A sang perdu - Rae DelBianco

Publié le par Papillon

"Les hommes pensent tout savoir du désert comme ils pensent tout savoir de la violence. Mais ils ont tort, pour les deux. "
 
L'équilibre financier de leur ranch étant plus que précaire, Wyatt et Lucy Smith, un couple de jumeaux fusionnels, ne peuvent se permettre de perdre la moindre bête. Aussi, quand Wyatt en trouve trois froidement abattues, dont l'une à demie dévorée, entre-t-il dans une fureur froide, d'autant qu'il se prend une balle dans le bras. La responsable est une gamine affamée qui semble à peine sortie de l'adolescence mais manie les armes comme personne. Dans le but de se venger autant que dans le vague espoir de récupérer sa mise, Smith la prend en chasse, laissant à sa sœur le soin de s'occuper du ranch et du troupeau. Mais nous sommes au plein désert de l'Utah, et celle qui n'est jamais nommée autrement que "la fille" appartient à un gang de trafiquants de drogues : la traque va être rude.
 
Âmes sensibles, s'abstenir ! J'ai  beaucoup souffert avec ce roman, et si je devais le résumer en un mot, ce serait celui-ci : poisseux. Ça poisse de sang qui coule à flots et imprègne tout, les visages, les mains, les bouches, les âmes, mais aussi de crasse qui colle à la peau parce qu'il fait très chaud, et qu'il n'y a partout que du sable et des rochers. Et ça poisse aussi parce que l'autrice étale et dépeint toute cette sueur, tout ce sang, toutes ces fluides corporels avec une complaisance certaine, et tout ça laisse au lecteur un sentiment très désagréable et la forte envie d'aller prendre une douche.
 
Plein de choses m'ont gênée dans cette histoire, à commencer par le style, qui gagnerait à plus de simplicité, car l'abus de figures de style finit par faire tourner la tête du lecteur qui n'a vraiment pas besoin de ça. Il y a ensuite toute cette violence, dans des scènes certes très visuelles et bien construites, mais un peu too much, qui finissent en boucherie. Il y a enfin les propos pseudo-philosophiques qu'échangent les deux protagonistes, auxquels je n'ai pas compris grand-chose, sauf que la vie dans ces contrées inhospitalières se résume à ceci : tuer ou être tué. Ce qui fait revivre le mythe d'une certaine Amérique, où le combat est permanent : lutte contre des hommes impitoyables, contre des animaux cruels, contre une nature implacable, comme au bon vieux temps des pionniers. 
 
Tout cela diffuse l'idée vaguement nauséabonde et bien américaine que dès lors que l'on lutte pour sa survie tout est permis, renvoyant l'homme à son animalité originelle et jetant aux orties toute idée de civilisation. De police, ici, il n'en est pas question, seule règne la loi du plus fort et on lave son linge sale en famille. Or ces gens ne sont rien d'autre que des trafiquants de drogue pour les uns, des parricides pour les autres. Car, en arrière-plan, il y a la mort du père des jumeaux dans un accident de chasse qui n'en était peut-être pas un, ce père qui avait appris à ses enfants dès leur plus jeune âge comment tuer pour survivre.
 
Bref, si je reconnais qu'il y a une énergie et une voix dans ce premier roman, ce n'était pas du tout un truc pour moi.
 
"Mais quoi de plus implacable que le ciel asséché de l'Utah, blanchissant les crânes, repoussant le sable à l'intérieur des pâturages sans rien offrir pour affronter la destruction chaotique de tout ce qui flottait sur la boue irriguée dans les hauteurs des déserts du sud qui avalaient notre siècle."
 
Recommandé par Nicole, beaucoup plus emballée que moi. 
 
Titre original : Rough Animals.
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Théophile Sersiron.
Seuil, 2019. 336 p.
 
Lu dans le cadre du Mois américain

 

 

 

Et pour le défi 50 états en 50 romans, ce roman illustre l'Utah.

 

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Delphine-Olympe 27/09/2020 12:32

Eh bien voilà qui est clair... et clairement pas pour moi !

Papillon 27/09/2020 19:55

Il a fallu que je me trouve un truc feelgood après ça, pour me remettre...

Kathel 26/09/2020 11:41

J'aime bien les romans noirs, mais pas trop noirs. Là, on est vraiment dans le "trop" pour moi !

Papillon 27/09/2020 19:50

Noir et rouge, en fait !

Nicole Grundlinger 25/09/2020 16:34

Je resitue tout de même le contexte : je l'ai reçu pour le Prix des Lectrices de ELLE car je n'aurais pas eu l'idée sinon... et c'est l'un des rares de sa catégories qui m'aient surprise et, oui, emballée par son énergie et par ce qu'il dit de l'Amérique toujours aujourd'hui, enfin d'une certaine Amérique. Mais il n'a pas passé le cap de la sélection mensuelle, nombre de lectrices ayant eu le même ressenti que toi.

Papillon 27/09/2020 19:52

C'est noté Et je pense que tout paraît fade à côté de celui-ci !

Nicole Grundlinger 26/09/2020 16:18

Alors si tu veux, essaye Mon Territoire de Tess Sharpe qui a gagné le prix ELLE et que moi j'avais trouvé un peu fade face à celui-ci ;-)

Papillon 25/09/2020 21:14

C'est l'avantage des jurys de prix littéraires : on y découvre des textes vers lesquels on ne serait pas allé. Mais là ça ne fonctionne pas... Cette jeune femme a du talent, mais son éditeur aurait dû lui dire d'alléger son texte, tant sur le fond que sur le forme. Plus j'y réfléchis et plus je trouve cette histoire horrible. J'aime quand les personnages évoluent dans l'histoire, or là le héros rentre chez lui avec son argent et la certitude que le meurtre du père était justifié : ça me mets très mal à l'aise....
Je pense que je vais retenter très vite un roman noir, pour voir si c'est moi qui suis allergique au genre, ou si c'est cette histoire-là qui ne me convenait pas.

Aifelle 25/09/2020 09:30

Ce sera sans moi .. merci d'avoir testé pour nous ;-)

Papillon 25/09/2020 21:07

De rien, ma chère Aifelle, et en plus je suis allée jusqu'au bout !

keisha 25/09/2020 08:13

J'en ai d'autres à lire, tiens!

Papillon 25/09/2020 21:06

Je pense que ça peut plaire à certains amateurs de littérature noire, cela dit...