Qui suis-je ?

Citation du jour :


«  Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller.  » 

 

Jack Kerouac, Sur la route.

Samedi 5 septembre 2009 6 05 /09 /Sep /2009 00:01

Rentrée littéraire 2009


Ce ciel mauve de Bay City, Amy l’a toujours détesté. Elle y a toujours vu le miroir du malheur, de la mort et du désespoir.

Amy devrait être une adolescente américaine comme les autres. Elle a grandi dans une maison de tôle bleue dans une petite ville du Michigan, un état noyé dans les fumées d’usine. Elle vit entre sa mère et sa tante, deux émigrées françaises, va au collège le jour et travaille au supermarché du coin le soir.

« Je comprends que sous mes allures de révoltée, de rebelle, de dure à cuire, de petite Américaine dévergondée fan d’Alice Cooper, perce mon intolérable douleur, ce que ma mère appelle « ma juiverie. »

Sa mère n’aime pas Amy et lui parle toujours avec le plus grand mépris. Elle pleure toujours une première petite fille morte à la naissance. En Amy, elle a toujours vu une enfant souffreteuse et débile. Alors Amy fuit le plus possible sa maison où elle a le sentiment de n’être pas comprise. Et de n’avoir personne à qui parler des horribles cauchemars qui font hurler ses nuits : des scènes de torture, d’assassinats, des morts par milliers. Amy a découvert le secret de sa mère et de sa tante : elles sont juives, filles de déportés morts à Auschwitz, mais sur ce passé elles ont tiré un trait. Elles ont changé de pays, de nom et de religion. L’horreur dans laquelle leur famille a péri, elles l’ont laissé en Europe. Mais ce passé habite et détruit Amy, obsédée par la mort, coupable d’être en vie, alors que tous sont morts. Alors ce soir du 4 juillet 1979, alors qu’elle vient d’avoir dix-huit ans, elle met le feu à la maison pour que les vivants rejoignent les morts.

Dans ce roman, Catherine Mavrikakis reprend les mêmes thèmes que Fabrice Humbert dans L’origine de la violence : un secret de famille concernant l’Holocauste qui rejaillit sur la génération suivante. Mais je suis loin d’avoir ressentie le même enthousiasme avec ce roman-ci. Le secret, ici, est bien plus lourd : ce sont quarante-huit membres de la famille d’Amy qui sont partis en fumée dans le ciel de l’Allemagne nazie. Et ce deuil impossible à faire, Amy, qui n’a jamais mis les pieds en Europe, va le traîner toute sa vie. Et je dois dire que j’ai trouvé ça vraiment lourd, cette douleur qui n’en finit plus, cette pulsion de mort qui jamais ne s’infléchit. Peut-être qu’après trop de lectures sur ce thème, je suis arrivée au bout de ce que je pouvais supporter, mais j’ai trouvé que voir cette jeune fille, puis cette femme se consumer à petit feu était insupportable.

« Nous sommes une race que l’on a voulu anéantir. Nous avons vécu mille pogroms, des milliers de ghettos, la Shoah. Nous sommes juifs et tristes. Et la vie ne peut recommencer. L’histoire est décidément trop lourde. »

Et malgré la plume fluide de Catherine Mavrikakis, à la fois précise et poétique, malgré cette fin qui réconcilie enfin les vivants et les morts, je n’ai pas réussi à aimer ce roman.

Venise a le même ressenti que moi, mais Lucie a aimé, tout comme Marielle.

Sabine Wespieser, 2009. – 294 p.
Par Papillon - Publié dans : Littérature francophone - Ecrire un commentaire - Voir les 13 commentaires
Retour à l'accueil

Quoi de neuf ?

 

 

 

JE LIS :

 

inou3.jpg

Rechercher



Moteur de recherche
dans les blogs de lecture

Suivre le fil

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés