Ecoute la ville tomber - Kate Tempest

Publié le par Papillon

"Trouve ton talent. Traque-le, enferme-le dans une cage, donne la clé à celui qui a le pognon et félicite-toi de ton courage."
 
 
Ils sont quatre, originaires du quartier populaire de Lewisham, au Sud-Est de Londres, quatre qui n'ont pas trente ans et se battent avec les difficultés de la vie moderne, deux filles et deux garçons : Harry et Becky, Leon et Paul.
 
"La ville baille, fait craquer ses phalanges. Regarde quelques pauvres âmes sombrer, par sa faute, dans la spirale de la folie."
 
Ils sont d'origines diverses, plus ou moins en rupture de famille, leurs parents ont eu mieux à faire que de les dorloter : mener leurs propres combats, trouver leur propre bonheur. Ils ont appris à se débrouiller tout seuls et à compter davantage sur les amis que sur la famille. Ils traînent de pubs en cafés, ils fument, boivent et prennent des drogues, en regardant le quartier changer peu à peu sous l'effet de la gentrification. Ils galèrent entre l'agence pour l'emploi et les petits boulots, ils vivent de combines, dealent de la coke dans des  clubs branchés ou font des massages érotiques. Ils ont pourtant des rêves, qu'ils gardent au chaud pour plus tard, pour bientôt, pour un jour : ouvrir leur boite pour Harry et Leon, se consacrer totalement à la danse pour Becky, trouver un objet à sa révolte pour Paul. De temps en temps ils tombent amoureux, et ça les secoue de haut en bas, c'est toujours féroce, violent, définitif, parce que la passion tenaille leur jeunesse et qu'il mettent toute leur énergie dans ce qu'ils vivent.
 
"Chacun cherche une étincelle qui donnera du sens à sa vie. Cette miette de perfection fuyante qui fera peut-être battre leur cœur plus fort."
 
D'une écriture très nerveuse, à la Despentes (en moins trash), mais aussi très poétique, Kate Tempest met en scène cette génération perdue qui peine à trouver sa place dans la société, à l'heure de la précarité et du néo-libéralisme. En arrière-plan, par le récit de la vie de leurs parents, elle montre combien la société anglaise a profondément changé depuis les années Thatcher : individualisme, matérialisme, narcissisme. Mais ces jeunes gens ne vont pas se laisser faire, ni par la ville ni par les requins qui tiennent les rênes. Ils se rebellent à leur façon. Malgré quelques longueurs (emplies de rails de coke et de pintes de bière), Kate Tempest emporte le lecteur dans un tourbillon d'émotions, dans un roman à la fois sombre et lumineux, dont les personnages deviennent les héros ardents d'un monde en perdition. A découvrir.
 
"Chaque phénomène, même le plus infime, doit être contemplé, soupesé, savouré, et on doit toujours se battre, soit pour, soit contre."
 
The bricks that built the houses.
Traduit de l'anglais par Madeleine Nasalik.
Rivages, 2018. - 430 p. 
 
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Commenter cet article

Folavril 09/04/2018 13:31

Il a de quoi me plaire ce roman! Le titre m'avait interpellé en librairie.

Céline 07/02/2018 16:34

J'aime bien le titre, le sujet et ton allusion à Despentes, je le note.

Papillon 13/02/2018 19:34

C'est un premier roman, et une jeune autrice dont on entendra encore parler, à mon avis.

Jerome 05/02/2018 13:08

C'est une rapeuse si je ne me trompe pas. C'est ce qui me refroidissait un peu mais à te lire je me dis que je pourrais passer outre mes préjugés réducteurs et me lancer dans ce roman.

Papillon 05/02/2018 20:09

Elle est poétesse, aussi, et ça se sent vraiment quand on la lit.

cathulu 04/02/2018 19:17

Bilan très mitigé, je suis restée à l'extérieur de ce roman. Pas de billet.

Papillon 05/02/2018 11:58

J'ai l'impression qu'avec cette auteure, c'est tout l'un ou tout l'autre, soit on adhère soit on reste sur le bord. J'ai été très sensible à sa poésie et à ses personnages un peu égarés.

cathulu 03/02/2018 10:17

je suis à la moitié du roman mais vu l'enthousiasme des critiques, je reste un peu sur ma faim pour le moment.

Delphine-Olympe 02/02/2018 20:54

Là, je dis oui !
:-))

Papillon 05/02/2018 11:57

Tant mieux !

krol 02/02/2018 20:31

La comparaison avec Despentes est à l'avantage de ce roman. S'il se trouve à la bibliothèque, je serais tentée.

Papillon 05/02/2018 11:56

Le début en tout cas, fait vraiment penser à du Despentes.

Ingannmic 02/02/2018 19:14

J'ai lu ton billet en diagonale, car ce titre est sur ma PAL, suite à une critique dithyrambique lue dans le journal local... en tous cas, je constate que tu as l'air emballée, tant mieux !

Papillon 05/02/2018 11:56

Oui , j'ai beaucoup aimé même s'il y a quelques défauts, mais c'est un premier roman.

luocine 02/02/2018 16:58

Je retrouve l'ambiance de tant de films qui me touchent pendant le festival du film britannique

Papillon 05/02/2018 11:55

Exactement !

Aifelle 02/02/2018 10:30

Pourquoi pas, si je le trouve à la bibliothèque.

Papillon 05/02/2018 11:55

Il devrait arriver, on en a pas mal parlé dans la presse de ce roman.