Jim Harrison - En marge

Publié le par Papillon

Un grand coup de cœur pour cette autobiographie de Jim Harrison que j’ai pris grand plaisir à lire. D’abord parce que j’ai vraiment eu l’impression de retrouver un ami. Ensuite parce qu’à travers sa biographie, Jim Harrison nous livre ses réflexions sur la vie et sur le monde. Certes, ça commence de façon tout à fait classique par la rencontre de ses parents en 1933, mais bien vite toute linéarité se perd car il pratique un art de la digression tout à fait réjouissant. L’histoire de sa vie progresse par bonds en avant et retours en arrière. Chaque épisode est prétexte à réflexions philosophiques ou à commentaires. Une anecdote en amène une autre qui n’a rien à voir. Le récit de sa vie ressemble à une promenade dans les bois : rencontres, découvertes, parcours en zig-zag, émerveillements, dégoûts. Il raconte sa vie comme on conte une histoire, le soir au coin du feu, un verre de vin à la main.

Dans la première partie, il raconte son enfance et son adolescence, jusqu’à son mariage. Et à travers ses rêves d’enfant, on retrouve quelques épisodes de son œuvre : comment il a rêvé d’être un guerrier indien, au point d’imaginer qu’il était un indien venu du Canada et adopté par une famille américaine ; comment il s’est essayé à la peinture avant de se donner corps et âme à la littérature. Et de temps en temps, sans prévenir, la narration passe du « je » au « tu », comme si Jim Harrison voulait que son lecteur se mette à sa place, à la place du gamin de sept ans qui a perdu un œil dans un accident et en est resté profondément marqué, au point de développer un certain goût pour la fuite, pour « les fourrés où se cacher ».

Dans la seconde partie, il détaille ce qu’il appelle « ses obsessions » au nombre de sept, son chiffre porte-bonheur. Elles sont celles que l’on imagine : L’alcool, les femmes, la France (et les vins français !) et surtout la nature sauvage. Il est clair que Jim Harrison est profondément amoureux de l’Amérique, mais ce n’est pas un amour inconditionnel, bien au contraire : il en exalte les meilleurs côtés et en fustige les travers, notamment la course effrénée à l’argent, le puritanisme obsolète et l’abandon d’une certaine culture. Il ne sombre pas non plus dans la mythologie du Far-West et du glorieux temps des colons : il est petit fils d’immigrants et de fermiers et sait que cette vie-là était très dure.

Enfin, la troisième partie est consacrée à sa vie d’adulte et à sa carrière d’écrivain. Sa vie baigne dans la littérature et la liste de ses lectures est assez réjouissante. Mais, en revanche, il donne assez peu de détails sur le travail d’écriture proprement dit. Et j’ai découvert que son premier livre publié était un recueil de poésie et qu’il se définit avant tout comme un poète.

Bref, j’aime définitivement cette homme-là et son côté shakespearien : un savoureux amour de la vie qui va de pair avec une profonde tendance à la mélancolie existentielle.


Traduit de l'américain par Brice Matthieussent.
10/18, 2004 - 466 p.
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Amyrtb10 06/05/2014 12:32






I have been searching in the internet to get information about the autobiography of


Jim Harrison. I got a lot of valid information from the description that you have


shared. I would love to have a copy of this book. Thanks a lot for sharing this


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buckyball





chinouk 03/11/2013 16:27


Tout pareil :) coup de coeur pour En marge, j'aimais déjà beaucoup Big Jim mais là je l'ai vraiment decouvert " en profondeur" !

Papillon 03/11/2013 17:30



J'aime moins ses derniers romans, mais je me promets toujours de relire Dalva qui este son chef d'oeuvre pour moi.



Alice 29/08/2006 16:50

Découvert cet auteur durant l'été avec Dalva.
Ce livre m'a émerveillé et beaucoup touché.
Je suis très intéressée pour lire en "Marge", son autobiographie.

Papillon 29/08/2006 22:08

Alors, n'hésite pas: En marge est dans la même veine que Dalva !!