Philippe Claudel - La petite fille de Monsieur Linh

Publié le par Papillon

J'ai longtemps été fâchée avec la littérature française contemporaine pour cause de déceptions à répétitions (j'aurais sans doute l'occasion d'y revenir). Mais la curiosité m'a quand même poussée à emprunter à la bibliothèque (donc sans risque financier ;-)) le dernier opus de Philippe Claudel dont je n'avais lu que des critiques élogieuses. Bien m'en a pris car ce fut une très belle découverte.

C'est l'histoire de Monsieur Linh, un vieil homme dont le pays est ravagé par la guerre. Un jour, Monsieur Linh quitte donc son pays sur un bateau. De sa vie passée il ne reste rien : sa famille a été tuée et son village a brûlé. Rien, sauf sa petite-fille, un tout petit bébé qu’il tient précieusement au creux de ses bras. C’est pour cet enfant qu’il a pris la route de l’exil. Et puis le bateau accoste dans un pays étrange et étranger où tout est surprenant pour Monsieur Linh : les gens, les maisons, la langue, les rues, les magasins. Et le froid, surtout. Et pourtant Monsieur Linh part à la découverte de son nouvel environnement, timidement, pas à pas, comme un enfant qui apprend à marcher. C’est son amour pour la petite fille qui le pousse en avant… Un jour, un homme vient s’asseoir sur le même banc que lui. S’engage alors une conversation muette entre deux hommes semblables dans leur solitude et différents dans leur culture. Commence alors une improbable amitié.

Un magnifique roman qui parle de l’exil et du recommencement. A quoi s’accroche-t-on pour survivre quand on a tout perdu et qu’il faut pourtant continuer à vivre ? Et un livre sur l’amitié, aussi, sur la capacité à créer des liens au-delà de tout langage. Une cigarette offerte, un bonjour accepté, une reconnaissance mutuelle… Le style de Philippe Claudel est minimaliste, et pourtant que d’émotion il fait passer. En quelques mots, il fait revivre le pays perdu de Monsieur Linh avec ses rizières, ses buffles, ses maisons sur pilotis. Puis l'angoisse du départ, et la nouvelle vie de Monsieur Linh. Les personnages sont parfaitement construits, en quelques traits essentiels. Et quand on arrive à la surprenante fin de l’histoire, que je ne peux vous dévoiler, on mesure toute l’humanité qu’il y a dans le personnage de Monsieur Bark ! C’est peut-être cela la clé de l’amitié : accepter l’autre dans sa différence et dans ses bizarreries…

Merci Monsieur Claudel !

Stock, 2005. – 160 p.

 

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Lylou 27/05/2010 15:30



Ce roman fait partie de mes gros coup de coeur; C'est une perle et je le recommande dès que j'en ai l'occasion. Très beau, une très belle histoire d'amitié, sublimée par cette fin inattendue.



Papillon 30/05/2010 10:37



Et écrit avec beaucoup de délicatesse.



Yv 25/03/2010 13:07


bonjour, un roman d'une tendresse et d'une beauté incomparables.


Nina 26/02/2007 20:22

C'est vraiment un très beau livre sur l'exil , je comprends que l'on soit déçu par la littérature française elle est nombriliste et manque de corps et d'originalité.... mais on a quelques exceptions : Laurent Gaudet, Sylvie Germain, Fred Vargas... il y en a d'autres mais pas tant que ça!!

Papillon 26/02/2007 22:44

Cet année, j'ai découvert quelques très bons auteurs : Christophe Bataille, François Valléjo, Stéphane Adéguy, Muriel Barbery, Laurence Tardieu... Ca m'a donné l'impression qu'il y a enfin un renouveau dans la littérature française.

yueyin 24/02/2007 22:26

tu en parles très joliment, je note précieusement

Papillon 25/02/2007 09:10

C'est vraiment un beau roman. Et c'est le roman qui m'a réconciliée avec la littérature française...

Anjelica 23/02/2007 08:24

Bonjour Papillon
J'ai lu ce livre hier et j'ai ressenti les mêmes émotions que toi. Parce que je n'ai pas su lire entre les lignes, j'ai été surprise par la fin.
 

Papillon 23/02/2007 21:11

Un très bon souvenir de lecture ! Moi non plus, je n'ai pas vu venir la fin et pourtant un ceratin nombre de choses me paraissaient étranges...

alexandre 09/11/2006 14:26

 Si tu as aimé La petite de monsieur Lihn, je suis sûr que tu aimeras le roman Contretemps de Bernardo Toro qui parle lui aussi de l'exil. Comme Littel l’auteur a choisi le français comme langue de fiction. Mais la comparaison s’arrête là, car ici aucune redondance, aucune lourdeur, tout y est fin, précis, sensible, concentré et pourtant sans concession.
Un jeune homme quitte le Chili de Pinochet pour recommencer une nouvelle vie en France loin des malheurs qui affligent son pays. La solitude l’amène à fréquenter un restaurant chilien où il rencontrera Laura la femme d’un dirigeant d’extrême gauche. Une relation se noue peu à peu entre ces deux êtres que tout oppose : l’expérience et les perspectives d’avenir. Une relation qui poussera le jeune homme à revenir sur qu’il cherchait à fuir : l’histoire tragique de son pays. Je venais à peine de terminer le livre que j’ai commencé à le relire, je n’arrivais plus à quitter ses personnages… Dire que je te le conseille, c’est faible, personnellement j’ai rarement lu quelque chose d’aussi envoûtant.
 

Papillon 09/11/2006 22:55

Je note ce titre : ça m'a l'air très engageant. merci, Alexandre !

clarinette 29/07/2006 19:36

tiens, celui-là, il faudra que je le lise...je prends note !

Elfe 05/07/2006 09:42

Je l'ai découvert également cette année, et ce fut une lecture bien agréable!! Je l'ai offert par la suite plusieurs fois à mes proches!! Un petit bijou de sensibilité, de douceur,, et si bien écrit!!!