fait de l'avoir lu en espagnol?



kathel 16/01/2010 13:14


Je reste hésitante aussi, malgré le sujet et le pays qui me l'auraient fait sans doute noter...


Papillon 17/01/2010 11:45


Décevant, malgré le thème.


Michel BEAUDOUIN 16/01/2010 08:38








Stephie 15/01/2010 17:49


Un titre qui ne m'avait pas attirée. Ton avis me conforte dans le fait que je n'aurais probablement pas accroché.


Papillon 17/01/2010 11:42


Un roma qui démarrait très bien,mais ne tient pas ses promesses.


belledenuit 15/01/2010 15:02


Lorsqu'il a été proposé dans le partenariat, il ne me tentait pas. Et avec l'avis que tu viens de mettre je ne risque pas de l'ouvrir


Papillon 17/01/2010 11:42


Un de moins à noter, c'est toujours ça !


zarline 15/01/2010 11:18


Dommage! Je l'avais noté car je trouvais le sujet intéressant mais si le style fait défaut, je suis beaucoup plus hésitante.


Papillon 17/01/2010 11:41


Ce n'est pas vraiment le style, c'est q'il ne se passe pas grand chose...


Do 15/01/2010 11:06


Ce bouquin a l'air intéressant. Je n'en ai pas entendu parler... Sorti depuis longtemps?... Cette histoire de poètes déclassés est pour le moins originale.


Papillon 17/01/2010 11:40


Il vient juste de sortir. Le début était très bien mais j'ai trouvé que ça s'nlisait complètement par la suite...