Jennifer Johnston - Un homme sur la plage

Publié le par Papillon

Depuis son veuvage, Helen vit dans une maison isolée du bord de mer, quelque part sur le côte ouest de l’Irlande. Elle remplit sa vie en peignant. De temps en temps, elle reçoit le visite de son fils Jack, étudiant au Trinity College de Dublin. Un jour, un anglais s’installe tout près de chez elle et entreprend de rénover la gare, désaffectée depuis quarante ans. Cet homme bourru a été marqué par la guerre où il a perdu un œil , un bras et une partie de son âme. Entre ces deux êtres solitaires, un lien fragile et improbable va se tisser.

J’aime décidément beaucoup l’atmosphère des romans de Jennifer Johnston. L’histoire se construit comme un puzzle, lentement, élément par élément. Il est toujours question de personnages blessés par la vie et qui veulent se donner une autre chance. Les apparences n’ont aucune importance. Le tic tac de la vie quotidienne n’a d’autre but que d’offrir un contraste au dérèglement des sentiments. Et en guise de décor, l’auteure nous offre la pluie, le vent, les vagues, les rochers et les embruns.

Il y a une curieuse inversion des situations dans ce roman. Le veuvage n’a pas apporté la douleur à Helen, mais la liberté, la possibilité enfin de réaliser son rêve et de découvrir qui elle est. Quant à l’anglais, ce n’est pas un personnage fort, mais un handicapé, défiguré qui passe pour fou parce qu’il a une passion anachronique pour les gares. Je me suis demandée si ces deux personnages n’agissent pas comme métaphores : Helen, l’irlandaise doit sa liberté nouvelle à la violence puisque son mari a été assassiné ; l’anglais est une illustration pathétique de l’Angleterre thatchérienne (le roman date de 1989). Et pourtant chacun offre à l’autre la reconnaissance : l’anglais admire la peinture d’Helen, dont il est le premier acheteur et Helen ne voit pas en lui seulement un handicapé, mais un homme sensible et esthète. On aimerait croire qu’une histoire d’amour entre eux est possible, mais nous sommes en Irlande… Quelle place reste-t-il à l’amour quand la violence est partout ?

Trad. de l’anglais (Irlande) par Sophie Foltz.
Le Serpent à plumes / Motifs, 2000. – 309 p.

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