Des effets secondaires de l'abus de romans

Publié le par Papillon


« Le docteur Clifton vint me voir. Il m’ausculta et me posa des tas de questions. « Insomnies ? Sommeil irrégulier ? Cauchemars ? »

 

Par trois fois , j’acquiesçai de la tête.

 

« C’est bien ce que je pensais. »

 

Il prit un thermomètre et me demanda de le mettre sous la langue, avant de se lever et d’aller à la fenêtre. « Et que lisez-vous ? » me demanda-t-il, le dos tourné.

 

Avec le thermomètre dans la bouche, je pouvais difficilement répondre.

 

« Les Hauts de Hurlevent… vous avez lu ?

 

— Hm-m…

 

— Et Jane Eyre ?

 

— Hm-m…

 

Raison et sentiments ?

 

— Hm-m… »

 

Il se retourna et me regarda, l’air grave. « Et ces livres, je suppose que vous les avez lus plus d’une fois ? »

Je hochai la tête, et il fronça les sourcils.

 

« Lus et relus ? A de nombreuses reprises ? »

 

Nouveau hochement de tête. Et froncement de sourcils plus prononcé.

 

« Depuis l’enfance ? »

 

J’étais déconcertée par ces questions, mais le sérieux de son regard m’obligea à acquiescer une nouvelle fois.

 

(…)

 

Il me retira le thermomètre de la bouche, croisa les bras, et rendit son diagnostic. « Vous souffrez du mal qui affecte généralement les femmes à l’imagination romanesque. Au nombre des symptômes, on peut citer les évanouissements, la fatigue, la perte d’appétit, la dépression. On serait tenté d’attribuer la crise à une sortie sous une pluie glacée sans protection imperméable adéquate, mais il est probable que, à un autre niveau, plus profond, c’est un choc émotionnel qui en est la cause. Toutefois, contrairement aux héroïnes de vos romans préférés, votre constitution n’a pas été affaiblie par les conditions difficiles des siècles précédents. Pas de tuberculose, pas de polio dans l’enfance, pas d’environnement insalubre. Vous survivrez. »

 

(…)

Je consultai l’ordonnance. D’une écriture vigoureuse, il avait inscrit : Sir Arthur Conan Doyle, Les aventures de Sherlock Holmes. Prendre dix pages, deux fois par jour, jusqu’à épuisement du stock. »


Diane Setterfield, Le treizième conte.

Publié dans Ma vie de lectrice

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Géraldine 22/08/2008 02:10

Tellement vrai et beau. J'aimerai pourvoir utiliser ce texte. POurrais tu libérer le click droit ?CdltGéraldine

Amandine 06/06/2008 20:21

Effectivement c'est un très bon passage :-)

Papillon 07/06/2008 10:16


Ce simple extrait done très envie de lire le livre, non ?


laparhasard 25/02/2008 19:00

J'adore cette prose.

anais 18/02/2008 11:26

ce livre est dans ma PAL chic :-)

kalistina 17/02/2008 16:47

J'adorerais avoir un tel médecin!!

Papillon 17/02/2008 20:48

Haha ! Je savais que cet extrait allait faire craquer tout le monde !Mais je dois à l'honnêteté de dire qu'il n'est pas complètement représentatif du bouquin... qui est quand même très bon !

sylire 17/02/2008 10:49

Ce passage tombe à pic pour moi ce matin. Difficile d'en dire plus sous peine de trop en dire sur ma vie privée... Bon dimanche Papillon !

fashion victim 17/02/2008 10:38

Ah, il est dans ma PAL! J'adore ce passage!

kathel 17/02/2008 09:10

Je ne connaissais pas mais j'aime beaucoup l'humour de cet extrait !

Stephanie 17/02/2008 08:43

ce livre vient de faire un saut vertigineux sur ma LAL grâce à toij'adore :)

cathulu 17/02/2008 07:42

Janicot va sortir un "mode d'emploi" pour se "soigner" à partir de romans en mars. j'ai hâte de voir  ça !