Nord-Michigan - Jim Harrison

Publié le par Papillon

"Il s'arrêta à l'idée que la vie n'était qu'une danse de mort, qu'il avait traversé trop rapidement le printemps et puis l'été et qu'il était déjà à mi-chemin de l'automne de sa vie. Il fallait vraiment qu'il s'en sorte un peu mieux parce que chacun sait à quoi ressemble l'hiver."
 
Joseph est un gars tranquille qui vit dans un petit village du Michigan. Il n'a jamais quitté la ferme familiale, enseigne sans passion dans une école locale et entretient depuis des années une liaison avec Rosalee, la veuve de son meilleur ami, mort pendant la guerre de Corée. Il a deux passions : la chasse et la pêche, et un rêve : voir l'océan. Mais sa vie est sur le point de changer : sa mère est en train de mourir, son école va fermer et Rosalee aimerait bien qu'il officialise leur relation. Et voilà que la plus délurée de ses élèves, âgée de dix-sept ans, se jette dans ses bras et lui met la tête à l'envers. Cette passion érotique va jeter une lumière nouvelle sur toute sa vie...
 
Aujourd'hui, on qualifierait sans doute Joseph d'adulescent, un éternel adolescent qui est passé un peu à côté de la vie, peut-être parce qu'il a eu un accident étant enfant qui lui a laissé une patte folle. Voilà qu'il est sur le point, enfin, de s'installer comme fermier et comme mari, et qu'il réalise, à quarante ans et des poussières, qu'il a finalement assez peu vécu. Sa petite passion pour Catherine est un moyen de rattraper un peu le temps perdu, de mettre du piment dans sa vie, de lui donner l'illusion d'être jeune, de retarder le moment d'entrer dans la vie d'adulte. On devine aussi que c'est une petite vengeance envers Rosalee à qui il n'a  jamais tout à fait pardonné de lui avoir préféré son copain quand ils étaient jeunes.
 
Il y a quelque chose d'à la fois touchant et agaçant chez ce personnage entre deux eaux, deux femmes, deux boulots, qui craint de basculer dans la vieillesse sans avoir vraiment profité de la vie. Mais comme toujours chez Jim Harrison, le personnage principal de cette histoire c'est la nature omniprésente qui envahit tout l'espace autour de Joseph et de sa ferme, et le console d'à peu près tout, la nature où il se réfugie quand il veut mettre le réel à distance pour pêcher la truite ou chasser le coyote. Ce n'est pas mon roman préféré de Jim Harrison, je l'ai trouvé vaguement démodé, mais cela reste plaisant à lire, dans un genre plus introspectif que d'habitude chez l'auteur.
 
"Il se sentait jeune et stupide. Et puis triste aussi de n'avoir pas su, jusqu'à cet après-midi-là, que la vie pouvait, en de très rares occasions, offrir des choses aussi absolues et aussi merveilleuses que celles qui naissent parfois de notre imagination."
 
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Sara Oudin.
10-18, 1991. - 224 p.
 
Lu dans le cadre du Mois américain (Thème : Le désir).

 

 
 
 
 
 
Et pour le défi 50 états en 50 romans, ce roman illustre le Michigan.

 

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Karine 17/09/2020 01:49

Un jour, je lirai l'auteur. Je ne suis pas très Nature Writing. Par contre, je suis curieuse de voir ce que tu vas penser de ta lecture en cours.

Papillon 17/09/2020 11:52

Il y a toujours beaucoup de nature chez harrison, mais aussi une certaine vision de l'Amérique que j'aime bien.

Kathel 15/09/2020 21:57

Ha c'est amusant, je l'ai lu récemment et avais même repéré le thème du jour pour mon billet, mais je me suis trompée de date et ai finalement écrit sur Nickel boys (et mon billet sur Nord-Michigan reste à écrire)

Papillon 16/09/2020 12:20

J'attends ton billet, alors, pour savoir ce que tu en as pensé.

rachel 15/09/2020 20:47

tu donnes envie de connaitre cet auteur...en plus ce livre semble ideal

Papillon 16/09/2020 12:14

Oui, c'est une bonne introduction à son oeuvre, même s'il a écrit des romans beaucoup plus forts.

Ingannmic 15/09/2020 20:37

C'est bien de voir Jim Harrison figurer parmi les auteurs de ce Mois Américain.. J'ai deux de ses titres sur ma PAL, mais ils ne rentraient dans aucune des thématiques, et en plus ils sont assez volumineux. Mais cela fait longtemps que je ne l'ai pas lu, il faudra que je m'y remette tiens !

Papillon 16/09/2020 12:13

J'ai profité du Mois Américain pour vider un peu ma PAL, parce que, oui, un Mois Américain sans Jim Harrison ne serait pas tout à fait américain !

Nicole Grundlinger 15/09/2020 15:49

Je crois bien que je n'ai jamais lu Jim Harrison...

Papillon 15/09/2020 17:57

C'est dommage, c'est un très grand romancier. Dalva reste mon préféré.