Guide de Mongolie - Svetislav Basara

Publié le par Papillon

basara.jpgCe roman n’a rien à voir avec le précédent et pourtant c’est bien à cause du mot « Mongolie » dans le titre qu’il a attiré mon regard. Et la lecture du premier paragraphe a définitivement éveillé ma curiosité :

« Cette année-là, année du dragon de fer selon le calendrier chinois, si le printemps avait été vieux jeu, l’été fut extravagant. Il neigea deux fois en juillet, une fois le jour ne se leva point, et la nuit dura ainsi quarante-huit heures. Tout alla à l’avenant, jour après jour. Il ne se passait rien. Pas plus que les années précédentes, où les étés s’étaient pourtant montrés plus convenables. Les petits caprices des cieux n’étaient là que pour masquer un vide désespérant. »


Ce pays où l’on s’ennuie à mourir, c’est la Serbie communiste d’avant la guerre. Heureusement, suite au suicide d’un de ses amis, le narrateur est invité à partir pour la Mongolie pour y écrire un guide touristique. Le voilà rapidement installé dans le meilleur hôtel d’Oulan-Bator où il va successivement rencontrer un évêque hollandais égaré dans un rêve, un officier soviétique converti au bouddhisme, un mort-vivant libertin, un psychanalyste italien et le correspondant américain d’un journal ayant depuis longtemps cessé d’exister. Tout ce petit monde tue le temps, entre deux exécutions publiques, à philosopher sur le sens de la vie et l’existence de Dieu, en buvant de la vodka, sous le regard blasé de Charlotte Rampling. Mais ce voyage en Mongolie n’est-il pas seulement le rêve d’un écrivain alcoolique enfermé dans sa chambre ?


Svetislav Basara se situe au croisement de Shakespeare, Mikhaïl Boulgakov et Flann O’Brien. Son roman complètement loufoque, tient à la fois du conte philosophique, de la satyre politique et de la divagation burlesque. Rêves, fictions, réalité ou décor : tout s’y mélange dans le but de déconstruire une réalité sinistre et désespérante, celle de la vie quotidienne dans un pays communiste, où, faute d’avoir attrapé une araignée au plafond, le narrateur se prend pour une mouche marchant au plafond.


Traduit du serbe par Gojko Lukic et Gabriel Iaculli.
Les Allusifs, 2006. – 131 p.

 

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H


Je viens de le finir à l'instant, et je dois dire avoir été charmée par l'originalité de cet auteur...



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P


Tu me fais penser que je m'étais promis de lire d'autres livres de cet auteur...



T
Je serai curieuse de savoir ce qui vous pousse à rapprocher Basara de Shakespeare.
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P
Shakespeare oppose souvent dans une même pièce la tragédie historique ou humaine et la réalité burlesque ou triviale du quotidien. C'est ce que j'ai retrouvé chez Basara : une critique virulente mais burlesque d'un système politique et des personnages complètement déjantés.
B
Oh, m'a tout l'air bien intéressant ce voyage ...
et j'ai vu sur Amazon le commentaire d'une autre lectrice qui est un peu dans le même ton que le tien ...
Je crois qu'on va se laisser tenter ... dès que la PAL aura un peu baissé.
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P
A lire, si vous aimez mes histoires complètement décalées !
C
J'avais bien apprécié De bello civili version vitamine C, ou comment un fait divers se transforme en crise internationale. :) Je prend note pour celui là.
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T
à lire le premier paragraphe, je me serais dit : "mais il ne va rien se passer, dans ce roman, c'est d'un ennui mortel !"... comme quoi, l'attrait pour un livre est une chose toute personnelle !
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G
Depuis le pemps que je veux regarder de plus près la production des "Allusifs", c'est peut-être le bon titre pour moi, et comme ton commentaire est alléchant...
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C
Un roman déjanté, je note !
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