Qui suis-je ?

Citation du jour :


«  C'est une façon d'exister que de résister. » 

 

Danièle Mitterrand.

Jeudi 17 août 2006 4 17 /08 /Août /2006 04:48

Hajime est fils unique, ce qui passe pour inhabituel dans le Japon des années soixante. Il se sent comme incomplet et craint le regard de ses camarades, ce qui l’empêche d’avoir des amis. Jusqu’à ce qu’il fasse la connaissance de Shimamoto-San, une jolie petite fille de son âge qui est également fille unique. Entre les deux enfants se crée un lien très fort, mélange d’intimité et de confiance. Mais la vie va séparer Hajime et Shimamoto-San. Hajime va aller à l’université, puis se marier, avoir des enfants et ouvrir un club de jazz. Mais il n’a jamais complètement oublié sa petite camarade d’école. Et un soir de pluie, alors qu’il approche de la quarantaine, Shimamoto-San apparaît dans son bar…

C’est une très belle histoire d’amour que nous raconte Murakami dans une langue fluide, claire, pleine de sensibilité. Car Murakami possède un talent particulier pour évoquer les états d’âme de l’enfance et le passage difficile de l’adolescence, cette période de la vie où on ne sait plus très bien qui l’on est. Ce qui sépare Hajime de son amie, alors qu’ils ont douze ans, c’est justement le sentiment de devenir autre et que cet autre soit rejeté par la personne qui lui est la plus précieuse. C’est d’une certaine manière la peur de son désir qui fait fuir Hajime. Et la perte de son amie va créer chez lui pendant des années un indicible sentiment de vacuité, parce que rien ne lui semble pouvoir remplacer le lien qu’il avait créé avec la petite fille. Et quand il la retrouve, vingt-cinq ans plus tard, peu lui importe la femme qu’elle est devenue : il est persuadé d’avoir enfin retrouvé ce qui lui a manqué pendant des années. Mais Murakami nous montre que rien ne sert de courir après des fantasmes, ils nous empêchent seulement de vivre pleinement notre vie.

J’ai bien aimé l’atmosphère particulière de ce roman qui flotte dans la mélancolie et pourtant ce n’est pas un grand coup de cœur parce que je n’ai pas été touchée par le personnage de Shimamoto-san adulte : cette femme impénétrable dont on ne sait rien et qui n’exprime jamais aucun sentiment.


Extrait
:
« La principale différence entre nous était qu’elle avait davantage conscience que moi de s'envelopper d’une carapace pour se protéger du monde extérieur. […] En d’autres termes, le mur défensif qu’elle avait construit autour d’elle était bien plus haut et solide que le mien. Mais ce qui se trouvait derrière ce mur était étonnamment semblable à ce qui existait en moi. »

Trad. du japonais par Corinne Atlan.
10/18, 2002 - 222 p.
.

Par Papillon - Publié dans : Littérature asiatique - Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
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