Trois saisons d'orage - Cécile Coulon

Publié le par Papillon

"Aux Fontaines, on croyait toujours que le danger venait de l'extérieur, qu'on aurait le temps de l'appréhender, personne ne se posait la question des tremblements intérieurs, des mouvements sous la surface, le soir, quand les cloches se taisaient."
 
 
Il y avait très longtemps que j'avais envie de découvrir cette jeune autrice (26 ans et déjà neuf romans à son actif !), régulièrement encensée par Les Inrocks, qui l'avaient même classée il y a quelques années dans les cent artistes qui réinventent la culture. Pas moins. Le dernier roman de Cécile Coulon déroule sur soixante ans et trois générations l'histoire d'une famille de médecins, et dès le prologue on annonce au lecteur un mystère, un secret, un drame...
 
Mais le vrai héros de cette histoire, c'est le village des Fontaines sur le massif des Trois Gueules, un lieu vaguement inquiétant : une poignée de maisons au milieu des cailloux et des prairies à moutons, qui a grossi après l'installation d'une société d'exploitation des carrières. Des ouvriers sont arrivés, joliment baptisés les "fourmis blanches", ont installé leur famille, ont construit des maisons. Et le hameau est devenu village, bien à l'écart de la ville, et ignoré d'elle. La ville, André l'a fuie dès la fin de la guerre où il a vécu des choses terribles, pour installer son cabinet de jeune médecin aux Fontaines. Dans une grande et ancienne demeure bâtie sur les hauteurs du village, grandira son fils Benedict, puis sa petite-fille Bérangère.
 
"Les Fontaines. Une pierre cassée au milieu d'un pays qui s'en fiche. Un morceau du monde qui dérive, porté par les vents et les orages. Une île au milieu d'une terre abrupte. Je connais les histoires de ce village, mais une seule les rassemble toutes."
 

Voilà un roman qui a reçu pléthore d'éloges, et dont je ne sais pas trop quoi penser. On ne peut pas nier que Cécile Coulon a une plume, ainsi qu'un don certain pour créer une atmosphère et donner vie à un lieu. Le lecteur est réellement immergé dans ce village, son café, ses fermes et sa carrière. On sent qu'il y a quelque chose de sauvage dans cet endroit, quelque chose qui échappera toujours à la civilisation, qui résistera à toute analyse intellectuelle, la vie dans ce qu'elle a de plus brut et de plus simple à la fois. Il y a chez Cécile Coulon une idéalisation du monde rural qui prête à sourire: le paradis campagnard opposé à l'enfer citadin...

 

Mais j'ai surtout regretté que la première partie de l'histoire (soit près de 60 ans) soit racontée très vite, pour en arriver à l'adolescence de Bérangère, l'âge des premières amours, laissant un peu dans l'ombre son père Benedict, qui reste un figurant dans sa propre famille. De même, certains éléments de l'histoire m'ont paru peu crédibles, que ce soit l'enfance de Benedict, ou ce qui va arriver à Agnès, sa femme. Le titre du roman est finalement assez trompeur : il n'y a pas trois saisons d'orage, mais une seule qui suffit, hélas, à détruire une famille. Le drame annoncé se révèle en fait assez banal, même s'il présente une dimension réellement tragique. 

 
Un roman bancal, selon moi, et dont  je n'aime pas du tout la fin. Dès qu'il y a transgression d'un interdit, le ciel se venge par l'envoi d'un cataclysme et c'est la femme qui paie l'addition. Ce n'est pas un peu désuet, cette vision du monde ? 
 
D'autres avis : Aifelle - Marie-Claude
 
Viviane Hamy, 2017 . - 266 p.
 
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Eva 08/08/2017 11:45

le sujet m'a fait peur au début, ça faisait un peu téléfilm terroir de France 3, mais j'ai été complètement emportée par la plume de Cécile Coulon, et j'ai totalement adhéré à ce récit (même si je comprends tes réticences et les défauts que tu pointes)

Papillon 08/08/2017 20:15

Haha, "téléfilm terroir de France 3" : c'est assez proche de ce que j'ai lu, en fait :-) Mais je reconnais qu'elle a une vraie plume.

Kathel 08/08/2017 11:11

J'ai commencé ce livre, assez enthousiaste après avoir entendu l'auteure en parler (elle est convaincante) mais je n'ai pas accroché, ni à l'histoire, ni au style... tant pis, je referai un autre essai, j'avais aimé Le roi n'a pas sommeil.

Papillon 08/08/2017 20:13

je ne l'avais encore jamais lue, je n'ai donc pas de point de comparaison. J'aime son style, mais son histoire ne m'a pas vraiment convaincue.

Ariane 05/08/2017 22:47

Comme Nicole j'ai été fascinée par cette histoire aux accents de tragédie antique. Et jusqu'à présent j'ai été complètement conquise par toutes mes lectures de cet auteur.

Papillon 06/08/2017 20:28

J'ai aimé sa plume, donc je ferai une autre tentative.

Nicole Grundlinger 05/08/2017 19:19

Tu ne vas pas encore me dire que je suis trop indulgente j'espère ;-)... Moi j'ai adoré ce livre, l'atmosphère, la force de la narration... je me suis laissée porter sans me poser trop de questions... Il y a de la tragédie antique, la toute puissance de la nature, autant d'éléments qui me parlent sans que je m'interroge sur la crédibilité ou non... Bref, j'adore ! (Peut-être que tu n'aurais pas dû le lire après Guerre et Paix ;-) ? )

Papillon 06/08/2017 20:27

C'est vrai qu'après Guerre et paix, tout paraît un peu fade :-) Cela dit, j'ai bien noté la dimension tragique. Sauf que le roman est quand même déséquilibré : une première partie historique très rapide et une seconde partie plus dense. Elle a une très belle plume qui n'a pas suffi à m'envouter.

Aifelle 05/08/2017 09:23

Je suis globalement d'accord avec toi ; j'aurais aimé que la vie d'André soit plus creusée. Il y a un autre élément qui m'a posé problème, mais je ne peux pas le dire ici et ce serait dommage pour les futurs lecteurs. Je t'envoie un MP.

Papillon 05/08/2017 18:42

Ah tiens, je suis curieuse de savoir ce que c'est :-) Moi j'ai trouvé qu'il y avait plusieurs trucs pas très crédibles, en fait....

cathulu 05/08/2017 07:56

D'abord enthousiasmée par l'écriture, j'ai été très déçue par l'histoire , trop surannée à mon goût. (Pas de billet en ce qui me concerne).

Papillon 05/08/2017 18:36

Surannée et trop peu crédible.

keisha 05/08/2017 07:37

Tu crois que tu vas me donner envie, là?

Papillon 05/08/2017 18:35

Il faut dire qu'après Tolstoï tout paraît un peu plat....