Qui suis-je ?

Citation du jour :


«  Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller.  » 

 

Jack Kerouac, Sur la route.

Jeudi 24 août 2006 4 24 /08 /Août /2006 19:00
De l'Egypte, nous avons une vision de carte postale, et nous connaissons surtout son antiquité glorieuse : les pharaons, leurs gigantesques pyramides, et les tombeaux de la Vallée des Rois.

Dans le roman d'El Aswany, c'est de l'Egypte contemporaine dont il est question. Ecrit au moment de la guerre contre l'Irak, ce roman dessine un portrait sans concession de la société égyptienne contemporaine et ne passe sous silence aucun tabou : corruption, compromissions politiques, brutalités policières, islamisme, homosexualité, harcèlement sexuel. Il évoque aussi les grands traits de l'histoire récente de l'Egypte, depuis la chute du roi Farouk et la prise du pouvoir par Nasser, jusqu'à la tentation islamiste récente, en passant par le rapprochement spectaculaire avec Israël et les Etats-Unis, qui valut au président Saddate d'être assassiné.

Et tout cela à travers les destins croisés des habitants d'un même immeuble du Caire. L'immeuble Yacoubian est un immeuble banal avec un bar au rez-de-chaussée, de grands appartements luxueux habités par une riche bourgeoisie et une terrasse couverte de cabanes où s'entassent les pauvres. Nous faisons ainsi connaissance avec Taha, le fils du concierge, qui rêve de devenir officier de police, son amie Boussaïna qui va découvrir que la vertu pour les filles est une notion à géométrie variable, le riche homme d'affaires Azzam, avide de pouvoir, d'argent et de sexe, le journaliste Hatem, qui vit son homosexualité dans la clandestinité et, enfin, le vieil aristocrate Zaki qui a la nostalgie du Caire d'avant la révolution quand la ville était cosmopolite et occidentale.


J'ai été époustouflée par la liberté de ton de ce roman et je comprends que le parlement égyptien ait tenté (sans succès) de le censurer. El Aswany montre une société rongée par la corruption, où tout évolution sociale se heurte à l'arrogance d'une classe dirigeante accrochée à ses privilèges, où la tentation islamiste semble présenter la seule échappatoire à une population désespérée. Et si ce roman a eu un tel succès en Egypte, c'est sans doute parce que le portrait est fidèle.
 
 
Traduit de l'arabe (Egypte) par Gilles Gauthier.
 
Actes Sud, 2006. - 327 p.
Par Papillon - Publié dans : Littérature arabe - Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires
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Commentaires

tout a fait d'accord avec ton commentaire !
Commentaire n°1 posté par Sylvie le 26/08/2006 à 21h16
Je ne suis pas d'accord avec cela:

"où tout évolution sociale se heurte à l'arrogance d'une classe dirigeante accrochée à ses privilèges, où la tentation islamiste semble présenter la seule échappatoire à une population désespérée"

Le livre montre a quel point l'islam est instrumentalisé non seulement par les "islamistes" mais aussi par le reste de la société, pour dominer les femmes, pour conforter leur statut social...

Ce livre est d'un grand pessimisme.
Commentaire n°2 posté par pojo le 16/09/2006 à 12h46
Ce n'est pas l'islam qui est instrumentalisé, ce sont les gens qui sont instrumentalisés par une certaine forme de l'Islam...
Réponse de Papillon le 16/09/2006 à 17h12
 
Maintenant que je l'ai lu je trouve bien dommage qu'il n'a pas fait la une dans les magazines littéraires, c'est un roman époustouflant de vérité et on comprend mieux la dérive de l'Egypte.

Commentaire n°3 posté par Florinette le 06/10/2006 à 17h22
Oui, tu as raison, on en a peu parlé mais maintenant il y a de grandes affiches pulicitaires dans les couloirs du métro !
Réponse de Papillon le 06/10/2006 à 20h09

Il est dans ma LAL... je vois que j'ai eu du nez de l'y mettre!

Commentaire n°4 posté par choupynette le 06/10/2006 à 23h43
Oui : une lecture agréable et instructive.
Réponse de Papillon le 07/10/2006 à 10h52
J'ai adoré ce livre. Comme toi il m'a permis d'y voir plus clair sur la société égyptienne d'aujourd'hui. Pessimiste... non... mais très lucide. Il faut être particulièrement désespéré pour accepter de  se faire exploser en plein milieu d'une rue., non?
Commentaire n°5 posté par Virginie le 08/12/2006 à 18h30
En même temps quand tu vois comment ce jeune homme brillant est traité  par une administration arrogante, tu comprends mieux, non?
Réponse de Papillon le 09/12/2006 à 11h40
J'aurais du écrire: On l'a poussé au désespoir. Il y croyait si fort en son avenir... C'est un beau gâchis.
Commentaire n°6 posté par Virginie le 09/12/2006 à 12h18
Salut,
 C'est tres bien !
Commentaire n°7 posté par leo le 30/12/2007 à 16h31
J'ai hâte de découvrir son dernier roman !
Réponse de Papillon le 31/12/2007 à 13h06
Roman que j'ai lu après avoir vu le film. Les deux sont très très bien. J'ai lu le roman en trois jours. Ce n'est pas pessimiste mais nostalgique sur un monde qui disparaît. Tous les personnages sont attachants.
Commentaire n°8 posté par dasola le 06/05/2008 à 15h17

Au fait, le livre a été interpeté par le Cinéma Egyptien et j'avoue que le plaisir que donne le livre est bien plus agréable que son interpretation. 

Je vous conseille également "CHICAGO" du meme auteur. Un chef d'oeuvre !

Sinon et ceci est un message à notre chère blogueuse, que vos lectures arabes sont restreintes alors que les écritures arabes ne manquent pas. Est ce juste par hasard ou bien vous vouliez quelques conseils à ce propos. En tout cas , je serais ravie d'échanger avec vous !

Bonne soirée

Commentaire n°9 posté par yacout le 04/03/2011 à 00h08

J'avoue que je connais très mal la littérature arabe. Et je suis toujours à l'écoute des bons conseils !

Réponse de Papillon le 04/03/2011 à 20h28

Quoi de neuf ?

 

 

 

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