Le temps où nous chantions - Richard Powers

Publié le par Papillon

  

Un homme et une femme se rencontrent, s'aiment, se marient. Une histoire  banale, pensez-vous ? Pas forcément. Pas si lui est blanc et elle noire, et que leur rencontre a pour décor l'Amérique de 1939. En décidant de se marier, Delia Daley et David Strom commettent la pire des transgressions. Dans ce pays-là, le seul mot pour qualifier les relations entre les noirs et les blancs est : ségrégation. On ne se mélange pas. Toute tentative de rapprochement est au mieux un péché au pire un crime passible de prison.

Lui est un jeune physicien juif qui a fui l'Allemagne nazi, elle est une mélomane noire. La musique est le lien improbable qui les réunit, le lieu de leur rencontre, le terreau sur lequel va croître leur amour et le ciment qui façonne leur mariage. Pour lutter contre les avanies et les humiliations auxquelles les condamne la mixité, ils vont décider d'élever leurs enfants "au-delà de toute couleur". Un seul pays : la musique ; une seule religion : la musique ; un seul langage : la musique. Bien évidemment ce projet de vie va se révéler très utopique. Car dans l'Amérique des années 50 et 60, il y a pire que d'être noir : être métis. Entre deux cultures. Rejeté par les uns, méprisé par les autres. Découvrant qu'il y a une vie en dehors de la musique, chacun des enfants Strom va avoir à se battre pour trouver sa place. Jonah, l'aîné, qui a hérité d'une voix d'ange, la trouvera dans le chant classique ; Joey, la trouvera dans l'ombre de son frère ; pour Ruth ce sera la lutte pour les droits civiques.

Ce livre est un chef d'œuvre comme en voit peu, même si j'ai presque regretté qu'il contienne deux histoires : deux lignes mélodiques qui se croisent, se superposent et se poursuivent. Le racisme et la musique. Mais il y a bien d'autres thèmes dans ce roman foisonnant si parfaitement écrit et si merveilleusement construit, alternant histoire des parents et histoire des enfants. La question centrale étant peut-être celle que chacun de nous peut se poser à tout moment : qui suis-je, quelle est ma place dans ce monde, ici et maintenant ?



Traduit de l’américain par Nicolas Richard.
Le Cherche Midi, 2006. – 763 p.

 
 L'avis de Cuné.
 L'avis de Sophie.

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ChimÚre 11/10/2006 21:03

Je suis passée très vite sur ton avis, je veux me garder la surprise jusqu'au bout. Et oui je ne l'ai pas encore fini. Par contre, là où j'en suis c'est que du bonheur depuis le début :D

Papillon 11/10/2006 21:12

J'attends ta critique avec impatience !

Sophie 11/10/2006 20:22

J'ai mis beaucoup plus que 12 jours moi pour lire ce livre!!
Maintenant, c'est vrai, j'ai besoin de lire de petits livres pas torp prises de tête.  

Papillon 11/10/2006 21:11

D'ailleurs, je commençais à me demander si tu ne l'avais pas lâché !

Florinette 11/10/2006 13:07

Après Cuné et Sophie encore un avis élogieux sur ce gros roman. Il ne me reste plus qu'à trouver du temps pour le lire.

choupynette 11/10/2006 10:59

Les avis sont unanimes je vois! Je fonce!

InColdBlog 11/10/2006 10:25

Le problème avec ce genre de bijou, c'est que ça place la barre très très haut... et ça peut être très dangereux. Personnellement, depuis que je l'ai lu, j'ai tendance à trouver tout le reste un peu fade ou conventionnel, à quelques rares exceptions près. J'ai d'ailleurs bien peur que ce livre squatte pour longtemps encore ma section "dernier coup de coeur".Serais-je en train d'expérimenter ce que les drogués appellent "la descente" ? C'est grave docteur ?

Papillon 11/10/2006 19:32

Moi, j'ai lu d'autres trucs en parallèle, pour éviter ça. Comme ça j'ai déjà relativisé !!!

cathe 11/10/2006 09:11

Oui, Cuné nous l'avait déjà dit, et tu nous le redis....il faut le lire..... mais il est gros !!!! Quand vais-je avoir le temps ???

Cuné 11/10/2006 06:54

Tu l'auras lu hyper vite, en définitive ! En ce qui concerne mon avis, le terme est usurpé, c'est juste un cri d'admiration, je ne pouvais pas entamer le début du quart d'un commentaire, c'était trop fort, ce que je ressentais.Tu fais baucoup mieux !

Papillon 11/10/2006 19:30

Hyper vite ? Douze jours quand même ! Je crois que ce roman est si riche qu'il faut le déguster à petites gorgées, comme un bon vin !