Mercredi soir au Bout du monde - Hélène Rioux

Publié le par Papillon



 



 


Qui n’a pas rêvé un soir de doute de partir au bout du monde, loin, ailleurs, pour fuir les vicissitudes de la vie et la morne routine du quotidien ?

 

« On entend le nom, on le répète dans sa tête, on ferme les yeux. S’il neige aujourd’hui, s’il pleut des cordes, qu’importe ? Le bout du monde existe ailleurs avec d’autres climats. Défilent alors derrière les paupières plage de sable de fin, palmiers bercés devant une mer émeraude, île paresseuse au large, hameau dans la savane, parsemé de huttes étiques. Des souvenirs de cartes postales surgissent, des tableaux de Gauguin, de Matisse chatoient dans la mémoire. »

 

Ici, le Bout du monde c’est d‘abord un restaurant « ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, tous les jours de l’année, même le jour de Noël ». Chaque mercredi soir quelques dames d’un certain âge y retrouvent des chauffeurs de taxi pour jouer aux cartes. Ce jour-là, Doris est angoissée : le lendemain commence sa nouvelle chimiothérapie… A quelques centaines de kilomètres de là, deux jeunes danseuses nues, empêchées de rentrer chez elles par la tempête de neige, partagent une chambre dans un motel crasseux et se racontent leurs vies et leurs rêves…

 

D’un chapitre à l’autre, l’auteure nous balade ainsi aux quatre coins du monde, au cours d’une même soirée, en compagnie de personnages tous reliés par un fil, parfois ténu. Mais tous partagent un rêve : le rêve d’un ailleurs plus chatoyant. Andalousie, Colombie Britannique, Mexique ou République dominicaine : l’ailleurs est souvent plus glauque qu’on ne l’imaginait. J’ai d’ailleurs failli lâché le livre aux alentours de la page 100, tant j’avais l’impression qu’Hélène Rioux avait décidé de ne nous montrer que la face noire de la vie : une épouse abandonnée qui pleure en regardant un vieux film à la télé, une jeune maman qui découvre que le mariage n’est pas le cocon dont elle rêvait, une femme qui rêve des nuits blanches de Saint-Pétersbourg et se retrouve à Saint-Pétersbourg, Floride avec un sapin en plastique et une ado en pleine crise… Par la suite, les choses s’arrangent et quelques-uns des personnages vivent vraiment leur rêve. Mais la vraie morale de l’histoire c’est que la vie rêvée n’est pas dans un bout du monde improbable mais dans l’art : cinéma, peinture, musique ou littérature. J’ai particulièrement aimé ces résonances d’un chapitre à l’autre : le personnage de Flora Tristan, le prénom Sofia, un vieux film culte qui traverse tout le roman, un prince russe, un personnage mystérieux vêtu de noir qui apparaît et disparaît…

 

Un roman étrange et triste, truffé de références culturelles et historiques, qui montre que ce sont nos rêves qui tissent entre nous les liens les plus solides.


 

L'avis de Catherine du Biblioblog, de Jules, et de Bladelor.

 

XYZ Editeur, 2007. – 227 p.

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
Je passe !
Répondre
P

;-)


B
Je ne connais cet auteur que de nom, donc je note !
Répondre
P

un roman étrange...


J
J'ai eeaucoup aimé la première partie, mais je trouve que le reste est un peu plus faible... Dommage, mais c'est un petit roman qui vaut le détour malgré tout!
Répondre
P

Moi c'est plutôt l'inverse : le début m'a paru très sombre...


A
Ce livre a raison: mon mari et moi avons un rêve commun à réaliser et, c'est évident, nos "liens" s'en trouvent renforcés...Je ne note pas vraiment ce livre, mais le garde quand même dans un p'tit coin de ma mémoire.
Répondre
P

...et j'espère que vous réliserez votre rêve commun !