Qui suis-je ?

Citation du jour :


«  Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller.  » 

 

Jack Kerouac, Sur la route.

Littérature francophone

Dimanche 14 novembre 2010 7 14 /11 /Nov /2010 17:06

 

belaskri.jpg Dans un pays qui n'est jamais nommé mais dans lequel on reconnait l'Algérie des années 90, règnent la corruption, le désordre et la violence, une violence qui va saccager la vie de Déhia, Adel et Badil.

 

Déhia est une jeune femme moderne, isue d'une famille aisée et cultivée. Elle enseigne la linguistique à l'université et se heurte chaque jour au fanatisme religieux borné de ses étudiants. Un jour elle rentre chez elle pour trouver sa mère égorgée par ses propres fils. Quelques semaines plus tard, c'est son fiancé qui est poignardé par un étudiant.

 

Adel, lui, est issu d'un milieu modeste et a dû s'accrocher pour devenir cadre dans une entreprise. Chaque jour il est confronté à la corruption et au clientélisme. Le jour où il rencontre l'amour, sa vie vole en éclats dans un attentat qui tue sa fiancée. Des années plus tard, Déhia et Adel vont se rencontrer et se reconstruire ensemble dans une nouvelle vie.

 

Badil n'aura pas cette chance. Jeune frère d'Adil, privé très tôt de sa famille, il ne trouve sa place ni dans sa ville, ni dans la société. Il tombe dans la délinquance, avant de chercher à fuir de l'autre côté de la Mediterranée, vers un avenir meileur qu'il ne trouvera jamais.

 

Les romans qui abordent cette période noire de l'Algérie ne sont pas légion, d'où mon intérêt pour celui-ci. Mais il ne m'a pas réellement touchée, car je l'ai trouvé trop superficiel, trop concis. Les personnages sont à peine esquissés, alors que l'auteur met une certaine complaisance à décrire des scènes d'une grande violence, violence inexpliquée d'ailleurs, puisqu'à aucun moment le lecteur ne connait la cause de toutes ces morts, comme si le meurtre était une chose banale. L'auteur n'évoque jamais réellement le contexte politique. En revanche, il mêle régulièrement sexe et violence, ce qui m'a presque choquée, comme s'il cherchait à nous dire que la frustration sexuelle est la première cause de la violence.

 

Rencontre ratée, pour moi, donc.

 

L'avis de Gangoues plus séduit que moi.

 

bob

 

Vents d'ailleurs, 2010. - 126 p.


 


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Lundi 8 novembre 2010 1 08 /11 /Nov /2010 21:15

 

Les nouvelles de ce recueil dessinent un pays habité par la violence et rongé par la legrand-copie-1.jpg corruption. Des paysans se font voler leur terre par des hommes en armes. Un guerillero déprime en constatant qu'il a troqué ses idéaux révolutionnaires contre le profit plus immédiat du trafic de drogue. Un chauffeur de bus est licencié pour avoir refusé de se livrer au traffic d'essence. Un soldat et un guerillero se retrouvent face à face dans la jungle et découvrent qu'ils viennent du même milieu mais ont fait des choix diamétralement opposés pour en sortir. Des gosses des rues trouvent une raison de vivre dans la solidarité des démunis. Un commissaire corrompu viole un jeune voyou. Un journaliste est assassiné pour avoir tenté de dire la vérité.

 

Ce pays, dont le nom n'est jamais prononcé, c'est la Colombie. Alors, peut-être parce que ce silence m'a particulièrement agacée, peut-être parce que la Colombie est un pays qui me touche de près, peut-être parce que c'est un pays sur lequel j'ai beaucoup lu, mais ces nouvelles m'ont paru particulièrement convenues, comme celle du type déprimé par son divorce qui retrouve un sens à sa vie le jour où il se fait agresser par deux voyous. Ces nouvelles reprennent à leur manière un discours déjà lu et entendu mille fois dans une certaine presse dès qu'il est question de la Colombie, sans parler du discours politique qui les sous-tend et que je m'abstiens de commenter.

 

De toute façon, je les ai déjà oubliées.

 

bob

 

L'Archipel, 2010. - 217 p.


