Février à Paris (2)

Publié le par Papillon

Ce mois de février fut marqué par une surcharge de travail au bureau et un gros rhume ; donc, moins de lectures, moins de billets et moins de sorties…

 

 

Côté théâtre :

La double inconstance de Marivaux, à la Comédie Française : Silvia a été enlevée par le Prince qui veut l'épouser, mais Silvia aime Arlequin et refuse de renoncer à son amour, même pour tout l'or du royaume. Et Arlequin aime Silvia et vient réclamer au Prince qu'on la lui rende. Le Prince va essayer de les circonvenir tous les deux en leur promettant richesse et honneurs, et en les manipulant pour qu'ils se détournent l'un de l'autre. Cette comédie sociale est à la fois très cruelle et très actuelle : elle nous montre combien il est facile de corrompre l'innocence et la vertu, et que l'amour est rarement immortel. Le texte est magnifique, pourtant je me suis parfois un peu ennuyée. Arlequin n'articule pas son texte qui est souvent inaudible, Silvia adopte une voix à la Arletty qui la rend très agaçante. Heureusement, il y a le merveilleux Loïc Corbery (le Prince) qui illumine la scène dès qu'il apparaît, notamment dans un joli pas de deux avec Silvia, et sauve la pièce.

 

 

Voyages avec ma tante de Graham Greene, à la Pépinière théâtre : le jour de l'enterrement de sa mère, Henry, vieux garçon retraité qui n'aime que ses dahlias, fait la connaissance de son excentrique tante Augusta, qui va l'entraîner dans une série de folles aventures, de Bristol à Istambul et de l'Argentine au Paraguay. Quatre acteurs incarnent une vingtaine de rôles, c'est enlevé, joyeux, délicieusement farfelu, même si j'ai regretté que le texte tombe parfois dans une vulgarité un peu facile.

 

 

 

Côté cinéma :

Le prix à payer, de Harold Crooks : ce documentaire canadien nous explique comment les grands multinationales (Apple, Amazon, Google, Starbucks et compagnie) s'arrangent pour ne pas payer d'impôts dans les pays où ils vendent leurs produits, en s'arrangeant pour déclarer leurs bénéfices dans des paradis fiscaux ; comment le poids financier retombe sur les classes moyennes ; comment nos démocraties n'en sont plus, puisque le pouvoir appartient de fait à une aristocratie financière qui se fout pas mal de l'intérêt général et ne poursuit que son propre enrichissement ; et comment tout ce processus fait le jeu des partis nationalistes. Le film qui vous met bien en colère.

 

 

Birdman, de Alejandro Gonzalez Inarritu : un acteur célèbre pour avoir incarné plusieurs fois à l'écran un super-héros quitte Hollywood pour Broadway, où il veut monter une pièce tirée d'une nouvelle de Raymond Carver. Des voix venues de son ancienne vie vont perturber les dernières répétitions et le pousser à s'interroger sur son métier et sa place dans la société. Un film complètement déjanté où Hollywood se moque d'Hollywood et de ses superproductions, un film qui oppose cinéma et théâtre, acteur et comédien, talent et célébrité, et un film qui se moque de la société de l'image où tout le monde se filme et s'expose : faut-il être vu pour exister ? (Un film qu'il faudra peut-être voir une seconde fois pour en saisir toutes les composantes, parce qu'il est extraordinairement dense.)

 

 

 

Mais le meilleur moment du mois fut la rencontre avec Eric Reinhardt au théâtre de la Loge dans le cadre des rendez-vous littéraires de Tête de Lecture.

 

 

Ces rencontres sont aussi simples qu'originales : l'écrivain invité choisit plusieurs de ses textes qui sont lus au débotté par le comédien professionnel Yves Heck, créateur du concept. Chaque spectateur est également convié à apporter un texte de son choix. Un tirage au sort désigne les textes qui seront lus par Yves Heck, ce qui est l'occasion d'entendre toutes sortes de textes : Georges Pérec, Régis Jauffret, Eric-Emmanuel Schmidt, Françoise Sagan ou de la poésie très contemporaine. Et j'ai eu beaucoup de chance puisque le tirage au sort me fut bénéfique et que j'ai eu le bonheur d'entendre Yves Heck lire mon passage préféré de Demi-Sommeil en présence de l'auteur. Pouvoir ensuite échanger quelques mots avec Éric Reinhardt sur ce roman qui me tient spécialement à cœur, restera sans doute un des grands moments de ma vie de lectrice.

 

 

(à suivre)

 

 

 

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Aifelle 28/02/2015 13:26

Je vais peut-être aller voir Birdman, je ne suis pas encore complètement décidée. Reinhardt, tu ne pouvais pas le manquer étant à Paris .. s'il vient un jour à Rouen j'irai l'écouter en pensant à toi.

Papillon 28/02/2015 17:07

Birdman, c'est un super film hyper riche, hyper dense, drôle et bien filmé. Il faut que tu lises le billet de Pascale.

keisha 28/02/2015 08:14

Pour moi, février à Paris ce fut un Mozart au Chatelet (très bien, mais au même moment il y avait William Christie salle Favart, la vie est trop cruelle), ce fut la maison de Victor Hugo (superbe place des Vosges) et le mémorial de la Shoah, ah oui aussi Beaubourg en visite rapide. Le tout dans la même journée!
Il aurait pu y avoir aussi Pelleas et Mélisande à Bastille, mais sans billet, ça risquait de me coûter le budget bouquins de trois années...
Je suis contente que tu aies pu voir, entendre (et toucher? ) ton héros!

Papillon 28/02/2015 17:06

J'ai commencé comme ça : en achetant des places à 100 F au poulailler, puis j'ai eu un abonnement pendant très longtemps, mais j'ai enchaîné quelques déceptions avec des spectacles ratés, alors j'ai quasiment arrêté d'y aller....

keisha 28/02/2015 08:50

Ruineux... Je ne voulais pas me retrouver à dépenser plus de 100 euros... ou risquer une montée à Paris pour un flop , sans billet. Même si quand je monte à Paris j'ai toujours un plan B.
J'ai déjà un billet à 15 euros pour Bastille en juin (OK, je serai très loin, très haut, mais je n'ai pas mis cher) et prévois une sortie à Garnier, avec achat au dernier moment. Il faut faire la queue. Je commence à connaître les bons plans, bonnes places pas trop chères.
Pour la province, ça s'envole moins, j'ai pris les places hier pour le festival de Chambord, en juillet.

Papillon 28/02/2015 08:18

Je suis plus théâtre que musique en ce moment, l'opéra devient ruineux et je m'y suis prise trop tard pour William Christie. Quant à mon "héros", il est d'une adorable simplicité :-)