Je, François Villon - Jean Teulé

Publié le par Papillon


Lecture commune du Club de lecture des blogueuses.


undefinedDe François Villon, l'histoire a retenu peu de choses : son oeuvre poétique, très autobiographique, et ses démélés avec la justice qui ont laissé des traces officielles. Tout le reste est conjecture. Jean Teulé a donc pris le parti d'écrire une biographie à la première personne , très inspirée des poèmes du mauvais garçon de la poésie française, en comblant les blancs avec son imagination de romancier.

François de Montcorbier nait en 1431 dans Paris occupé par les anglais, l'année même de la mort de Jeanne d'Arc. Son père, condamné pour vol, meurt sur la potence. Sa mère le suivra bientôt, pour les mêmes raisons. François est confié à Guillaume de Villon, chanoine de l'Eglise Saint Benoît, dont il prendra le nom. Le bon chanoine le pousse à suivre des études à l'Université dans le but d'en faire un religieux. Mais le jeune poète préfère l'école buissonnière, courir les filles, écrire des vers et faire des blagues de potache.

C'est un monde très dur que ce quinzième siècle. La justice y est approximative, expéditive, violente. On vous coupe une oreille ou une main pour trois fois rien ; on pend, on torture et on écartèle à tour de bras et à tous les coins de rue. La vie ne vaut pas cher, alors le jeune François prend le parti de brûler sa vie, qu'importe les risques. On le voit traîner dans les bas-fonds les plus sordides, et fréquenter autant les truands que les artisans et les étudiants. Mais le vrai tournant de sa vie a lieu quand il s'intègre à une troupe de dangereux brigands sans foi ni loi, les Coquillards...

J'ai eu bien du mal à accepter les turpitudes de l'ami François et j'ai eu bien souvent la nausée à lire ses aventures, tant l'auteur semble se complaire à nous décrire la sordide réalité de ce Moyen-Age barbare. Mais Jean Teulé place ses pas et sa plume dans ceux de son héros et la poésie de François Villon est tout sauf bucolique, elle trempe dans le trivial et le réel. Et on ne peut pas rester longtemps insensible à cette plume charnelle, goûteuse et mélancolique à la fois. Presque malgré moi, j'ai été emportée par la langue, puis par la réalité brutale de cette époque, jusqu'à me sentir pleine de compassion et de tendresse pour cet homme que la vie n'a pas gâté et qui n'était ni plus ni moins barbare ou cruel que son époque, et dont la poésie, en tout cas, transcende les siècles.


Pocket, 2006. - 435 p.


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Valériane 10/03/2008 17:48

Pour ma part je ne suis pas parvenue à le trouver sympathique au-delà de son enfance ce Villon de roman. Trop de décisions et de réactions que je n'ai pas compris. (par exemple pourquoi est-il dégouté à la fin alors que cela ne le dérange pas le moins du monde auparavant ...)En revanche, j'ai découvert le poète avec grand plaisir !

kalistina 02/03/2008 22:26

J'ai aimé ce livre moi aussi, en revanche je n'ai pas franchement ressenti de compassion pour le Villon de Teulé. J'ai pris ce livre comme un roman davantage que comme une réelle biographie.

Papillon 04/03/2008 21:04

C'était difficile de faire une vraie biographie sur quelqu'un dont on connait si peu de choses... Donc effectivement Teulé a rempli les blancs avec sa propre imagination plus qu'avec des faits...

katell 01/03/2008 21:01

Quel beau et émouvant commentaire papillon! A cette lecture on ne peut pas entièrement détester l'homme Villon et encore moins le poète.Villon, comme tu le soulignes, est un homme de son époque, ni plus ni moins qu'un autre.

praline 01/03/2008 11:26

Moi j'ai beaucoup aimé. Horreur et poésie, ne sont-ce pas les ingrédients du poète (maudit) ?

Papillon 01/03/2008 19:08

C'est intéressant de constater que les avis sont partagés sur ce livre ! Même celles qui l'ont aimé ont trouvé difficile à lire toute cette barbarie. Je pense que si on arrive à surmonter ça, on comprend quel personnage fascinant était sans doute FV : un homme de son temps.

Florinette 01/03/2008 11:14

Heureusement que le talent de l'auteur est là pour capter notre attention, sinon certaines scènes barbares auraient eu raison de nous !! ;-)

Gambadou 01/03/2008 10:35

trop d'horreur, pas assez de poésie, j'ai craqué avant la fin !!!

cathe 01/03/2008 09:46

Je suis d'accord avec toi. Sa poésie et sa vie sont intimement liées, l'une ne va pas sans l'autre !

Chimère 01/03/2008 09:41

Je n'ai pas eu d'empathie pour le personnage ou l'histoire mais les poèmes sont très beaux cela compense un peu mais pas tout. J'ai idée que les avis vont être très contrastés sur ce livre. Il ne laisse pas indifférent c'est déjà bien.

amanda 01/03/2008 09:30

j'ai ressenti la même chose que toi : dégoût, et en même temps j'ai aimé ce livre, ces descriptions de Paris de l'époque. Un beau souvenir. O Verlaine est bati sur la même trame. Dégoût aussi, mais moins d'enchantement.

sylire 01/03/2008 09:30

J'aime beaucoup ta description de la plume de Teulé, que je n'ai pas réussi à faire aussi justement. Contrairement à toi je n'ai pas réussi à avoir de compassion pour Villon. Je n'ai pas pu lui pardonner d'avoir livré son amie aux coquillards. Mais j'ai apprécié cette lecture et je relirai Teulé.