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Mardi 14 septembre 2010 2 14 /09 /Sep /2010 19:17

 

Rentrée littéraire 2010
 

 

Dans L’origine de la violence, Fabrice Humbert analysait les rapports de violence entre humbert2.jpg dominants et dominés dans le contexte très particulier du camp de concentration. Dans son nouveau roman, il s’intéresse à une autre forme de violence plus moderne et plus sournoise.

 

La scène qui ouvre le roman, et qui est aussi le pivot de l’histoire, se déroule dans un grand restaurant parisien un soir de Juin 1995. Y sont réunis par hasard des convives de diverses nationalités. Soudain un incident éclate, l’un des clients se lève et frappe le serveur, qui s’effondre, le visage en sang. Divers sentiments agitent l’assistance mais personne ne bouge. Le serveur est évacué, le dîner reprend. Un riche vient de frapper un pauvre en toute impunité et dans une indifférence quasi générale. Cette scène emblématique, à la fois dramatique et banale, est une allégorie de ce que Fabrice Humbert tente d’illustrer dans ce roman. Le lecteur découvre alors qui sont les héros de ce drame, dont les destins vont se croiser sans forcément se rencontrer. Pour chacun d’eux, cette soirée va être le premier faux pas vers la chute finale.

 

Il y a là Simon, jeune et brillant chercheur en mathématiques, mais personnalité timide et introvertie, qui partage son appartement avec Mathieu, son exact contraire : séducteur, hâbleur, menteur et tricheur. C’est sous l’impulsion de Mathieu que Simon décide de lâcher son labo pour se lancer dans l’aventure de la finance dans une banque internationale. A côté d’eux, un couple de nouveaux riches russes. Lui, fut un brillant universitaire qui a épousé sa belle et intelligente étudiante. Au moment où le communisme a commencé à vaciller, il a fait le choix d’abandonner l’université pour la politique, jouant Eltsine contre Gorbatchev et devenant un des puissants du régime russe, un de ceux qui profitèrent de l’éclatement de l’empire soviétique pour se remplir les poches. Il y a aussi une famille américaine. Le père fut longtemps un espoir local de football américain avant qu’une blessure ne mette un terme à une carrière décevante. L’ancien joueur s’est alors lancé dans le crédit immobilier, vendant, grâce à des subprimes, des maisons à ceux qui n’ont pas les moyens d’en acheter. Le point commun de ces hommes ? Ils se sont tous vendus à la finance et sont complètement corrompus par l’argent. Le dernier d’entre eux, le jeune serveur noir, est le plus pur. Il est arrivé d’Afrique et a gravi toutes les marches de l’intégration, avec courage, ténacité et une certaine forme de candeur.

 

A travers ces hommes, Fabrice Humbert nous fait découvrir le monde de la grande finance et ses règles impitoyables. Car c’est une guerre que se livrent ces gens, une guerre pour le toujours plus, une guerre qui se fait sur le dos des pauvres, mais où certains d’entre eux seront broyés. La plume de Fabrice Humbert est absolument envoutante, par son réalisme, sa précision, et la profondeur de l’analyse psychologique des personnages. Ce texte, à la fois très bien documenté et truffé de références littéraires, vous fait littéralement entrer dans un autre monde, qui est décortiqué avec une minutie quasi clinique.

 

Un roman brillant et extrêmement cruel.

 

Le Passage, 2010. – 317 p.


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Dimanche 5 septembre 2010 7 05 /09 /Sep /2010 00:01

 

Rentrée littéraire 2010

 

blasderobles Depuis quarante ans, Bastien Lhermine est le gardien d’un collège jésuite. C’est un homme secret et solitaire. Pourtant quand Rose Sèvère emménage dans son imeuble avec son petit Paul, il se laisse peu à peu apprivoiser. Et Rose ne tarde pas à découvrir que Bastien est habité par une grande et unique passion pour le Tibet. Il en connaît toutes les traditions, il en pratique la langue, et il rêve de visiter le Potala de Lhassa. Alors, Rose conçoit un projet à la fois fou et généreux : elle va emmener le vieux Bastien au Tibet. Ce voyage sera pour les deux amis à la fois une épreuve et une libération, car chacun d’eux à des secrets à avouer.

