Une comédie des erreurs - Nell Zink

Publié le par Papillon

Rentrée littéraire 2016

"Maman, je suis content que tu n'aies pas été là pendant mon enfance. J'aurais juste préféré que papa ne soit pas là non plus."

Vous rêvez de faire la connaissance d'une famille dysfonctionnelle version ultramoderne ? J'ai ce qu'il vous faut avec ce premier roman qui déménage.

 

Lui : Lee Fleming, héritier d'une des plus riches familles de Virginie, poète, homosexuel, fauché, se fait engager comme prof à l'université pour filles de Stillwater pour la seule raison que ses parents y possèdent une maison. Elle : Peggy Vaillaincourt, fille de pasteur, rêve de devenir dramaturge, persuadée d'être un garçon parce qu'elle préfère les filles, s'inscrit donc à Stillwater, "mecque du lesbianisme". Nous sommes dans les années 60 où toutes les minorités, visibles et invisibles, cherchent à affirmer leur identité et leur droit à exister. Peggy veut suivre le cours de Lee mais il ne veut pas d'elle. Mais elle ressemble tellement à un garçon qu'il en tombe amoureux. 

 

"Elle était aussi androgyne que les garçons qu'il aimait, mais il en venait à se demander s'il aimait réellement les garçons ou s'il n'avait jamais rencontré le bon type de fille."

 

Cette passion improbable ne durera pas plus de trois mois, mais Peggy se retrouve enceinte et Lee, magnanime, l'épouse, tout en sachant qu'il fait une grosse bêtise. De fait, leur mariage sera une catastrophe, Peggy troquant ses études et sa carrière pour les couches et la serpillière, son mari la trompant avec garçons et filles.

 

"Elle était forcée de montrer le bébé et d'accepter qu'on la félicite pour son travail comme si elle était issue d'une classe sociale légèrement inférieure - ce qui était le cas. Elle était une femme."

 

Dix ans et deux enfants plus tard, Peggy décide de prendre la tangente, question de survie. Elle embarque sa petite fille mais abandonne son fils à son mari. Mais elle n'en a pas fini avec les impostures parce que, vous l'aurez compris, Nell Zink a décidé de casser tous les codes identitaires, qu'ils soient sociaux, sexuels ou raciaux, et de se moquer de tous les communautarismes. Elle nous démontre que l'identité personnelle se situe bien au-delà de ces cases standardisées dans lesquelles la société se plaît à ranger les individus. Il appartient à chacun de trouver son identité, parfois en accumulant les erreurs, une expérimentation à laquelle l'auteure livre ses personnages, qui sont tous un peu décalés, voire transgressifs.

 

Le résultat donne un roman drôle, vif et intelligent, qui manie avec bonheur l'ironie et le second degré. Les dialogues sont un délice, un peu intellos mais pas trop, truffés de discrètes références à la culture française, dont celle-ci qui m'amuse beaucoup :

 

"De toute façon je n'avais pas envie d'intégrer une fraternité, dit Temple. Je voulais d'abord trouver une liberté, et ensuite une égalité."

 

Bref, je crois que l'on n'a pas fini d'entendre parler de Nell Zink. 

 

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Charles Recoursé.

Seuil, 2016. - 304 p.

 

Et ce roman illustre la Virginie pour le challenge 50 états en 50 romans.

 

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Yueyin 18/09/2016 10:02

Du drole et du vif, ça me parle ... C'est qu'il en faut de temps en temps pour digerer le reste :-)

Papillon 19/09/2016 20:14

C'est drôle et c'est intelligent, et complètement décalé : un truc pour toi, en somme !

ex-ICB 31/08/2016 13:25

Eh bien tant mieux ! Il existe encore des romans sur les familles dysfonctionnelles qui font oublier les Pierpont, Porter et consorts !

Papillon 31/08/2016 19:56

Oui, c'est une auteure super originale qui a vraiment des choses à dire.

Eva 31/08/2016 10:35

envie de romans vifs que l'on dévore ! je note celui-ci :)

Papillon 31/08/2016 19:54

Dans celui-ci on n'a pas le temps de s'ennuyer.

Aifelle 31/08/2016 06:48

C'est très tentant. J'aime quand ça dézingue dans tous les sens :-)

Papillon 31/08/2016 19:54

Une très belle découverte pour moi.