Quand sort la recluse - Fred Vargas

Publié le par Papillon

"Une particule de neige, une bulle, une "proto-pensée", venait vers lui. Il reconnaissait le frôlement léger de cette lente ascension, il savait qu'il ne devait pas faire un seul mouvement risquant de l'effrayer s'il voulait avoir la chance de voir émerger son visage."
 

Deux ans qu'on l'attendait et le voici. Adamsberg est de retour, un peu grognon d'être obligé d'interrompre ses vacances islandaises pour résoudre une affaire somme toute assez banale : une femme, un mari, un amant. Mais ce qui va vraiment le titiller, c'est un fait divers un peu plus exotique et carrément brumeux. Quelque part dans le Sud de la France, trois vieillards sont morts à quelques mois d'intervalle, après une piqûre d'araignée. Loxosceles rufescens est la plus discrète des araignées, sa morsure quoique nécrosante n'est pourtant pas mortelle. Le petit monde des arachnophiles s'affole : la bestiole aurait-elle muté après avoir ingéré trop d'insectes pesticidés ? L'hypothèse d'Adamsberg est évidemment plus prosaïque : l'araignée ne cacherait-elle pas une série de meurtres ? Il ne lui en faut pas plus pour se lancer dans une enquête, au grand dam de son équipe pas vraiment convaincue. Danglard fait la gueule, la Brigade se déchire, mais Adamsberg s'acharne à suivre le fil de son improbable araignée. 

"Ils le jugeaient souvent rêveur et lunaire obstiné, en bien ou en mal, et attribuaient à cette anomalie l'improbable succès de ce jour. Sans comprendre qu'il voyait dans les brumes, tout simplement."
 
J'avoue que je suis totalement amoureuse du commissaire Adamsberg. [Peut-on raisonnablement résister à un homme qui se prénomme Jean-Baptiste, est incapable de rester assis plus de trois minutes, et parle aux oiseaux ? Non]. J'adore ses déambulations mentales et terrestres, et cette façon qu'il a de voir et de comprendre ce qui est opaque et hermétique au reste du monde, sans parler de ses aphorismes un peu abscons : " il n'existe pas deux pissenlits identiques sur terre". Adamsberg est une homme qui fonctionne à l'instinct et suit le cheminement tortueux de ses pensées. "Les bulles gazeuses bâillaient, s'étiraient, reprenaient peu à peu leur danse incertaine." Il a bien raison, car parfois la vérité sort de l'inconscient, et c'est un très vieux souvenir, bien enfoui dans sa mémoire, qui va mettre le commissaire sur la voie de la solution, alors que son enquête s'enlise de fausse piste en fausse piste, une enquête qui le mène dans la noirceur la plus noire de l'âme humaine et dans une affaire bien vieille et bien sordide.
 
Il y a toujours chez Vargas ce formidable mélange de passé et de présent, de rationalité et de poésie, de biologie et d'archéologie. Sans parler de son attention constante au monde du vivant. Elle ne perd jamais une occasion de nous rappeler que notre monde se toxifie de jour en jour, et peuple son roman d'une myriade de bestioles : une murène et des araignées, un chat et des merles, sans oublier les affreux blaps, ces coléoptères noirs et puants, qui vont devenir la métaphore du Mal. Et comme toujours avec Vargas, c'est moins l'intrigue et l'enquête qui priment que la jouissance de la langue et l'atmosphère absolument singulière de ses romans. Un délice de roman à déguster sans modération.
 
Le billet de Cathulu.
 
Flammarion, 2017. 496 p.
 
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dasola 10/07/2017 17:16

Bonjour Papillon, j'ai aimé. En revanche, j'ai des personnes autour de moi qui ont été déçues. Elles préféraient les premiers Adamsberg que personnellement, je n'ai jamais lus. Bonne après-midi.

Papillon 11/07/2017 10:48

Tiens, moi c'est plutôt l'inverse, je préfère les derniers parce que je me suis attachée aux personnages et que je trouve que Vargas écrit de mieux en mieux.

Céline 03/06/2017 12:40

Je suis aussi totalement amoureuse d'Adamsberg !

Papillon 05/06/2017 11:59

Bienvenue au club !

Luocine 29/05/2017 12:28

j passe pour ce roman , j'ai été une fois très déçue par cette auteure.

Papillon 30/05/2017 10:43

Elle a un univers si particulier que soit on adore soit on déteste.

Delphine-Olympe 25/05/2017 10:08

J'adhère totalement à ton billet. Elle a vraiment un style et une écriture unique.

Papillon 25/05/2017 19:37

C'est un régal de la lire, je trouve, quel que soit le sujet de l'enquête.

Delphine-Olympe 25/05/2017 10:09

avec un s, bien sûr, à uniques !

Brize 24/05/2017 09:46

J'ai attendu d'avoir rédigé mon billet (ça y est) pour te lire : on est en phase, c'est sûr :) .

Papillon 25/05/2017 19:36

Un super épisode!

keisha 24/05/2017 07:03

J'ai lâché Vargas à un moment, mais je peux m'y remettre, on n'est pas fâchées.

Papillon 25/05/2017 19:36

Moi j'adore vraiment son unkvers.

A_girl_from_earth 24/05/2017 01:02

Ah ! Je me demandais justement ce que valait ce nouveau Vargas et je suis ravie de voir qu'on n'en sort pas déçue. Bon, en même temps, il y en a pas mal de ses anciens Adamsberg que je n'ai toujours pas lus.:-)

Papillon 25/05/2017 19:34

C'est bien, tu as encore des heures de plaisir devant toi !

Delphine-Olympe 23/05/2017 21:07

Je ne te lis pas tout de suite : je suis à la traîne sur mon propre billet ;-)

Eva 23/05/2017 16:31

l'auteure est toujours aussi bizarre à LGL, mais j'ai vraiment envie de lire ce nouveau roman, j'ai lu toute la série Adamsberg :)

Papillon 25/05/2017 19:33

Je n'ai pas vu LGL, mais je la suis les yeux fermés depuis longtemps.

Aifelle 23/05/2017 13:23

J'ai perdu le fil de la vie d'Adamsberg il y a un bon moment, mais ce titre-là me tente bien.

Papillon 25/05/2017 19:30

Moi, je n'en rate pas un et celui-ci ne m'a pas déçue.