 

Plus qu’un roman sur l’amitié ou sur la tragédie tibétaine, ce livre traite de la réalité de la vérité historique. C’est un récit à deux voix : d’un côté, un roman écrit par Paul, devenu adulte ; de l’autre, les commentaires de sa mère. L’auteur nous montre comment la mise en mots du réel est déjà une mise en scène, un premier travestissement. A travers les histoires de Bastien et de Rose qui plongent dans les horreurs de la seconde guerre mondiale, il tend au lecteur un jeu de miroirs déformants où vérités et mensonges se brouillent.

 

Il n’en aurait pas fallu beaucoup pour que ce roman soit un coup de cœur, tant j’ai aimé le style simple et limpide de l’auteur, mais je l’ai trouvé vraiment trop bref, au regard de tous les thèmes qu’il aborde.


Zulma, 2010. – 168 p.

Par Papillon - Publié dans : Littérature francophone - Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Lundi 23 août 2010 1 23 /08 /Août /2010 00:01

 

Rentrée littéraire 2010

 

S’il est un moment difficile dans la vie, c’est bien celui où l’on voit vieillir ses parents : leur fontanel2.jpg faiblesse, leur vulnérabilité, leurs déficiences et jusqu’à leur dépendance préfigurent l’inéluctabilité de leur disparition. C’est ce moment que raconte Sophie Fontanel dans ce livre étrangement sous-titré « roman ». Une maman de quatre-vingt six ans, devenue très fragile, qui perd un peu la mémoire et tombe régulièrement. Avec tout ce que cela implique de complications : fractures, hôpitaux, aides ménagères, maisons de repos. Et tout ce que cela suppose de présence, d’attention, de vigilance pour sa fille, pourtant déjà bien prise par son métier : des coups de fil affolés, une préoccupation constante, des invitations décommandées, des vacances suspendues.

 

Mais n’allez pas croire que ce texte soit triste, angoissé ou plaintif. C’est d’amour dont il est ici question. Et c’est avec une certaine légèreté, et avec beaucoup de tendresse que Sophie Fontanel, à travers des anecdotes attendrissantes et rafraîchissantes, évoque ce lien qui l’unit à sa mère, fait de complicité, de connivence, d’amitié même et de confidences. Et elle découvre peu à peu que sa mère, dans son grand âge et sa grande sagesse, a encore beaucoup à lui apprendre, à lui transmettre, malgré son corps qui la lâche.

 

« Pour désirer, il faut avoir compris à quel point, avec nos corps, on est démuni. Et oser humblement ce qui fait défaut. Après, ça va tout seul. Comment ai-je pu ignorer si longtemps des vérités élémentaires ? »

 

Je ne pensais pas que ce texte me toucherait autant, moi qui n’ai pas eu l’occasion de voir mes parents devenir très âgés, mais il est bien difficile de résister au charme de cette vieille dame coquette, espiègle, pétillante, de ses souvenirs lumineux et de ses listes baroques. A travers un récit très intime et très personnel, Sophie Fontanel nous renvoie à des sentiments universels.

 

« L’arbre que tu plantes dans ton jardin. Pour toi ce ne va être qu’une galère de tuteurs. Mais un jour, pour d’autres, l’acacia s’élèvera dans le ciel, où tu seras déjà, et il fera de l’ombre à ceux de ton sang, et toi tu n’en feras plus à personne. Tu ne seras que lumière pour ceux qui se souviennent. Une soirée d’été, quelqu’un de ta descendance sera là sous cet arbre, à humer la douceur. Ce petit-fils, cet arrière-petit-cousin, cette arrière-petite-nièce, qui que ce soit, il ne pensera plus à ses déceptions. Au contraire, il se sentira accueilli dans une plénitude, sous l’arbre muet la nuit. Alors il se dira : « D’où me vient tout cet amour ? »

 

Une très belle surprise de la rentrée littéraire.
 

 

Robert Laffont, 2010. – 145 p.

Par Papillon - Publié dans : Littérature francophone - Ecrire un commentaire - Voir les 16 commentaires

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