Qui suis-je ?

Citation du jour :


«  Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller.  » 

 

Jack Kerouac, Sur la route.

Dimanche 27 novembre 2011 7 27 /11 /Nov /2011 13:09

 

Il y a quelques jours, j'évoquais dans un billet trois grands écrivains qui m'ont marquée, mais qui sont peu médiatisés. Mon amie Sylvie m'a alors dit: "Je n'en connaîs aucun ! " Qu'à cela ne tienne !  J'ai décidé de faire un peu de recyclage, en republiant des billets concernant ces trois auteurs.

 

Je commence aujourd'hui avec Kôbô Abe, écrivain japonais (1924-1993). La Femme des sables, publié en 1964, est considéré comme son roman le plus marquant. Sa publication valut à Kôbô Abe de nombreux prix littéraires, mais aussi l'exclusion du Parti Communiste dont il était membre depuis 1945.

 

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Un homme, collectionneur d’insectes, arrive dans un village isolé près de la mer, un village tellement envahi par le sable que la plupart des maisons sont au fond d’un trou qui se remplit inexorablement de sable. L’homme accepte l’hospitalité dans l’une de ces maisons. Au cours de la nuit, il va découvrir l’étrange mode de vie des habitants du village. Et quand, le matin venu, il s’apprête à repartir, il découvre que l’échelle qui lui a permis de descendre au fond du trou a disparu. L’homme est prisonnier. Sa seule obsession désormais va être : comment sortir de ce piège ?

 

C’est une histoire très étrange, peut-être l’histoire la plus étrange que j’ai jamais lue. Il y a peu de personnages, peu d’action, un décor minimaliste et pourtant dès les premières pages s’installe un suspense psychologique qui nous tient en haleine jusqu’à la fin du livre. Toute l’intrigue du roman repose sur cette question : l’homme va-t-il réussir à s’enfuir ? Comment ? L’histoire est vécue au travers des yeux du « prisonnier » et le lecteur assiste aux divers sentiments qui l’envahissent au fur et à mesure que le temps passe : colère, révolte, impuissance, frustration, attente. Et l’homme fait preuve de beaucoup d’ingéniosité pour sortir de son trou. Il essaie successivement la force, la ruse, la violence, l’adresse… Et, finalement, il découvre que la liberté n’est pas où il croyait.

 

Mais le personnage principal de l’histoire, c’est le sable : anatomie du sable, physiologie du sable, psychanalyse du sable. Jamais on n’aura aussi bien parlé de cet élément minéral qui devient vivant sous la plume de Kôbô Abé. Tantôt le sable est décrit comme le meilleur ami de l’homme, et tantôt comme son pire ennemi. Mais le sable reste un élément magique et plein de mystères. Comme le temps qui passe.

 

On peut voir une multitude d’interprétations dans cette histoire de la lutte d’un homme contre un élément. On peut y voir une métaphore de la condition humaine. On peut y lire une interrogation sur le sens de la vie : contre quoi nous battons-nous jour après jour et pourquoi ? On peut y découvrir un négatif de notre société de consommation : un lieu où le bonheur n’est plus lié à ce que l’on possède ou à ce que l’on fait, mais pourquoi on le fait. On peut y voir une cure analytique où un homme malade de sa névrose va vers sa guérison, tout en la refusant. Et c’est ce qui fait la beauté et l’intérêt de ce texte de se prêter à toutes les interprétations, et nous montrer que la vraie liberté n’est souvent pas là où nous la fantasmons.

 

En conclusion : une histoire et une plume qui m’ont profondément marquée.

 

Un extrait :

« Il s’était, dans sa tête, représenté et construit, d’avance, un processus géométrique simple : la réalité s’affirmait rebelle, et, sur quelque point qui lui échappait, en terrible désaccord avec les prévisions de son esprit. »

 

 

Traduit du japonais par Georges Bonneau

Le livre de poche - 1990 - 313 pages.


 

(Billet publié pour la première fois sur ce blog le 26 Juin 2006.)

Par Papillon - Publié dans : Littérature asiatique - Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires
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Commentaires

Et dire qu'après le livre, reste le film à découvrir ! Et que celui-ci ne trahit nullement le roman... Je vous le conseille donc.


 


En passant, très jolie page de "je me souviens"... Plaisir de lecture de quelques souvenir pas très éloignés ;-) Merci.

