Dans le train - Christian Oster

Publié le par Papillon

"Ça me dépassait, ça. Non seulement elle lisait, mais il existait quelque part un homme qui écrivait ce qu'elle lisait, et cet homme elle avait rendez-vous avec  lui."

 

 

Parce qu'il n'a aucune envie de rentrer chez lui, un homme va flâner sur les quais de la gare Saint-Lazare. Il aime regarder les femmes partir. Partir plutôt que revenir. Il aime leur imaginer des vies. L'une d'elle le touche particulièrement parce qu'elle porte un sac qui semble très lourd. Il lui propose son aide, qu'elle accepte avec une certaine réticence. Elle lui confie que ce sac est plein de livres. Il n'aime pas spécialement les livres, pourtant sur un coup de tête il monte dans le train avec elle, pour une destination où il n'a rien à faire, mais il invente un prétexte (à croire que les hommes commencent toujours par mentir). Cette femme l'intrigue, l'intéresse, l'émeut : il lui imagine une blessure secrète. On ne sait pas vraiment si lui-même cherche l'aventure, la consolation ou l'amour. Toujours est-il qu'il va tranquillement s'immiscer dans la vie de cette femme, avec un étonnant mélange d'audace et d'absence de confiance en soi.

 

"Bref, cette femme, j'étais en train de lui donner tout le pouvoir qu'elle n'avait pas voulu prendre sur moi, me semblait-il."

 

Ma première rencontre avec Christian Oster avait tourné au fiasco puisque Loin d'Odile m'était tombé des mains. Alors que cette fois-ci, au contraire, je suis montée tout de suite Dans le train. J'ai tout de suite aimé ce personnage qui s'observe vivre sur un mode décalé, avec autodérision et naïveté. Et qui observe et analyse le monde sur le même mode : une curiosité dénuée de tout jugement. On le sent prêt à sauter sur la première circonstance venue pour échapper à l'ennui. Prêt à tout, même à tomber amoureux, en s'excusant presque.

 

"Je vais continuer, ai-je annoncé. Je vais continuer ce que j'ai commencé avec vous. Ça ne me fait pas seulement honte. Par moments, ça m'amuse presque. En tout cas ça m'occupe. Ça me fait mal."

 

C'est l'histoire d'une rencontre improbable, comme il en arrive parfois, dont on se dit qu'elle peut chavirer à tout moment, tourner au désastre, ou pas. Une rencontre faite d'une suite d'instants, dont chacun semble contenir une infinité de possibles. Et j'aime beaucoup la plume très sensible de Christian Oster, toujours un peu sur le fil du rasoir, entre rire et émotion, entre burlesque et poésie, entre rêve et réalité.

 

"J'ai senti le bonheur passer, chez moi, comme un oiseau rare, une espèce rapide, qu'on a peine à identifier, parce qu'il file au loin et ne se pose pas."

 

Editions de Minuit, 2002. - 159 p.

 

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Laeti 18/12/2015 09:17

Eh bien ces passages sont tous très beaux! C'est une plume qui devrait beaucoup me parler à mon avis. J'aime beaucoup cet esprit décalé. Je note ce titre aussi!

Papillon 19/12/2015 20:24

Celui-ci m'a beaucoup plu !

jerome 20/11/2015 12:46

Un auteur que je n'ai jamais lu moi non plus. Un jour peut-être..

Papillon 21/11/2015 20:01

Un auteur un peu confidentiel (comme tous ceux qui publient chez Minuit) qui gagnerait à être plus connu.

Hélène 19/11/2015 12:20

Je garde u bon souvenir de cette lecture !

Papillon 21/11/2015 19:59

Un écrivain qui gagnerait à être un peu plus médiatisé, je crois.

Aifelle 19/11/2015 07:29

Je n'ai jamais lu cet écrivain, pas très attirée par ses thèmes, mais pourquoi pas.

Papillon 21/11/2015 19:58

C'était une lecture imposée, pour la fac, mais que je n'ai pas regrettée.

Yueyin 19/11/2015 07:08

Pas encore lu cet ecrivain, notobs donc dans un petit coin de la tete ce train ou il fait bon monter :-)

Papillon 21/11/2015 19:58

très bien écrit, avec ce petit côté décalé qui m'a tout de suite accrochée.