Le grand vertige - Pierre Ducrozet

Publié le par Papillon

"L'hyper-capitalisme est une guerre, avec plusieurs fronts, des batailles et des morts, une avancée tranquille vers le néant."
 
Imaginons. Imaginons qu'en 2016 la communauté internationale ait vraiment pris la mesure du danger que représentait pour l'humanité le réchauffement climatique et ait décidé de créer une instance chargée de promouvoir des solutions concrètes pour y remédier. La direction de la CICC (Commission Internationale sur le Changement Climatique) est confiée à Adam Thobias, militant écologiste de la première heure, et spécialiste reconnu des questions environnementales. Il décide de créer, à l'intérieur de cette commission, un groupe de spécialistes ("des scientifiques, des géographes, des anthropologues, des voyageurs") qui seront envoyés en mission partout dans le monde, pour faire un état des lieux et imaginer d'autres modèles. Ils vont constituer le groupe Télémaque, qui communiquera via un réseau privé. Parmi eux : Nathan, Mia et June, qui vont se croiser sur la même mission.
 
J'ai un sentiment très ambivalent sur ce roman. Il faut lui reconnaître d'être très bien écrit, et donc très plaisant à lire. La plume est vive, alerte, précise et enjouée. Mais ça court à toute vitesse, aux quatre coins de la planète, donnant au lecteur la sensation d'être sur un manège devenu fou, qui lui fait faire le tour du globe en quelques pages, de l'Amazonie à la Chine, du Canada à la Birmanie, et de la Belgique au Kenya. A ce niveau-là, le roman mérite parfaitement bien son titre... Et de temps en temps, l'histoire s'accorde une pause, vaguement ennuyeuse, dans un hôtel de Calcutta, une maison en Lozère ou un appartement à Barcelone, comme si l'auteur cherchait la suite à donner à son roman, qui repart à cent à l'heure dans un sens différent. C'est ainsi que le roman commence comme une uchronie écologiste, tourne au thriller d'espionnage (très peu crédible), consacre quelques brillants chapitres à relater l'histoire du pétrole, comment le liquide noir est devenu la drogue de l'humanité, et comment il transite d'un point du Globe à l'autre via des supertankers ou des pipelines ; avant de finir en utopie écologiste ratée. Au passage, l'auteur explore plusieurs pistes qui permettraient d'inverser la tendance du réchauffement climatique : consensus international, innovation révolutionnaire, écoterrorisme, initiatives privées, tout en montrant à quel point elles sont toutes vaines et vouées à l'échec. Très pessimiste, donc.
 
Bref, c'est vraiment le roman de la globalisation et de ses effets délétères ; mais malgré toutes ses qualités, j'ai eu l'impression qu'il lui manquait une structure et une intention, à l'image du personnage central, June, qui cherche un sens à sa vie et ne le trouve ni dans l'errance, ni dans la lutte, ni dans l'amitié, l'amour ou la famille. 
 
"Il n'y a pas de remède. Il n'y a pas d'opposition, de bons, de méchants, de camp adverse. Il y a l'homme, son ardeur, sa folie. Il n'y a que nous. Ça suffit."
 
Actes Sud, 2020. - 368 p.

 

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Karine 14/09/2020 01:22

Ah, dommage... pourtant, la couverture est super belle. Ouais, je sais, je suis faible!

Papillon 14/09/2020 11:44

Nous sommes tou-te-s un peu faibles ;-)

Delphine-Olympe 13/09/2020 11:01

Je suis assez attirée par ce roman, pour le sujet (d'autant que je ne pense pas qu'il s'agisse pour l'auteur d'une démarche opportuniste) et pour son ambition, mais je redoute aussi tout ce que tu soulignes. Du coup, j'hésite un peu... Bon, comme j'ai encore quelques livres sous le coude, ça me laisse encore le temps de la réflexion ;-)

Delphine-Olympe 19/10/2020 22:01

Venant de mettre le point final à mon article, je relis le tien, et je trouve ton point de vue tout à fait intéressant ;-)

Papillon 13/09/2020 20:22

J'espère que tu te laisseras tenter parce que j'aimerais beaucoup avoit on avis justement ;-)

Ingannmic 11/09/2020 18:06

Très jolie couverture en tous cas... L'auteur était interviewé sur France Culture cette semaine, et bien sûr, comme à chaque fois que j'entends un écrivain évoquer un de ses livres, il m'a fait envie.. et malgré tes bémols, je suis tentée par son apparente originalité..

Papillon 11/09/2020 18:44

J'aime beaucoup la couverture, moi aussi, et elle n'est pas sans rapport avec l'un des éléments du roman... Tous les avis que je lis sont très élogieux et le roman a beaucoup de qualités, je semble être la seule à être restée sur ma faim. Donc, à toi de te faire ta propre opinion :-)

choup 11/09/2020 10:51

Intriguant, mais non. le pessimisme est partout et là j'ai envie d'autre chose.

Papillon 11/09/2020 11:10

Oui, j'ai trouvé assez décevante cette vision des choses.

Nicole Grundlinger 10/09/2020 15:53

Je suis assez curieuse de ce roman, d'autant que je n'ai jamais lu Ducrozet... Je pense le lire dans quelque temps.

Papillon 10/09/2020 17:17

Moi non plus je ne l'avais lu, et je tournais autour depuis un moment. Je pense que c'est un auteur à suivre, malgré mes bémols.

Kathel 10/09/2020 15:30

Je me demandais aussi si j'aimerais... j'attendrai plutôt de le trouver en bibliothèque, donc...

Papillon 10/09/2020 17:16

C'est un auteur intéressant, même si je n'ai pas adhéré à 100% à ce roman.

Marilyne 10/09/2020 09:05

Je me posais des questions sur ce roman qui m'a rendue curieuse. Tu apportes des réponses... la multiplications des pistes ( et des genres ) risque de me laisser à distance.

Papillon 10/09/2020 17:14

Cela dit, beaucoup de lecteurs ont aimé ce mélange des genres... Mais moi j'ai trouvé ça un peu frustrant.