Commentaire n°1 posté par lecteurflemmard le 23/09/2006 à 12h13
On m'a dit, en effet, que le film est un chef d'oeuvre, mais malheureusement je ne sais pas comment faire pour le voir : je ne crois pas que ce genre de film fasse l'objet d'un DVD ...
Réponse de Papillon le 23/09/2006 à 12h23
Cette fiche m'a intéressé, parce que je me souviens très bien d'avoir vu il y a dix ou vingt ans (voire plus...) à la télévision (et sans doute tard le soir) un film japonais en noir et blanc qui portait ce titre, et que j'avais trouvé très intrigant. D'après mes faibles souvenirs, c'est bien l'histoire que vous résumez dans la fiche. Du coup, je vais voir à me procurer le livre, et à lancer des recherches pour voir le film !
Commentaire n°2 posté par Carel le 26/02/2007 à 17h17
Vous trouverez tous les détails sur le film  (que je n'ai pas vu) là :
http://www.cinemotions.com/modules/Films/fiche/3879/La-Femme-du-sable.html
Réponse de Papillon le 26/02/2007 à 18h33
je suis auteur et moi aussi j'avais oublié/ensablé ce livre je vais le relire merci de vos posts patrice http://lecomplotdespapillons.blogspot.com/
Commentaire n°3 posté par patrice lanoy le 06/07/2007 à 09h47
Merci à vous d'être passé par ici.
Réponse de Papillon le 07/07/2007 à 19h17

J'avais beaucoup aimé ce livre! Je crois même avoir écrit quelque chose dessus quand j'étais étudiant. Et il y a un merveilleux film en noir et blanc, une très bonne adaptation du livre...

Commentaire n°4 posté par Marc Lefrançois le 12/05/2010 à 13h14

Je n'ai jamais lu cet auteur... Bonne idée ce recyclage.

Commentaire n°5 posté par sylire le 27/11/2011 à 21h37

Il n'est pas du tout présent sur les blogs mais il mérite vraiment le détour !

Réponse de Papillon le 29/11/2011 à 20h42

2006? Hum, le temps ancien pour les blogs, dont j'ignorais l'existence à l'époque.

Un roman japonais qu'on pourrait tenter, finalement. Souvent des univers bizarres, quand même . Mais bon, pas pire que le Paul Auster démarré hier soir, soyons honnête

 

Commentaire n°6 posté par keisha le 28/11/2011 à 09h05

Ouais, à l'époque mon blog avait deux lecteurs, ce qui explique que ce billet soit passé inaperçu, ce qui est bien dommage car ce roman reste pour moi un grand moment de lecture. Et tu n'as pas tort d'évoquer paul Auster... "Dans le scriptorium" par exemple, que j'ai adoré, est assez space aussi !

Réponse de Papillon le 29/11/2011 à 20h48

Je n'ai pas encore lu le roman mais vu le film qui est effectivement un chef d'oeuvre ! Et pour info, il existe bien en DVD

Commentaire n°7 posté par choco le 29/11/2011 à 20h49

Comment, toi qui aimes tant la littérature japonaise tu n'as pas encore lu Kobo Abe ? Tss tsss...

(et moi, il faut absolument que je trouve ce DVD !)

Réponse de Papillon le 29/11/2011 à 21h39

"Suna no onna"... Un livre magnifique! Mais si tu as aimé, je te recommande encore plus chaudement le film! Je ne sais pas si on peut le trouver facilement car c'est un vieux film en noir et blanc, sous-titré, mais il est formidable!

Commentaire n°8 posté par Marc le 01/12/2011 à 10h57

Je j'ai mis sur la liste de Papa Noel !

Réponse de Papillon le 03/12/2011 à 17h36

Voui, une lacune qui m'agresse ! Surtout que je ne pourrais que l'apprécier comme la version ciné !

Commentaire n°9 posté par choco le 02/12/2011 à 23h14

J'en suis sûre.

Réponse de Papillon le 03/12/2011 à 17h39

Pour moi aussi, ce livre reste le plus énigmatique, le plus étrange que j'ai lu. Mais je m'y suis parfois ennuyée. Il est toujours très présent dans mon esprit, je garde en mémoire toutes les images qu'il avait suscitées en moi.

Commentaire n°10 posté par krol le 18/12/2011 à 15h45

Quoi de neuf ?

 

 

 

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